Fanfiction StarCraft II

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Anonyme

Par Gerakis
Les autres histoires de l'auteur

Chapitre 1 : Les Yeux

Chapitre 2 : La Voix

Chapitre 3 : L'Esprit

Chapitre 4 : Le Poing

Chapitre 5 : L'instinct

Chapitre 6 : Les peurs

Chapitre 7 : Les gènes

Chapitre 8 : Les griffes

Chapitre 9 : La colère

Chapitre 10 : La folie

Chapitre 11 : Le fragment

Chapitre 12 : La douleur

Chapitre 13 : La découverte

Chapitre 14 : Le père

Chapitre 15 : La fuite

Chapitre 16 : La lumière

Chapitre 17 : L’étranger

Chapitre 18 : La scission

Chapitre 19 : L'exécution

Mes muscles étaient de bois, comme figés ou lestés par d'énormes poids. Je ne voyais que du noir, probablement parce que mes yeux refusaient obstinément de s'ouvrir. Il faisait relativement froid, je le sentais car les bouts de mes doigts, eux, ne sentaient plus rien. Une quinte de toux secoua ma poitrine, achevant de me briser. La douleur me mit enfin au clair, je m'étalais lamentablement sur une surface particulièrement glacée pour y vomir le contenu de mon estomac. Il n'y avait qu'une bile grisâtre et brûlante, l'affreux goût qui me resta au fond de la gorge m'incita à un nouveau haut le coeur encore plus amer. C'était particulièrement acide au milieu de mon oesophage, le liquide se déversa en un bruit mat sur le sol. Ma respiration se fit haletante, formant de petits nuages de fumée à cause de la température. Je me mis à genou, mes bras étaient écorchés jusqu'aux coudes.

Qui suis-je ?

La douleur physique est une chose bien désagréable, mais lorsqu'elle se mêle à la panique c'est une catastrophe. La peur s'insinue lentement dans mon esprit, sournoise. Je regarde autour de moi, il n'y a qu'une ruelle déserte ou la brise fraîche gèle mon visage. Il fait nuit. La situation me paraît alors horrible, j'ai l'impression d'être oubliée de tous et c'est probablement car mes souvenirs se sont eux aussi oubliés. J'essaye de me remettre debout, une boule au ventre. Mes jambes ne me portent que difficilement, je trébuche. Ma chute se fait sans que je ne me rattrape, je renverse une poubelle, des éclats de verres tranchants glissent par terre, m'entaillent la joue. Je vois mon sang s'échapper lentement de la plaie, il goutte depuis mon menton. La tête posée par terre je peux apercevoir mes yeux se refléter dans la surface polie.

Ils sont bleus. J'ai les cheveux jais, je suis une femme. Ma bouche s'entrouvre de surprise, visiblement je suis plutôt jolie, désirable. Une douleur me rappelle, ma hanche qui s'est cognée en tombant. La souffrance m'oblige à faire l'effort de m'adosser contre un mur derrière moi. Je suis sale et perdue. Pourtant une colère sans nom dévore chaque battement de mon coeur. C'est plus fort que mon état lamentable. J'ai l'impression que quelque chose me pousse à la rage mais la terrible sensation de ne pas savoir ce que c'est, de ne pouvoir l'interpréter. J'essuie le sang sur ma pommette d'un revers de manche. Je porte un pantalon noir et usé, des rangers et une chemise unie au reste des vêtements. Pas de bijoux sur les mains. Je passe mes doigts sur ma gorge, j'attrape une chaîne en argent, il y'a une plaque avec un nom : Maxime.

C'est mon nom ?

Ou bien celui d'un autre ? Il pourrait aller aussi bien à une femme qu'à un homme. Ma colère augmente encore : Pourquoi fallait-il que le nom soit parfaitement androgyne ? Mes yeux me brûlent tant ils sont tirés par la haine. Cette nouvelle force me permet de me relever pour de bon. En m'appuyant je tiens sur mes jambes tremblantes. L'exaspération m'enserre, mais j'ai l'impression qu'elle n'est pas mienne. Pourtant elle est ici. Je fais quelques pas. J'arrive à marcher, c'est une bonne chose, un sourire prédateur se dessine sur mon visage. Alors j'essaye d'avancer dans la rue, la douleur semble s'envoler petit à petit. Je me rends alors compte que l'aube se lève, les chauds rayons du soleil me caressent le dos. Un frisson parcours mon corps entier. La lumière forme des ombres, elles me suivent. Le vent fait doucement voleter mes mèches, je suis alors plus sereine, plus calme. L'air me souffle quelque chose, ses tourbillonnements murmurent. C'est d'abord incohérent puis ce sont des mots clairs qui sifflent dans mes oreilles, ou plutôt dans ma tête. Je m'arrête, incapable de comprendre ce qui est en train de se passer. Que se passe t-il ? Des phrases, quelqu'un me dit des choses, peut-être même deux personnes en même temps. Je regarde de nouveau autour de moi : Je suis bien seule sous l'astre.

Deviendrais-je folle ?

Mais quel était cet endroit ? Qu'étais-je venue y faire ? Pourquoi ? Je ne veux pas pleurer, une présence semble me l'interdire. J'entends de la musique venue de nulle part, du clavecin. Un magnifique morceau, doux et triste. Est-ce une nouvelle hallucination ? Il n'y a aucun joueur d'instrument ici ! Je titube, les voix reviennent. J'ai envie de crier, je crie. Mon cri s'élève si fort et pendant si longtemps que je suis obliger de m'arrêter, les cordes vocales douloureuse. Je reprends ma respiration saccadée, j'entends des bruits de pas précipités s'approcher de moi. Ils sont lourds et cadencés. Me retournant je fais face au soleil qui me réchauffe la peau. Trois silhouettes arrivent rapidement, elles sont massives et humanoïdes. Je recule un peu, qui ais-je appelé ? Je ne sais pas. Ils ne sont plus très loin, je peux les apercevoir.

« - M'dame que se passe t-il ? »
Leurs chairs ne sont pas nues, ils sont engoncés dans d'énormes armures d'acier. Ainsi ils sont aussi très impressionnants, approchant le double de ma taille. D'ailleurs je suis relativement frêle. Leurs mains sont colossales, elles tiennent des fusils à la puissance de feu dévastatrice. Ils ont ouverts les visières de leur cuirasse sans failles. L'un fume, c'est celui qui paraît être le chef. Il me regarde fixement, comme si il attendait quelque chose. Peut-être une réponse à sa question ? L'homme tire une bouffée sur sa cigarette. Je tremble de tous mes membres, j'essaye d'articuler, découvrant ma voix.

« - Qui... êtes vous ? »

Le type ricane, imité par ses subalternes. Sans se départir de sa clope il lance d'un ton cagneux :

« - Des marines du Directoire ! Vous avez l'air un petit peu paumée ma p'tite dame... On a forcé sur la bouteille et on a des hallus ? »

De quoi parle t-il ? Je ne suis pas une alcoolique ! Enfin je ne crois pas. Venais-je de sortir d'un coma éthylique ? Une amnésie passagère ? C'était trop facile, je refusai d'admettre une chose pareille. Je reste calme mais je réponds quelque chose qui m'échappe :

« - Silence esclave de la folie Terran, je sais très bien que toi et tes congénères êtes des drogués et des meurtriers à qui l'on a effacé l'identité. Vous êtes de lamentables resocialisés. »

La phrase s'était envolée, je ne savais pas comment j'avais pu prononcer ça avec autant d'assurance. Mes muscles sont tendus, prêts à bondir. Je cligne des yeux, reprenant un peu mes esprits, je ne me souviens pas tout à fait de ce que je venais de dire mais ce n'était pas très conciliant. Le marine paru alors plus que contrarié, son visage se déforma sous l'effet de la colère, ses collègues s'étaient approchés eux aussi.

