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Titre

Récits StarCraft II des joueurs


Status : En cours d'écriture
Histoire : Shadows Over Lammendam
Auteur : Darn
Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6

Chapitre 6

- Tank ? Mikhaïl ? Vous nous recevez ? Alpha 701 à Alpha 501, ici le Lieutenant Callaghan. Répondez…

Tout en continuant de courir, Ash appelait dans son Com. Link sur la Fréquence Générale Insécurisée longue portée. Mais visiblement, même après avoir parcouru des dizaines de kilomètres, ils n’étaient toujours pas à portée de leur signal radio. Les armures des Marines les portaient avec tellement d’aisance qu’on pouvait trouver un réel plaisir à courir pendant des heures à un rythme soutenu. Se balader là-dedans était réellement fascinant. L’intérieur cloisonné des Armures de Combat de l’ex Confederation Marines Corps était confortable, le régulateur climatique gardait l’atmosphère confinée de l’habitacle dans les meilleures conditions favorables aux efforts prolongés. Les membres automatisés pouvaient être libérés de la fonction manuelle pour passer en autonome, et le Soldat à l’intérieur pouvait se laisser porter par cette merveille de technologie. L’interface utilisateur était conçue pour être personnalisée de manière à ce que chacun se sente chez lui. Le réticule holographique se promenait librement sur la visière, détaillant chaque élément important de l’environnement, comme, par exemple, l’identité – si du moins elle était archivée dans la banque de données – et l’état global de santé du Marine sur lequel vous pointiez le réticule. Durant les combats, le viseur numérique se calibrait automatiquement avec la bouche du canon, mais cela n’aurait pas été pratique pendant les simples moments de déplacement.

Le modèle CMC 400 d’Armure de Combat des Marines Terran, qui n’était accessible qu’à certains soldats, disposait d’un système de personnalisation avancé permettant par exemple la conception d’une playlist musicale. Ce gadget faisait de nombreux envieux parmi les soldats limités au modèle CMC 300. Jackson faisait partie des défendeurs de cette exclusivité dont il bénéficiait. Il prenait plaisir à combler la moindre période creuse de service avec beaucoup de Hard Rock. A l’époque où les Terrans avaient rétabli le contact avec la Terre, la plus grosse quantité de marchandise importée fut le patrimoine culturel dont ils avaient été privés pendant de nombreuses générations. La totalité du secteur Koprulu s’était mis à consommer des tonnes de classiques musicaux, de films et de livres qu’avaient préservés leurs ancêtres. Callaghan avait mis la main sur de véritables anthologies avec lesquelles il avait garni la mémoire virtuelle de son armure personnelle. Dans l’habitacle, Motörhead venait de terminer « Hellraiser » pour laisser enchaîner AC/DC sur « Decibel ».

Angus Young fut néanmoins brutalement interrompu entre deux couplets quand la FGI du Com. Link se mit à grésiller, et l’IA de l’Armure annonça qu’elle venait d’établir le contact avec le signal radio d’A501. Ash se mit à rabâcher la procédure de contact.

- A701 à A501, ici Callaghan, répondez.

La seule voix qui lui répondit, Jackson ne la reconnut pas. Elle bégayait une phrase en boucle, frénétiquement, comme si elle s’attendait d’un moment à l’autre à recevoir l’extrême onction. Les pensées du Lieutenant Callaghan s’assombrirent. Il crut comprendre, à travers le cafouillis de la voix, deux mots étranges, qui sonnaient comme « Kyrie Eleison ». Sans interrompre les foulées qu’il ne cessait d’agrandir, Ash jeta un œil à ses hommes. Manifestement ils avaient aussi reçu la transmission. Il rejoignit le canal privé de son unité.

- J’ai bien l’impression que le bug nous poursuit, messieurs… Quelqu’un sait si l’un des hommes de l’escouade de Tank parle Grec ?

Le Caporal Bishop se permit de répondre :

- C’est du Grec ?

- Oui Caporal, ça se traduit par « Seigneur, aie pitié », ou un truc du genre. En tout cas, on doit pas être bien loin, si on commence à capter leurs signaux. Ouvrez l’œil, même si on n’y voit pas grand-chose avec les projos.

- Je les vois, annonça Astartés, à onze heures, entre cinq et six cent mètres. On distingue des taches de lumière. Merde alors, regardez ça !