« - T'vas regretter de jouer avec nous comme ça... Je m'payerais bien une petite salope comme toi !

Il m'attrape alors violement le bras et veux me tirer vers lui. Ses doigts métalliques ont une force incroyable, ils meurtrissent ma chair sans aucune pitié. J'essaye de m'échapper mais il est bien plus fort, ce qui est logique. Il sourit pendant que les autres regardent. Je sens alors que je perds totalement mon sang froid, une voix souffle dans mon oreille. Je cri et me tord d'une telle manière que j'échappe à l'emprise, comme une anguille. L'homme est surprit, il pointe son arme chargée de balles mortelles.

« - T' vas t'laisser un peu faire oui !

- Va te faire voir espèce de larve informe, mon corps ne t'appartient pas ! Je te dévorerais les yeux si tu ne te barres pas rapidement ! »

Ma voix est froide et tranchante comme un scalpel. Elle semble avoir encore changée. Comment était-ce possible ? Je me sentais tout sauf moi. Au final j'oubliai presque que j'avais oubliée qui j'étais, des personnalités se mélangeant à mon absence de souvenirs. Le marine recule, mais ne semble pas avoir peur pour autant. Les secondes classes se mettent à gauche et à droite, pour que je ne puisse pas passer.

« - T'aimes crier hein ? T's'ra pas déçu ! »

Il se jette lourdement sur moi, je l'évite sans vraiment de difficultés, il est trop pataud pour faire quoique ce soit à ce jeu là. N'ayant pas d'autres solutions je prends me jambes à mon cou, partant dans le sens opposé au soleil. Je les entends qui lèvent leurs armes. Un tir frôle ma tête de quelques centimètres à peine, le sifflement de la balle me surprend, comme lorsque qu'une guêpe vous tourne autour. La voix rocailleuse du chef s'élève dans mon dos :

« - Ne tirez pas les gars, j'veux pas de cadavres de civils... Tant pis pour cette défoncée, j'pas envie de courir pour ça ! »

Ils abandonnent. Je ne m'arrête pas de courir, mon coeur bat la chamade, je me sens libre. L'air fouette ma peau, bleuissant presque mes lèvres. Je ne savais pas qui j'étais mais les voix, elles, étaient toujours là. Elles me parlaient de choses incompréhensibles, je ne voulais pas les écouter, elles ne me ressemblaient pas. La rue débouche sur une avenue bien plus large et animée. Au petit matin les gens sortent de chez eux. Un hovercraft passe juste devant moi en klaxonnant, je suis presque au milieu de la route. Je monte sur un trottoir, des humains passent à côté de moi sans me regarder. Ils sont bien trop occupés. J'avance mécaniquement jusqu'à la première porte ouverte ou j'entre sans trop savoir pourquoi.

L'ambiance est tamisée, des personnes sont assises en train de boire, c'est un bar. Il y'a un long comptoir métallique, il y'a même d'autres soldats mais sans leur armure cette fois-ci. Je reste un moment dans l'ouverture sans bouger, contemplant la scène. Un serveur passe devant moi, il hausse un sourcil, il est jeune, un adolescent.

« - Vous cherchez quelque chose madame ?

- Vous me donnez quel âge ? »

Cette question sortait enfin vraiment de ma bouche. Le jeune homme sembla déstabilisé par mon interrogation peut-être un peu incongrue.

« - Hum... On ne doit pas dire l'âge d'une femme mais je dirais entre vingt et vingt-cinq ans.

- Merci. »

Je filai alors devant lui, sans regarder. Il bégaya un « Il n'y a pas de quoi » et déjà je trouvai une chaise pour m'asseoir. J'inspire, regarde mes mains ensanglantées. Mon corps doit être dans le même état. Les voix ne m'abandonnaient pas. J'essayai de les faire taire mais c'était impossible. Sans que je ne le remarque un homme s'était assit en face de moi. Il resta un instant sans rien dire puis s'agita un peu, nerveusement.

« - Hep junkie regarde devant toi, je suis ton meilleur ami. »

Je lève mes yeux mornes, il y'a un type bien habillé, la trentaine, cheveux bien peignés. Ses yeux brillent de cupidité. Je ne dis rien, il enchaîna d'une voix mielleuse :

« - Toi tu as l'air en manque. Oublie la désintox et prends plutôt une dose. J'ai ce qu'il te faut, tu marches à quoi ?

Un vulgaire dealer m'adressait la parole. Je m'apprête à lui dire de partir, le plus calmement possible mais me ravise au dernier moment. La désinhibition de la drogue pourrait-elle me faire oublier les voix ? Peut-être. Justement je sentais que les voix manifestaient leur désaccord. Qu'elles aillent au diable, je ne voulais plus les entendre ! Mais est-ce que c'était bien moi qui décidais de me réduire à ça ? Je ne savais pas, mais peu importait... La pression des voix était trop forte, elles m'épuisaient, je voulais du repos.

« - Donnes moi ce que tu as. »

J'étais posée.

« - Ce n'est pas gratuit ma jolie. »

Je lui attrape le poignet et le tord si durement qu'il n'arrive même pas à crier, se contentant d'ouvrir la bouche pour souffler lamentablement.

« - Donnes où je te tue. »

Cette fois-ci ce n'était plus moi.

« - Ok ok ok ! Espèce de tarée ! Prends mon manteau, tout est dedans, réussit-il à gémir.

Je le relâche et prend le vêtement qu'il avait posé sur la table.

« - Maintenant pars et vie, déclarai-je. »

Il ne se fit pas prier et se leva précipitamment pour disparaître de ma vue. Je vois le serveur de l'entrée se diriger vers moi, jetant un drôle de coup d'oeil au fuyard. Il me désigna du menton et demanda :

« - Il vous causait des ennuis ? Cet homme était louche.

- Je... Je ne sais pas... Vous faites hôtel ? dis-je en me retrouvant moi même.

- Oui, si vous cherchez une chambre il y'en a beaucoup de libre. Vous imaginez bien qu'avec la guerre qui arrive... »

Je restai pensive, une guerre ? Laquelle ? Encore une chose que j'avais visiblement oubliée. Néanmoins l'information risquait d'être intéressante voir cruciale pour mon existence. Timidement j'ose en savoir plus.

« - Il y'a une guerre ?

- Vous n'êtes pas au courant ? »

Si je te le demande... Voyant mon mutisme il reprit :

« - Les zergs ont été repérés dans l'espace voisin, il y'a de fortes chances pour qu'ils soient ici dans les jours à venir. Le Directoire ne fait évacuer personne pour l'instant car il estime avoir la situation en main, pourtant rien n'est sûr avec les zergs ! Beaucoup de personnes se sont envolées par leurs propres moyens. »

J'hoche la tête.

« - Ah oui maintenant que vous me le dites... Laissez moi une chambre il faut que je dorme. »

Je me rendis compte que je n'étais pas très convaincante dans ma phrase.

« - Vous avez dû faire la fête toute la nuit pour être dans un état pareil ! »

Tu n'imagines même pas.

« - C'est cent crédits la journée à payer tout de suite, m'annonça t-il après. »

Cent crédits ? Où vais-je trouver ça ? Je n'avais pas d'argent sur moi. Alors je pris le manteau du dealer et fouillai les poches, je trouvai un portefeuille. Je l'ouvris, il est plutôt bien fourni. Je saisis le compte et le passai au serveur. Il empocha la somme et me fit signe qu'il reviendrait. L'homme s'éloigna pendant quelques secondes, donna l'argent au barman, lui expliqua la situation et retourne vers moi.