Au loin, dans l’obscurité, une immense structure sembla prendre vie, s’illuminant progressivement, découvrant ses contours. Un bâtiment circulaire, sur plusieurs étages, avec en son centre trois grands axes verticaux se dressant vers le ciel, qui irradiaient une intense lumière. Ils guidaient, tels des rails, trois anneaux amovibles se superposant. L’accélérateur magnétique d’un silo de lancement. Ceci n’avait strictement rien de ce qu’ils étaient supposés retrouver. Callaghan ne put s’empêcher de faire part à toute l’équipe de son mécontentement justifié, ne cessant, avec le temps, de s’accroître :

- Ah il est vachement beau, le putain de Centre Technique ! Bordel, j’t’en foutrais moi ! Saloperie, j’aurais dû m’en douter ! Capitaine, elle commence à me courir, votre chierie de mission à la con ! ‘Va falloir éviter de trop nous prendre pour des tanches à l’avenir, parce que ça, c’est un Laboratoire Annexe de la Section Psi, accessoirement, et ce n’est pas, mais pas du tout ce qu’on est censés déterrer ici ! De la à ce que votre QG confonde une de ses propres Sections avec un bête Centre de recherches… sérieusement !

- Ça ira, Lieutenant Callaghan. Il est temps que vous vous habituiez aux méthodes de la SecPsi. Votre Général aurait refusé de prêter l’un de ses détachements s’il avait su que c’était uniquement dans l’intérêt du Gouvernement du Nouvel Empire.

- Et j’aurais approuvé son refus, si on m’avait demandé mon avis ! Je travaille avec le Général Duke depuis une paire, et je peux vous garantir sur facture que comme lui, je l’aime pas, l’Empereur Arcturus Mengsk de mes fesses. Et ça ne va pas pour s’arranger, avec de pareilles élucubrations ! J’espère que vous vous souvenez que l’Escadrille Alpha toute entière avait pour ordre de le détruire, lui et sa coalition terroriste rebelle, il n’y a pas plus tard que l’année dernière !

Alice ne le savait que trop bien.

- C’était avant la chute du Norad II et l’incident de Tarsonis. Edmund Duke a prêté serment à Arcturus bien avant son couronnement. Maintenant, les Alpha lui appartiennent légalement et officiellement.

Mac Callaghan fit la grimace.

- « L’incident de Tarsonis »… L’invasion, vous voulez dire. Si ça n’avait pas été notre planète, on aurait laissé ces foutus terroristes se faire mâchouiller par les Zergs. Ça leur aurait fait les pieds. ‘Pas vrai les gars ?

Les 701 répondirent en chœur un grand « Ouais, Lieutenant ! » dans un élan de patriotisme inconditionnel. Ils étaient tous des vétérans, et ce de plusieurs conflits, mais aux yeux de Callaghan, ils étaient surtout des « rodés ». Ils avaient combattu les Zergs ensemble, et y avaient survécu. Un détail qui pèse lourd dans un dossier de soldat. Jackson avait voulu, depuis Tarsonis, que ses futurs éléments soient des rodés. Sanchez avait été la première à avoir été choisie en fonction de ce critère.

Mieux encore, quand Ash avait lu qu’elle avait fait Tarsonis, il avait demandé la permission d’obtenir un entretien, chose que font seulement les plus consciencieux des leaders. Il savait que de nombreux soldats se voyaient attribuer l’Etoile de Respect pour n’avoir fait que monter à bord d’un Dropship en courant et en hurlant, à peine un Zergling avait pointé le bout de sa sale tronche hors du sol. Sans même brûler une cartouche. Le lieutenant avait horreur de tous ces décorés-sur-le-tas, et en avait pitié, car ils seraient réexpédiés dans un sac au premier véritable affrontement. Il trouvait honteux et irresponsable de décerner cet insigne à des hommes inconscients vis-à-vis de la réalité. Il l’appelait « l’Etoile de l’Aller-Simple ». C’était sa seule signification, pour lui qui avait combattu sur le monde-capitale de Tarsonis. Jackson eut malgré lui les images de l’opération qui lui sautèrent aux yeux…