« - C'est la numéro trente-neuf, voici votre carte. Voulez vous que je vous montre le chemin ? C'est à l'étage.

- Merci mais je m'en sortirais.

- Très bien, bonne nuit, ajouta t-il non sans un sourire. »

Fatiguée je me traîne jusqu'à l'étage, regardant droit devant moi. L'escalier paraît interminable sous mes jambes, le sol se déroulait progressivement sous mes pas. Evidemment ma chambre se trouvait au bout du couloir. Je passe la clé magnétique dans la serrure, un voyant vert s'allume, je pousse lourdement la porte. Ce n'était pas le grand luxe mais la pièce contenait un lit, une table, une chaise et une télévision. Il y'avait aussi une salle de bain attenante à la chambre. Je referme la porte, jette le manteau sur le premier meuble et m'affale dans les draps. Je commence à délacer mes rangers.

Je ne savais toujours pas qui j'étais...
L'injection de métaphydryne remonte rapidement les veines de mon bras. Ces mêmes veines filent à mon coeur battant, passent, puis le sang repart dans les artères. La drogue peut alors agir. Mes tempes bourdonnent, c'est peut-être la première fois que je fais ça, je ne sais plus. Je suis assise sur mon lit, la seringue tombe par terre. Ce narcotique agissait vite, je sentais déjà ma tête tourner, rouler sur mon épaule. Le monde danse lentement autour de moi, une sensation de bonheur intense m'envahit. Je suis ébahi, heureuse pour une raison que j'ignore. Je me mets à rire de façon saccadée, roulant sur les draps. J'entends à nouveau de la musique, du clavecin, du violon avec une contrebasse. Mon corps vibre à chaque note totalement imaginaire, mes poils se hérissent. Je tremble, les muscles contractés. Mon rythme cardiaque s'accélère, mes pupilles se dilatent. Je vois les partitions d'un orchestre défiler sous mes yeux, le tempo augmentait encore et encore. J'ai l'impression de flotter, tordue dans une position incroyable. Pendant plusieurs minutes je suis complètement hors service, planant dans une autre atmosphère, magnifique, sans les voix, juste la musique, bien plus forte que leurs plaintes agaçantes. L'expérience atteint son paroxysme, je suis dans le vide, l'estomac noué, complètement libre, des cloches se mettent à sonner. Ensuite, progressivement, mon état redescend à un niveau plus conscient. Je suis totalement euphorique mais j'arrive à bouger, il y'a un filet de bave qui coule depuis la commissure de mes lèvres. Je convulse comme si un froid intense léchait ma peau. Je me retourne, une étrange sensation remontant le long de ma gorge. Mes pieds touche le sol, je cours vers la salle de bain, vomissant dans le lavabo. Ca faisait deux fois dans la journée. C'était encore plus douloureux que la première fois, je n'avais toujours pas mangée. La bile était presque blanche, cela m'arrache les tripes. Le feu brûle tout mon corps, je tombe sous la douche, adossée au mur. J'ai l'impression de me retrouver à mon réveil.

« - Ecoute... Ecoute... »

Je secoue la tête, les voix voulaient revenir.

« - Ecoute ! Ecoute !

- NON !

- Tu ne pourras pas fuir éternellement, tu devrais m'entendre, ça simplifierait les choses. »

J'étais en train de parler avec moi-même, toute seule, dans ma salle de bain. Je devenais folle, complètement folle. Je voulais me relever mais tout s'agitait dès que je bougeais, causant de nouvelles nausées.

« - Tu n'es pas en train de céder à la folie, la folie c'est ce qu'il risque de t'arriver si tu continue dans cette voie là. »

La voix intérieure était calme et apaisante mais sa présence ne faisait qu'alimenter ma colère. Ce timbre neutre revint à la charge :

« - Ce qui t'es arrivé est très compliqué, il faut que tu soit prête à comprendre ce que je vais te dire.

- Imbécile tu perds ton temps, elle ne peut plus rien assimiler ! clama une autre voix plus féminine ; la mienne ?

- Laisse moi lui expliquer, ne complique pas les choses.

- Taisez vous !

- Non ça suffit, si tu veux que ça s'arrête il va falloir être coopérative. Très coopérative. »

Incroyable je m'auto menaçais. Des larmes perlèrent de mes yeux. Mais qui étais-je à la fin ? D'où est-ce que je venais ? Que m'arrivait-il ?

Ce délire m'achève, je pleure, enfin. Je pleure sans m'arrêter, je suis secouée par les sanglots. De longs sillons de larmes coulent sur mes joues, je ne veux pas les entendre... Alors je pleure, je suis seule et je pleure. L'homme calme essayait encore de m'adresser la parole, il ne voulait pas me laisser tranquille.

« - Tu es jeune, ne gâche pas ta vie, tu peux t'en sortir si tu suis bien ce que je vais te dire. »

Je ne me réponds pas, cela aurait été absurde.

« - Il y'a un moyen pour stopper ça, en dehors de cette colonie, à plusieurs kilomètres au nord tu trouvera un vaisseau. Là bas tu activera une balise et on viendra te chercher, c'est ce que tu dois faire si tu veux être libérée.

- Bâtard tu crois pouvoir m'envoyer où tu veux ? Jamais ! cracha l'autre voix.

- C'est moi qui décide de toute manière, puisque vous n'existez pas.

- Tu es dans l'erreur, tu le sais pertinemment. Rien n'est simple. Il faut que tu ailles au nord, avec n'importe quel véhicule, à pied cela prendrait trop de temps, les secondes sont comptées. »

Ma poitrine tressaille, je n'arrive plus à me souvenir qui a prononcé cette phrase. Moi évidemment puisque je suis seule.

« - Non tu n'iras pas, tu vas attendre ici, le désert à l'extérieur est trop dangereux et ne mène qu'à la mort. Et tu seras plus en sécurité contre les zergs qui arrivent... »

L'homme eut un rire grave.

« - Quelle hypocrisie ! Bravo tu fais très fort ! Cesses tes mensonges veux-tu ? Non et puis ce n'est pas une question : Ne dis plus rien. Au nord est la solution au problème. »

Les larmes ne se sont pas arrêtées, elles coulent silencieusement. Mon esprit est malade. Et si j'allais au nord ? Que gagnerais-je à rester ici ? Probablement rien. Il y'avait la guerre imminente. Et alors ? On attaquait les villes pas les plaines désertiques. Le vaisseau volerait peut-être, c'était ce que me soufflait mon instinct de survie. Au milieu de mes sanglots je chuchote.

« - Je vais dormir... Dormir... Les hallucinations et la drogue sont liées. »

Mes paupières se ferment toutes seules. Je suis si fatiguée... Si fatiguée... Qui suis-je ?

« - Tu dois décider, les zergs vont arriver sinon.

- Tant mieux... Tant mieux... Ca arrivera de toute manière.

- Silence, pitié, je veux dormir ! »

Mon murmure se transforme en un sifflement acerbe :

« - Tu n'as pas terminée de souffrir ! »

Le carrelage froid m'engourdit, cela éteint un peu le feu qui me brûle. Ma peau est chaude, trempée de sueur. J'ai l'impression d'avoir de la fièvre. Je sombre dans l'inconscience, je sens qu'elle m'attire. La douleur s'envole et je m'écroule par terre. Pas de rêves, pas de souvenirs, pas de passé. Je me demande si je ne devrais pas mourir. Je m'accrochai à un espoir de comprendre ce qui m'arrivait, le besoin de savoir pourquoi.

Lorsque je me réveille j'ai un affreux mal de crâne. Les battements de mon coeur pulsent à mes tempes d'une façon désagréable. Je suis encore plus malade qu'avant, j'ai assez mal récupérée à cause de la faim qui me tenaille. Quelle heure est-il ? Combien de temps à rester comateuse ? Aucune idée. Je m'assois en tailleur, déboutonnant ma chemise crasseuse. Je la jette au loin puis dégrafe un soutien-gorge noir. Les seins nus je me lève, m'appuyant sur un mur. Ensuite j'enlève mon pantalon qui glisse le long de mes jambes en même temps que mon string. Je pousse les vêtements du pied et ouvre le robinet de la douche, l'eau qui coule alors est froide, glacée. La différence de température serre ma poitrine, me coupant la respiration, ça me fait tousser mais ça me fait du bien. La saleté s'enfuit par le siphon, je me frictionne sans savon, de toute manière il n'y en a pas. En face de moi je remarque un miroir, j'écarquille les yeux de surprise. Ce n'est pas le galbe de mes seins ou les courbes de mes hanches mais plutôt le nombre incalculable de tatouages qui couraient sur ma peau. Il y'a un tas de crânes qui croule sur mon bas ventre jusqu'au pied d'un ange qui regarde le ciel. Une pleine lune entourée de ronces se trouve au dessus de ma poitrine, les branches épineuses rampantes sur mes côtes. Mes jambes sont entièrement couvertes de phrases écrites dans un alphabet incompréhensible. Je me tourne pour regarder le dos, il y'a un mur avec un portail de fer forgé ouvert donnant sur une étendue de nuages cotonneux.

Je sors de la douche et me sèche, il me fallait de nouveaux habits. Je passe dans ma chambre, je commençais un peu à sortir de ma léthargie. On frappa à la porte, je ramassai vite la seringue qui était au sol pour la jeter. Prise de court je ne pu former qu'un bégayement :

« - Qu-quoi ? »

La porte s'ouvrit, le serveur du bar était entré avec un plateau repas. Il se figea net en me voyant entièrement nue. Je n'esquissai pas le moindre mouvement, ne sachant que trop faire. La situation s'éternisa de quelques secondes de trop, ma colère impersonnelle monta de nouveau :

« - Arrêtes de me fixer, tu n'as jamais vu une femme ? Si tu es juste venu pour te rincer l'oeil je te conseil de partir rapidement ou je te t... »

Je dû faire un effort incommensurable pour ravaler les mots qui sortaient de ma bouche, agacée et effrayée, ce n'était pas ce que j'avais voulu dire ! L'homme se confondit en excuses posant le plateau sur la table, expliquant que l'hôtel amenait toujours les repas aux mêmes heures et qu'il ne pensait pas gêner. Il allait partir à reculons lorsque je l'arrêtai d'un regard. Me contrôlant le plus possible je lançai plus pacifiquement :

« - Peux-tu aller acheter des vêtements pour moi ? Je paye la course de cinquante crédits.

- Heu... Hé bien...

- Je suis nue, je ne peux pas sortir, c'est si difficile que ça à comprendre ? Abru-... »

Je stoppais encore cette rage qui revenait. Me raclant la gorge j'explique avec le plus de douceur possible :

« - Excuses moi je suis encore fatiguée. Alors tu peux le faire ?

- Je pense que oui, admit-il.

- Prends ce qu'il y'a de plus pratique et de moins cher.

- D'accord mademoiselle. Heu... Je... Ne veux pas vous gêner plus que ça, je file ! »

Il sort en claquant la porte. A ce moment là je saute sur la nourriture, la faim justifie les moyens.
Les vêtements qu'il m'avait trouvé étaient ce que je recherchais. Simples et utilitaires. Un pantalon noir typé militaire doté de nombreuses poches, un top plutôt serré et une chemise à manches longues similaire à celle que j'avais avant. Il s'agissait peut-être du même magasin. Après avoir mangée je relaçai mes rangers, ça allait mieux. Les voix s'étaient un peu calmées et je retrouvais mes forces.

« - Tu vas aller au nord n'est-ce pas ? »

Je penche la tête en arrière, fermant les yeux, ça recommençait.

« - Elle ira nulle part, elle n'est pas aussi docile.

- Parce que t'écouter toi est préférable ? C'est finir esclave, par un moyen ou un autre, comme toi, répliqua l'homme d'un ton hautain.

- Je ne sais pas qui je suis n'y d'où je viens. Les cycles de ce monde ne sont pas les miens. Je ne sais même pas si quelqu'un pense à moi, rêve de moi. Je dois vous entendre mais qui m'entends ? »

Il eut comme un soupir.

« - C'est injuste, c'est pour ça que tu dois aller au nord.

- Ou rester ici.

- Rester ou partir, ou est la différence ?

- Immobilité ou action, la question doit être posée comme cela.

- Alors action, la guerre ne me tente pas.

- Tu y sera confrontée de TOUTE MANIERE ! s'exclama la femme.

- Elle se sauvera en allant au nord, il y'a le vaisseau, rétorquai-je. »

Je venais de parler de moi à la troisième personne ? Quoique je parlais toute seule alors cela ne changeait pas grand-chose.

« - Je vous en empêcherais, tu ne me mettra pas en échec comme ça. »

Ce fut prononcé d'une manière prophétique.

Dans tout les cas j'attendais la nuit. J'avais encore du sommeil à rattraper, pendant au moins huit heures. Je m'allonge sur le lit et essaye d'oublier les voix. Je pense à mon passé inexistant. Si je disparaissais des personnes allaient me rechercher. Il se pouvait qu'une personne me connaissant habite à quelques mètres. Lorsque deux jours seront écoulés les autorités se mettront logiquement sur mes traces. Mais dans deux jours les zergs viendront ici. Mes amis, ma famille... Maxime ? Allaient peut-être mourir dans mon ignorance la plus totale. Me déclarer à la police ou aux miliaires ? Avec la guerre imminente ils auront bien mieux à faire qu'essayer de retrouver mon identité. Mes réflexions vagabondèrent jusqu'à ce que je m'endorme d'un sommeil agité.

J'ouvre un oeil, aucun rayon de soleil ne traverse la fenêtre, il fait nuit. Mes muscles sont beaucoup moins endoloris qu'avant, je ne suis plus nauséeuse et mon mal de crâne a disparu. Quel était ce miracle ? Ma constitution était si solide que ça ? Au vu de ma taille une semaine aurait été nécessaire pour que je récupère aussi vite.

« - Il fait déjà nuit, pars vite sinon il sera trop tard.

- Blablabla il est déjà trop tard...

- Il n'est jamais trop tard. »

Ignorant ce dialogue interne je me dirige lentement vers la vitre, jetant un coup d'oeil à l'extérieur. Un hovercraft est en train de se garer juste en bas, il n'a pas encore terminé sa manoeuvre, probablement un client de l'hôtel. J'enfile le manteau du dealer sans tarder, le cuir me protégera du froid. Je me précipite alors hors de ma chambre, dévalant l'escalier quatre à quatre, c'était l'occasion ou jamais. J'arrive dans la salle principale, personne ne me prêta attention, comme à chaque fois. Sans hésiter je m'élance vers la sortie. J'ai un pied sur le seuil et aperçoit le propriétaire du véhicule que j'avais repéré. Il s'avance tranquillement vers moi. Je cours vers lui, m'arrête à moins d'un mètre et le fixe. L'homme, qui devait avoir la quarantaine, fronce les sourcils.