Le ciel était en flammes. D’immenses champignons de poussière et de cendres étaient en suspension dans les airs. Allongé sur le dos, il était à terre. Dans l’habitacle de son Armure, Kirk Hammett aboyait « All Nightmare Long », en dehors de toute volonté. Les tranchants du Zergling avaient bousillé les commandes de l’interface de personnalisation, et bloqué le volume à son maximum. Sa jambe droite tressautait frénétiquement. De l’articulation de la cheville à la hanche, des dizaines de clous acides lui rongeaient la chair et les os. Il voyait Astartés sous StimPacks qui expédiait des pralines de .50 un peu partout en face de lui. Il était épaulé par Bishop, qui lui passait ses chargeurs, parce que son Gauss était en deux morceaux bien distincts. Il se sentit attrapé et tiré par Jorgensen. Le Flammeur pointait son énorme Gantelet Perdition vers des douzaines de petits fauchards excités, lézards baveux frénétiques plus connus parmi les Terrans sous le code de Zerglings. Il leur hurlait des provocations et des insultes, en leur expliquant qu’il les invitait à un « p’tit barbecue festif, sauce béarnaise ». Désireux d’être à l’heure, les rapides Zergs chargèrent sans plus attendre, et Jorgensen en fit de l’hydroxyde de carbone, en riant nerveusement. Astartés et Bishop se replièrent en les dépassant. Derrière Jackson, les moteurs en sous régime de Gold Eagle grondèrent, se rapprochant. Le Flammeur souleva Jackson, jetant un regard anxieux aux immenses créatures serpentines se rapprochant dangereusement dans les ruines en face d’eux.

- Allez Lieutenant, on fout le camp ! Accrochez-vous !

Ash était on ne peut plus d’accord.

- ‘Va falloir me traîner, je crois bien…

- Ça m’rappelle la fois sur Mar Sara où j’vous avais concocté un de mes p’tits Mazouts Maison ! Vous auriez vu vot’ état ! Y a fallu qu’vous trimbale d’la même manière ! C’était pas triste, j’vous l’…

Jackson retomba brutalement à terre. Jorgensen venait de le lâcher. Il l’entendit s’écraser au sol, transpercé par les Hydralisks qui venaient de lui clouer le bec, d’une volée d’aiguilles. Callaghan ne prit pas le temps de jurer, ce qui est assez rare, et déploya tout ce qu’il avait de réserves pour se remettre sur pieds. En vain. Il retomba douloureusement en entendant une pluie de pics acérés ricocher alentours. Il se mit à ramper, dépassant le cadavre de Jorgensen, et remarquant à son grand plaisir que la rampe d’accès de la soute du Médivac lui tournait le dos. Si on avait dit à Callaghan, à cet instant précis, qu’il survivrait, il aurait probablement éclaté de rire. Ses soldats ne pouvaient voir dans quelle mélasse il était, et leur temps de réaction lui serait probablement fatal. Jackson, qui avait fait une croix sur toute probabilité de futur, avait tout de même pour but de respecter l’une des plus anciennes traditions de son Escadrille.

Un Alpha ne meurt pas avec un chargeur plein. Il se retourna sur le dos, et alla chercher à sa cuisse sa dernière arme. L’énorme Colt Templar de calibre 556 Magnum est plus une brique d’acier aux arrondis de Revolver qu’une arme conventionnelle. Ce congloméré de potentiel de destruction compact crache des dragées « spécial baptême » à tête creuse en Néo-Acier, chemisées Titane et propulsées U.238 – uranium appauvri – par lot de six par barillet. Chaque flash entraîné par la réaction atomique dans l’étui est susceptible de vous faire bronzer. Le Lieutenant Callaghan avait toujours trouvé poétique cette teinte bleu turquoise de l’eau peu profonde au petit matin, fluorescent à la limite du vert pomme très clair qui émanait de la combustion au moment du tir. Et justement, il se sentait d’humeur à composer, dans un ultime élan d’inspiration. Cette verve ! Cette prose ! Cette tirade ! Ce sens des mots ! Du véritable John Rimbaud. Chaque détonation arrachait des morceaux de Zerg fumant, des bouts de chair, des résidus d’intérieurs, des litres de sang et de la purée de cartilage. Si la moindre ogive pouvait faire un trou de la taille d’une assiette dans trois corps humains d’affilée, Callaghan devait en attribuer pas moins de deux par adversaire. Il jurait à chaque détonation. Les Hydralisks avaient dû décider de le mettre en pièce à l’ancienne, au corps-à-corps, puisqu’à défaut de le transformer en hérisson, elles s’avançaient en sifflant, serpentant silencieusement sans se soucier de leurs sœurs, saignées sans scrupules.