« - Il y'a un problème ?

- C'est vous qui avez les clés de cet hovercraft ? »

Son regard se pose sur l'engin en question puis revient sur moi.

« - Oui en effet...

- Donnez les moi, exigeai-je.

- Pardon ?

- Vous avez très bien comprit. Donnez les moi ou je vous tue de la manière la plus atroce possible. »

Il blêmit à mes propos. Propos que j'avais pour une fois moi-même formulés, c'était du bluff. Mais sa réaction ne fut pas celle que j'attendais, quoique prévisible.

« - A l'aide ! »

Mon poing lui fracasse la mâchoire et son cri s'arrête aussi vite qu'il avait commencé. Son corps tombe inerte sur le sol sans que j'essaye de le rattraper. Lorsque sa tête cogne il y'a un craquement qui achève de l'assommer ou qui met fin à son existence, je ne sais pas. Je n'ais jamais voulu le frapper et pourtant c'était chose faite... Et plutôt bien faite. J'essuie ma main sur ma veste comme si elle était sale. Qu'avais-je fais ? Pauvre type. Je récupère les clés qui sont par terre, pour la première fois les gens me regardent. Je perçois le rythme lourd des marines approcher, il ne valait mieux pas que je m'attarde trop ici... L'adrénaline me rend particulièrement froide, c'est une étrange sensation. J'ai peut-être tué un homme et je n'éprouve pas le moindre remords, j'ai l'impression d'être spectatrice de l'action, reléguée au second rang dans mon propre corps, ayant une maîtrise parfaite de la situation mais pas de ma pensée. Je panique intérieurement mais rien ne ressort ! Il faut que je parte, je me fraye un passage dans la foule qui s'écarte sans m'arrêter, quel courage. Je déverrouille l'hovercraft à distance grâce à un bouton sur la clé et ouvre la portière.

« - Arrêtez vous ! Où nous ouvrons le feu ! »

Un marine à la voix éraillée. C'était peut-être une femme...

Je me jette au volant et claque la porte avec vigueur. L'engin vrombit, je vois les militaires s'agiter, le chef hurle et ils arment leur fusil. Première vitesse, démarrage. Une série de détonations m'éclatent dans les oreilles, la rafale fracasse l'acier et les vitres. Le vacarme est effroyable, des bouts de plexiglas volent dans les airs, je ferme les yeux pour éviter les éclats qui cliquètent. J'accélère mais les marines ne me lâchent pas, traumatisant la carrosserie avec leur gros calibre. Je sens les balles filer à mes oreilles, me faisant tressaillir à chaque fois. Une me frôle l'épaule, laissant une zébrure sanglante et douloureuse.

« - Aouw !

- Tu aurais dû m'écouter et te baisser !

- Pas maintenant vieux... »

En quatrième vitesse de dévale la route, les civils sautent sur les trottoirs pour ne pas se faire envoyer en l'air. Je vois les marines du Directoire agiter le poing de rage dans mon rétro, ils sont trop loin. Un petit sourire satisfait étire mon visage, cela devait être la première fois que je souriais depuis mon réveil. Mais rapidement il s'efface. Une moto antigrav « Vulture » de l'armée surgit au détour d'une rue et me prend en chasse.

« - C'est pas vrai... marmonnai-je

- Ecrase le et ça sera réglé, proposa la femme.

- Encore un mort ? Ils ne font que leur travail.

- Ils nous gênent, fait comme elle te dit, pour une fois. »

Je ralentis la cadence, serrent le volant à m'en faire blanchir les phalanges.

« - Je vais voir... »

Le militaire arrive à mon niveau grâce à mon freinage. A travers son cockpit je le vois qui me fait un signe de la main : « Garez vous immédiatement. ». Je grimace, ce n'était pas ce que j'avais l'intention de faire. L'adrénaline était toujours là mais elle ne venait pas de moi, dans une situation pareille je me serais planquée au fond d'un trou. Où peut-être pas. Comment étais-je avant de perdre la mémoire ? Radicalement différente ?

« - Décide toi, c'est l'occasion !

- Elle va le faire ! »

Et je le fais, d'un coup de volant je me déporte sur la droite, cognant violement la vulture. La différence de poids m'est nettement favorable, son véhicule dérape et tourbillonne en un crissement de tôles martyrisées. Il va ensuite s'encastrer sur un autre hovercraft à l'arrêt, ce qui achève le poursuivant, tout l'avant est écrasé, plus de moteur, il n'y a que le froissement du métal. Finalement ce n'était pas si difficile. Triomphante je m'exclame :

« - A fond les ballons !

- Quoi ?

- Ne commence pas à tout gâcher, je crois que j'aime bien cette expression !

- Chacun ses faiblesses, répliqua l'homme. »

Il fallait que j'arrête de parler avec moi-même, surtout dans les situations critiques. Mais dans un sens cela me détendait aussi, l'impression de ne pas être complètement seule. Mon cas s'aggravait, déjà que j'allais à un endroit recommandé par mon seul esprit... Divisé.

Je quittai la ville, les dernières structures disparaissaient dans la nuit, je ne voyais plus que quelques lueurs lointaines. Maintenant il n'y a plus que le silence, les étoiles et... le moteur. Il y'avait un autoradio, d'une main je l'allume. Je ne peux m'empêcher de serrer les dents en bougeant mon bras entaillé. Il faudra faire un garrot. La chanson qui est diffusée je ne la connais pas, pourtant j'en connais les paroles et l'air. Quelque chose que j'écoutais avant ? C'était mon style musical ? En tout cas j'aimais bien cela avait une sonorités rock'n roll. Ou plutôt métal. Bougeant la tête en rythme je ne pouvais m'empêcher de chanter.

« - Feuer Frei ! Bang Bang ! »

« - Getadelt wird wer schmerzen kennt

- Vom feuer das die haut verbrent !

- Ich werf ein licht, in mein gesisht

- Ein heisser schre ! Feuer Frei ! Bang Bang !

Je filais au nord, sans savoir ce qui m'attendait, sans savoir qui j'étais. Cette question ne cessait de me tarauder. La musique m'apaisait... Cela m'évitait de trop penser.

« - Feuer Frei ! »
L'hovercraft s'arrêta dans un nuage de poussière. Les moteurs se turent enfin. Les vitres brisées laissaient l'air frais me chatouiller le visage, ce n'était pas désagréable. Il y'avait un tee-shirt posé sur le siège passager, je le déchirais en silence, puis en enroulai une bande autour de mon bras blessé, essayant de stopper l'écoulement de sang. Je laisse les phares allumés, ils éclairent ce qui semblait être le vaisseau. Alors il y'avait une once de vérité dans mon cerveau ? Etait-ce une réminiscence de mon passé ? Je n'étais plus sûre de rien.

L'astronef avait un design particulier, avec de jolies courbes et une allure très futuriste. Je n'étais pas experte mais il ne ressemblait pas à un chasseur Terran ou une chose du genre, à moins qu'il n'ait été fortement personnalisé ? Et si c'était le mien ? Et que j'avais des goûts particuliers en terme de décoration ? Il paraissait en parfait état, la carlingue était orangée, en adéquation avec la couleur du sable. C'était un bon camouflage. Au vu de sa taille il pouvait embarquer peut-être trois personnes au plus. Je descendis de l'hovercraft, refermant la portière derrière moi.

« - C'est bien lui. Entre par l'arrière, il y'a une trappe qui est commandée par un code. »
Aucun code ne me revenait en tête.
« - Quel code ?
- Je m'en occupe, va là bas.
- C'est vraiment parce que je n'ai rien d'autre à faire, je commence à en avoir plus qu'assez d'obéir... Heu... De m'obéir ?
- Et moi qu'est-ce que je devrais dire ? Je suis condamnée ! »
L'homme assena d'un ton cassant :
« - Assume le prix de ton échec ! »

Je secoue la tête, mes pas s'enfoncèrent dans le sable mou. Les phares découpent mon ombre sur le sol. La lune était en partie cachée par des nuages, il n'y avait plus un souffle de vent. Je me dirige tranquillement vers le sas à l'arrière, la pénombre m'enveloppait complètement. Mes yeux s'accoutumèrent vite à la nuit. Mes doigts tapent instinctivement sur le clavier à code, je ne regarde même pas, ça me paraît naturel. Il y'a un clic sonore suivit d'un sifflement aigu, la porte se débloque et s'ouvre d'elle-même, les battants se repliant dans la coque. Lorsque je fais un pas à l'intérieur, des lumières s'allument sur les bords du plancher métallique. Un couloir s'étend devant moi, il va jusqu'au cockpit. C'était relativement étroit.

« - Alors c'est ça... Qu'est-ce que je fais maintenant ? Je décolle ?
- Va voir le tableau de bord avant. »
J'avance et observe tout les écrans, certains sont déjà allumés, des informations défilent dans une langue inconnue.
« - Je vais à droite ? demandai-je.
- C'est fini de toute manière, je vais vous tuer.
- Quoi ?!
- Ne l'écoute pas, elle délire, elle n'existe pas... »
J'éclate de rire.
« - Parce que tu existes toi peut-être ? Vous êtes dans ma tête ! Si je m'écoutais j'irais à deux endroits en même temps ! C'est n'importe quoi... »
Je suspend ma phrase un instant et appuie sur une série de boutons.
« - Vraiment n'importe quoi... Je ne devrais pas être libre là ? C'était le nord la solution ! Preuve de plus que mon esprit est malade, que je suis folle ! Et maintenant je fais quoi ? J'attends une action du Saint-Esprit ? »

Il y'a encore des bips, puis une voix grave, probablement celle de l'ordinateur de bord, qui annonce quelque chose d'incompréhensible :

« - Proglama turh fum en terro. »
Cela ne m'avance pas à grand-chose.
« - Génial, c'était Dieu ? Mais pourquoi je fais ça ? Je me demande si je n'aurais pas mieux fait d'y rester plus tôt !
- Ne dis pas n'importe quoi, tu viens de te sauver la vie, maintenant il faut que tu partes avec ce vaisseau.
- ET PUIS QUOI ENCORE ?! Je jurerais qu'il n'y a même pas d'autoradio... Franchement cela ne me mène nulle part ! Je veux savoir qui je suis ! Je VEUX le savoir ! »
L'homme ne fut pas perturbé.
« - Je ne peux pas te le dire, mais lorsque tu sera libre tu récupérera peut-être ta mémoire.
- Libre de quoi en fait ? On va me couper un bout de cervelle ? C'est d'une ironie...
- Non, il y'a d'autres moyens et-... Ecoute !
- Quoi ? Ton argumentaire creux ? m'agaçai-je.
- Mais non, ce bruit ! Ca pue le zerg ! »

A cet instant là je tendis l'oreille. Un étrange bruit de frottement contre le sable me parvient. Je me tourne vers le couloir, il n'y a rien. Un râle long et aigu agite mon coeur, c'était loin d'être humain. Ma bouche s'assèche, mon poil s'hérisse, l'idée même de me retrouver nez à nez avec un zerg me pétrifie. J'entends comme une goutte d'eau qui tombe sur la vitre, pourtant il ne pleut pas. Doucement je regarde par-dessus mon épaule. Mon corps est figé, tendu à rompre, trempé de sueur. Il y'a une immense gueule garnie de crocs qui bave sur le cockpit. Ses yeux sont jaunes vifs, deux mâchoires, une tête allongée et couverte d'une épaisse carapace épineuse. En guise de bras des lames d'os longues et tranchantes qui devaient faire ma taille, à peu près.

« - Oo merde... »

Je ravale ma salive. Des petits ricanements se répercutent dans le vaisseau, je ne sais pas d'où cela viens et je ne veux pas le savoir. L'homme s'empresse de me donner un coup de fouet :

« - Ne reste pas là imbécile ! Active les moteurs !
- Mais... COMMENT ON FAIT ?!
- Ah ça c'est trop drôle, je vous l'avais dit...
- Ferme ta putain de gueule pouffiasse ! Je vais en faire un steak de ce truc ! »

Enragée je me précipite sur les commandes, mes mains fonctionnent d'une manière experte, ce n'est plus moi qui les contrôle. L'immense zerg hurle et abat ses faux sur la vitre, fracassant la matière en sifflant. Les éclats rebondissent sur le tableau de bord, je pianote, des voyants s'allument, d'autres s'éteignent. Cette fois-ci la peur prenait le dessus sur l'adrénaline, j'allais me faire dévorer vive !

« - Mais VITE ! »

« - Orghemer. Rhaï... Orth... Frur...
- Magne toi ! MAGNE TOI ! »
- Erht... »

Le monstre déchire complètement la vitre, arrachant les jointures. Une pluie d'éclats tombe sur ma tête, se mêlant à mes cheveux. Il ouvre grand la gueule, quelques centimètres nous séparent, je peux voir le fond de sa gorge, il me jauge d'une façon prédatrice. Le zerg cri, projetant des gouttes de liquides visqueux sur mon visage. Je cri presque aussi fort.

« - Thort... Ulm... »

Les moteurs émettent un sifflement assourdissant, je ne vois plus que ses yeux. Je n'arrive plus à fermer les miens, je préfère regarder la mort en face.

« - Orgh, fini enfin l'ordinateur. »

Le vaisseau démarre filant droit devant, emportant le zerg avec lui. La créature gémit, le souffle coupé. Je m'accroche au siège de pilotage, je ne sais pas ou je vais, comme d'habitude. Les secondes s'écoulent à toute vitesse, je n'arrive plus à suivre la situation. Soudainement un grand choc ! Je suis projetée au sol, me cognant violemment contre une paroi d'acier. C'est le noir complet pendent un court instant, mon front est douloureux, humide. Je n'entends plus le moteur mais une odeur de brûlé me chatouille les narines. Je tousse, crache du sang par terre. Je suis à quatre pattes dans les ténèbres, quelques arcs électriques achèvent les circuits du tableau de bord. L'un d'eux éclaire la face du zerg, elle est juste à côté de moi ! J'ai un mouvement de recul précipité, l'arrière de ma tête frappe de nouveau une cloison.

« - Ouch ! »

C'est à ce moment là que je remarque que le regard du monstre est bien plus terne qu'avant, voilé. En fait il semble coincé entre le vaisseau et autre chose, probablement la surface dans laquelle je suis rentrée si durement.

« - Fin à ta vie de souffrance... Amen... Putain qu'est-ce que j'ai mal ! »

Je passe une main sur mon crâne, j'ai une énorme bosse. Je renifle, je saigne du nez.