- Sssaloperies ! Cracha Callaghan, qui ne voulait pas arriver Ad Patres le foie plein de bile.

Le Colt Templar rugit une sixième fois, et Ash savait que le temps qu’il remplace les cartouches du barillet, les Zergs auraient gagné sur lui beaucoup de terrain. Il s’y essaya tout de même. Au moment où d’un geste sec et net il vida les six chambres, des rafales de C-14 Gauss se mirent à pleuvoir sur les Hydralisks étonnées de cette farouche résistance que leur opposaient les Marines. Jackson s’octroya le luxe de regarder une fraction de seconde cette providence inespérée. Liv Liberty, qui était la seule à avoir pu le voir, avait jailli hors du cockpit de Gold Eagle, la blancheur immaculée d’un Archange sorti tout droit du pressing dans son Armure d’Officier Médical, se précipitant vers son Lieutenant tout en arrosant convenablement les moissonneurs Zergs venus exécuter leur office. Sous influence d’une forte dose de StimPacks, elle attrapa Ash pour le tirer jusqu’aux soutes du Médivac. Ce dernier avait pris soin de recharger son poinçonneur des lilas, et se mit, pendant que Liberty le traînait à l’abri dans une glorieuse scène héroïque au ralenti, à abattre la colère divine sur leurs poursuivants enragés.

C’avait été la première des trois fois ou Liv avait donné à Callaghan l’opportunité de revoir le soleil. Sur cette réflexion, Ash revint à la réalité. Se rendant compte qu’il était un peu perdu dans ses pensées et qu’autour de lui, son escouade le fixait, il alluma un cigare.

- Bon… Ben, allons-y. Inutile de poser de questions, j’imagine, dit-il en lançant un regard en coin à son Capitaine. De toutes manières on ne doit pas être au bout de nos surprises.

Le Lieutenant Callaghan ne croyait pas si bien dire. De l’accès principal de la structure, Mikhaïl Tank jaillit en courant, riant aux éclats, hystériquement, hurlant d’incompréhensibles mots dont l’agencement était manifestement chaotique et dénué de sens. Il semblait fuir quelque chose, à première vue, puisqu’il se retourna vers la porte, et, courant de dos, se mit à expédier des cartouches sans se préoccuper du budget du Dominion. Le premier réflexe des hommes d’Ash fut de mettre en joue l’accès qui était apparemment la cible de Tank, s’attendant à en voir sortir une quelconque menace.

La confusion s’empara d’eux lorsque Mikhaïl arrêta soudainement de viser la porte pour se mettre à tirer par terre, à ses pieds, puis aussi soudainement, au dessus de lui. Il ne semblait même pas les avoir remarqués. Jackson restait qua. Le Caporal Astartés s’avança pour l’apostropher.

- Que se passe-t-il, bon s…

Callaghan n’eut pas le temps de penser à une réponse. Il entendit juste le bruit sec de six détonations instantanément suivi du son des violents impacts sur l’Armure du Caporal. La rafale venait de lui tailler une boutonnière, à supposer que vous placiez le plus haut bouton sur la mâchoire. Ash vit en un éclair le visage d’Astartés s’étaler sur les parois de l’habitacle, avant que son corps sans vie ne bascule contre lui. Il eut le réflexe de le rattraper, ne comprenant pas encore ce qu’il venait de se passer. Ce fut l’entraînement qui réagit à sa place. Il se jeta à couvert, aussitôt suivi du reste de son équipe. Tout le monde se mit à jurer en même temps. La fréquence d’Alpha 701 fut saturée en une seconde. Ash s’imposa, professionnel :

- Fermez vos gueules ! Bordel de merde, qu’est-ce que c’est que cette foutue blague ! Il l’a étalé ! Bishop, matte un peu si c’est bien le Sous-lieutenant Tank qui nous aligne ! J’ai pas rêvé ?

Des balles continuaient à s’écraser sur le couvert de leur position – l’amoncellement de roches dû aux éboulements. Bishop s’exécuta, discrètement. Sanchez rampa jusqu’au Lieutenant. Son regard exprimait un mélange entre le choc et la peur. L’effort qu’elle fit pour se reprendre était visible. Elle ausculta d’une main tremblante le visage de Callaghan.