« - Manquait plus que ça... Super plan... Super, qui a eu cette idée géniale ?
- Tu es en vie ne te plains pas. »
C'était si osé que je n'arrivai pas à lui répondre. A me répondre ?
« - Ne la ramène pas trop non plus, c'est à cause de toi que je suis en train de crever ici. Si il y'en a d'autres je ne pourrais pas refaire cette attaque suicide !
- Ne panique pas, modéra l'homme, tu rentres à la ville et patientes.
- Vous ne rentrerez pas... Et même si vous y arrivez vous ne m'échapperez pas, j'y veillerais personnellement, cracha la voix féminine.
- Je sais très bien que c'est toi qui es la responsable de ce désastre, mais ne te surestime pas trop.
- Lamentable, dans pas très longtemps je prendrais ma revanche. »
J'essuyai le sang qui coulait de mon nez.
« - Fermez là un peu, silence ! »

Elles se calmèrent. Je me levai d'une façon un peu bancale, encore sonnée. J'en avais pris pour mon grade. Sur pied, je sortis de l'épave de l'astronef en me soutenant contre les parois du couloir. Je devais avoir l'air assez pitoyable, dire que je venais d'acheter des vêtements neufs... Heureusement qu'ils ne m'avaient pas coûtés chers ! Je m'auto sermonnai en réalisant que je pensais à mes fringues alors que j'étais passé à un fil de la mort. Mort que j'avais souhaitée quelques secondes plus tôt...

Au loin j'apercevais encore les phares de mon hovercraft, le vaisseau avait parcouru une petite distance avant de s'encastrer dans un rocher au pied d'une plus haute montagne rocailleuse et aride. Il fallait que je marche. Qui me disait qu'une autre horreur n'allait pas me tomber dessus à l'improviste ? Mettant fin à cette pseudo quête non-sens ? Personne. Ce qui m'inquiétait le plus, quand j'y réfléchissais un tout petit peu, c'était que si il y'avait des zergs ici, ils étaient peut-être déjà en train de ravager la ville...

« - A mon avis ce ne sont que des éclaireurs, le reste de la nuée doit se préparer à lancer l'invasion.
- Tu ne peux pas savoir ce que la nuée fait, si seulement tu l'imaginais... »
L'homme soupira d'exaspération.
« - Elle se fera exterminer de toute manière, la colonie résistera suffisamment longtemps.
- Résister pour quoi faire ? C'est une petite colonie, le Directoire ne se fatiguera probablement pas à envoyer des renforts !
- Tu as raison sur ce point là, approuva t-il, mais nous n'avons pas fais tout ça pour rien, n'est-ce pas ?
- Maintenant que tu le dis... C'est plus clair. »

Concluant cette discussion j'approchai enfin de mon hovercraft. Je resserre mon bandage, finalement ce n'était plus ça qui me faisait le plus mal. Ereintée et énervée j'ouvre la portière, le rétroviseur extérieur est alors à mon niveau. Il y'a le même ricanement que j'avais entendu à bord du vaisseau, stressant et strident, sauf que là, c'était beaucoup plus proche. Je jette un coup d'oeil dans le rétro, je vois trois petites bestioles ailées qui montrent les crocs. Cela ressemblait à un croisement entre un lapin et un chien particulièrement enragé. Des zergs affamés. Mon coeur fait un bond, je n'ose plus bouger, ils sont à peine un ou deux mètres derrière moi. A voix basse je me lamentai, pourquoi maintenant ?

« - Tu n'as pas le choix, si tu ne bouges pas ils auront tôt fait de te massacrer. Bondis et enfuis-toi ! »
Facile à dire...

J'en vois un qui s'écrase sur lui-même pour prendre de l'élan, j'hurle de peur et monte à bord de l'hovercraft aussi vite que possible. Je les sens qui m'effleurent de justesse, leurs griffes manquant de m'entailler la chair, c'est encore plus froid que des balles. D'une main je referme la portière et tourne la clé restée sur le contact (et heureusement). Le moteur mugit mais ne démarre pas, les marines auraient-ils touchés quelque chose d'important ?

« - Ca serait de la poisse à ce point là ! Démarre... DEMARRE ! »

Ils raclent contre la carrosserie, ils sautent et lacèrent l'acier. Le métal crisse, se déchire, je le vois se tendre vers l'intérieur, prêt à crever. Les zergs s'agitent et piaillent, ils ont très faim ! L'un d'eux s'accroche au rebord de la vitre cassée, ses griffes font la taille de mes mains !

« - Si il arrive jusqu'à moi lui !
- Garde ton sang froid. »
Je tourne une nouvelle fois la clé de contact. Cette fois-ci ça marche.
« - MARCHE ARRIERE ! »
Je pousse le levier de vitesse et file à reculons, le monstre agrippé part vers l'avant et s'envole comme un fétu de paille.
« - Bien fait ! »
Je ris mais ma frayeur n'est pas encore totalement passée.
« - Tu finira pas être rattrapée, saleté !
- Oh va te faire foutre okay ? »
L'homme renchérit :
« - Tu as perdu, c'est tout. »

Mon hovercraft, enfin, celui que j'avais volé, s'envola à toute blinde vers la ville, laissant les zergs derrière lui. Même ces tenaces prédateurs ne pouvaient espérer rattraper un véhicule à cette vitesse. Cette histoire ne me disait toujours pas ce que je faisais là. La réponse se trouvait quelque part dans ma tête. De toute manière une fois la guerre finie j'avais une idée pour retrouver mon identité. Je souriais, l'adrénaline n'avait pas été si inutile que ça.
La nuit avait été des plus courtes, ma tête n'était pas restée très longtemps sur l'oreiller. De toute manière j'étais plutôt restée dans un état d'euphorie totale après la seconde injection de métaphydryne que je m'étais faite. Après tout juste quatre heures de « sommeil » je me réveillai avec une affreuse migraine et l'impression d'être tombée du toit d'un building.

Il y'avait comme des claquements lointains, les autres locataires n'étaient visiblement pas très silencieux. Je grimace à cause du bruit qui se fait de plus en plus fort, quel était ce vacarme ? Après une petite seconde de réflexion je remarque qu'il y'a aussi des cris, humains et... inhumains. Instantanément je bondis de mon lit, les zergs sont là ! La peur du danger me fait ouvrir grand les yeux, j'ai intérêt à rapidement trouver une solution ! Encore tremblante de ma première rencontre avec ces aliens je me lève et m'habille le plus vite possible.

« - Qu'est-ce que je vais faire ?
- Tu attends ici, nargua la femme.
- Très drôle, je finirais en osselets et de toute manière j'ai décidée de ne rien écouter venant de moi...
- Je n'ai rien à te conseiller. Au mieux trouve une bonne cachette !
- Merci parce que j'étais justement en train de penser à me jeter dans la nuée... Si c'est pour dire des conneries pareilles ce n'est pas la peine. Déjà que je suis allée au nord pour rien...
- Pas pour rien, ça va te sauver.
- Tu parles de l'épave de vaisseau ? demandai-je, acide.
- Non bien sûr que non...
- Ne lui parles plus, de toute manière vous êtes morts ! »
Je fronce les sourcils, commençant à m'énerver sérieusement.
« - Ferme un peu ta gueule tu veux ? Quand j'aurais besoin de ton avis merdique je te demanderais, d'accord ? »

Les autorités locales allaient sûrement faire évacuer les civils jusqu'à une place forte. Je comptais bien m'y rendre. Le plus dur était évidemment d'y arriver en un seul morceau. J'enfile mon manteau et me précipite hors de ma chambre, la peur au ventre. Devais-je sortir par la porte principale ? Cela était probablement tout aussi risqué que n'importe quel entrée. Je m'élance alors dans le couloir, dévalant ensuite l'escalier quatre à quatre, pour déboucher sur la salle principale du bar : Il n'y avait plus personne. Les cris sont plus forts et plus présents ici, dehors la guerre fait rage. Alors que je traverse la pièce une rafale perdue s'écrase sur le mur avec fracas, un éclat me coupe la chair au niveau de la tempe. La douleur est aigue mais s'arrête vite, je sens mon sang chaud qui coule de la plaie.