- Vous n’êtes pas blessé ?

Jackson jeta un regard au gorgerin de son Armure. Il était aspergé de grumeaux. Il songea que les taches qu’il discernait sur sa visière appartenaient au Caporal.

- Je n’ai rien, Doc. Regardez votre UAM, l’état global des hommes de l’escouade y est affiché. Vous êtes au clair ?

- Je… je ne sais pas trop… je dois avouer que je ne comprends rien de ce qui se passe…

Bishop attira l’attention de Jackson d’une main sur l’épaulière. Sanchez balaya d’un regard sa console au bras, plus machinalement que pour suivre le conseil du Lieutenant. Le cardiogramme du Caporal Astartés calquait l’horizon.

- Aucun doute, mon Lieut’nant. C’est Tank. Il a perdu la tête !

- Et avec la sienne celle d’Astartés. Bon dieu de… de tabouret !

Alice apostropha le Lieutenant, l’air anxieux.

- Mac Callaghan ?

- Il n’y a pas de mots pour qualifier cette opération, mon Capitaine ! On nage en plein délire !

Alice se rapprocha suffisamment de Jackson pour qu’à mi-voix il soit à peu près le seul à entendre. Elle releva son Unité d’Assistance Visuelle pour rendre leur liberté à ses délicats yeux verts. Sans qu’Ash n’y puisse rien, sa visière se releva, comme si c’était lui qui l’avait commandé.

Il en déduit que c’était un tour de passe-passe de son Capitaine. Il avait horreur de ce sentiment. Ne pas être en sécurité, même dans sa propre tête. Elle pouvait y « entrer » et y faire ce que bon lui semblait. Lire et moduler ses pensées, lui dire, lui faire dire et voir des choses, exercer sur lui un contrôle quasi-total, un viol de l’intégrité la plus intime. Le pire était probablement de ne pas savoir quand cela se passait. Elle plongea son regard dans le sien, et il put y lire de l’appréhension.

- Jack, je crains que quelque chose ne m’échappe…

Alice ne l’appelait « Jack » que dans les situations où ils pouvaient se passer de l’habillage militaire normalement obligatoire. Il s’agissait généralement des situations où ils se passaient d’habits, militaires ou non. Jackson ne sut quoi dire. L’agréable beuglement de Wyatt résonna dans le Com. Link de l’unité, mettant un terme à la tension de l’instant.

- Lieutenant ! Il est à court de jus ! On l’allume ?

- Négatif Sergent ! Je répète, négatif ! Pas un mort de plus ! Accusez réception, réclama Ash, qui lui ordonnait, pendant qu’il parlait, la même chose en langage de bataille.

On n’était jamais trop prudent, avec ses tympans en tungstène. Wyatt acquiesça, levant le poing en l’air, le code « stand by ». Jackson se redressa pour observer Mikhaïl, l’alignant tout de même, juste au cas où. Le Sous-lieutenant avait jeté son fusil Gauss, et venait de se saisir de quelque chose à sa ceinture, duquel il enleva un morceau avec sa main libre. Callaghan savait que c’était une grenade. Il reçut une communication entrante, et s’empressa de l’autoriser, remarquant qu’elle provenait d’A501, et plus précisément de son second, qu’il tenait en joue à ce moment. Sa voix était dissonante, méconnaissable. Mais ce qui marqua Jackson, ce furent les mots.

Aucun être humain, aucun être doué de parole n’aurait pu articuler ce qu’entendit Mac Callaghan. De tels sons ne pouvaient exister, car leur nature même constituait un paradoxe absolument inexplicable. Jackson voulu se protéger les oreilles, parce qu’elles refusaient d’admettre que ce qu’elles entendaient puisse être possible. Il en lâcha son arme, ses yeux se mirent à pleurer abondamment, sans raison, et son nez le brûla de l’intérieur, comme si on y avait introduit une tige d’acier portée au rouge. Ses glandes salivaires secrétaient du sang.

Les trois secondes les plus longues de la vie toute entière du Lieutenant s’écoulèrent, pendant lesquelles Mikhaïl avait semblé lutter ardemment contre lui-même pour se placer l’engin explosif sous le menton.

La communication fut brutalement avortée par la détonation.
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