« - Ils sont malades ! Je vais me faire tuer si je sors de là !
- Si tu y restes aussi... »

Grimaçant je franchis le seuil, m'arrêtant un quart de seconde pour admirer une symphonie purement chaotique. Des marines essayent de s'organiser et mitraillent à tout va, tentant d'avoir un minimum de cohésion face aux zergs bondissants et affamés. Les civils s'éparpillent et hurlent à la mort, d'autres terminent lacérés comme de vulgaires morceaux de viandes. Peu sont ceux qui arrivent à garder un minimum de calme... Les flammes ont commencées à ravager une partie de la ville, ajoutant encore à la folie ambiante. Je m'avance, butant sur un cadavre. C'est là que je remarque qu'il y'en a des monceaux, entassés et salement amochés, taillés en pièces, rongés par les zergs. L'odeur âcre et putride de la chair brûlée me vrille les narines, je fais un pas en arrière, un haut le coeur m'enserrant la poitrine.

« - J'ai jamais vu un truc aussi dégueulasse... »

Il y'a les têtes des morts aux visages déformés par la souffrance dont le regard est impossible à soutenir. Les gosses qui ne ressemblent à rien d'autre qu'à des amas de muscles déchiquetés. Les types qui agonisent en espérant une fin rapide et qui crèvent sous la bile acide des monstres. Je n'en peu plus et vomi mes entrailles par terre. Ma respiration est saccadée, un désespoir sans nom brouille mon esprit. Je suis à genou, la tête me tourne. A mes pieds il y'a un marine qui a un trou sanglant à la place de l'estomac.

« - Irrrkk ! »

Sursautant je regarde sur ma droite, il y'a une créature similaire à celle qui m'avait attaquée la nuit dernière, juste avant de monter dans l'hovercraft. Elle me fixe de ses yeux sans âme, la bave coule de sa bouche entrouverte. Je cligne des paupières et elle me saute dessus.

A ce moment là je ne sais pas comment j'ai fais mais je me suis baissée suffisamment vite pour que ses griffes me ratent. L'esquive due à mon pur instinct de survie me laisse un petit temps de répit. Le marine tient un énorme fusil d'assaut serré entre ses mains. Sans hésiter je lui arrache avec vigueur. L'arme pèse une tonne entre mes bras, elle est massive et vraiment peu maniable pour ma taille. Le zerg s'est de nouveau tourné vers moi, me jaugeant sous un nouvel angle en apercevant la machine gun. J'écarquille les yeux, face à mon prédateur. Je suis pétrifiée de terreur, immobilisée tout en sachant pertinemment que si je ne bougeais pas j'allais mourir.

« - TUE le MAINTENANT ! »

Ma mâchoire est crispée et je ferme les yeux. Lorsque j'appuie sur la détente j'ai la nette impression que mes bras vont se casser, je contracte tous mes muscles pour garder un tir efficace. L'arme déverse une grêle de balles mortelles qui ont tôt fait de transformer le monstre en un puzzle sanguinolent ! Elle gémit, elle couine, mais le feu du fusil noie ses plaintes dans la mort. Son corps laminé retombe lamentablement par terre et je m'arrête. Un silence relatif s'installe, j'entends l'homme me féliciter :

« - Ce n'était pas trop mal pour une débutante !
- Tu parles, j'ai cru que j'allais me pisser dessus !
- Je pense que ça fait toujours ça au début... »
Je secoue la tête et me relève, mal assurée.
« - J'ai intérêt à vite trouver un coin tranquille... »

L'arme a une sangle, je la passe autour de mon corps, cela me fera un peu moins de poids à trimbaler sur les biceps. Sans plus traîner je traverse la rue, slalomant entre la population paniquée. Je remarque alors qu'ils vont tous dans un sens bien précis : Le centre-ville. C'était assez logique. Sans m'éterniser plus longtemps j'empreinte le même chemin. Assez vite je me retrouvai en queue de file, le fusil d'assaut me ralentissant énormément. Je m'arrêtai une seconde pour souffler, j'étais trempée de sueur, mes vêtements me collaient à la peau. Des marines passent juste à côté de moi sans tourner la tête, trop occupés à fuir.

« - Si les militaires commencent à décamper eux aussi c'est que la bataille leur file entre les doigts !
- Ne traîne pas, ils vont peut-être utiliser l'artillerie lourde, il serait dommage que tu termines dispersée par un obus. »

L'idée de mourir ainsi était à peu près aussi rassurante que les griffes d'un zerg. J'inspire profondément et reprend ma course. Il y'a comme un sifflement suraigu qui me vrille les tympans, même les cris de la bataille sont masqués par ce bruit horrible. Le temps semble se figer un instant. Je vois des zergs cavaler au bout de la rue, dévorant ceux qui se trouvaient en tête. Il y'a du sang, les marines tirent. Un nuage de sable et de poussière me pique les yeux. Le sifflement se rapproche encore, je ferme les paupières.

D'abord une simple brise s'échoue sur ma joue, puis un véritable ouragan. Mon corps s'envole comme un vulgaire fétu de paille, il se plie et se tord, emporté par un souffle extraordinaire. Mes oreilles explosent littéralement, la détonation fait vibrer chacun de mes os, me retourne l'estomac et comprime douloureusement ma poitrine. Je ne sais pas ou je vais mais mon dos heurte violemment une surface extrêmement dure. Mes nerfs sont déchirés, ils envoient tous un influx brûlant. J'ai l'impression d'être dans du coton, de flotter sous l'eau, il y'a toujours ce sifflement strident, mais cette fois-ci il vient de moi, je n'entends plus rien. Un liquide coule le long de mon menton, il a un goût atroce, aigre, c'est mon sang. J'ouvre les yeux, le bâtiment en face de moi à été vaporisé, les hommes qui courraient à ses côtés aussi. Les cadavres s'étalaient dans toute la ruelle, ces charognards de zergs étaient déjà revenus pour dévorer les restes. J'essaye de parler mais cela ne fait qu'empirer mon état... Cette fois-ci je suis morte. Un monstre s'approche de moi, il se délecte de son futur repas. Je veux prendre mon arme mais une de mes mains semble brisée.

Je les vois s'agiter, mes paupières tombent un instant. Lorsqu'elles se rouvrent ils sont en train de se faire massacrer ! Des humanoïdes étranges parcourent la rue et tuent les zergs avec une agilité incroyable. Ils sont grands et gracieux, des lames argentées et aveuglantes scintillent à leurs poignets, elles tranchent la chair et les os comme du beurre. Puissants et rapides ils ne ressentent pas les coups portés par les petits démons teigneux, gagnant du terrain à une vitesse effroyable. La voix d'homme ne peut s'empêcher de chuchoter dans mon crâne :

« - Le nord va te sauver, je te l'avais dis. »
Ma réponse se réduit à du sang recraché hors de ma bouche.
« - Tu as une chance insolente ! Mais rien n'est encore joué...
- Tu pleurnicheras plus tard, pour l'instant il faut qu'elle soit sauvée. »

L'un des guerriers s'approcha de moi. Sa peau paraissait presque écailleuse, de couleur grise à bleue. Il portait des épaulières massives et une armure protégeait les points vitaux de son corps osseux. Le reste était masqué par des vêtements très amples et de facture assez noble. Son visage ne laissait pas apparaître de bouche ou de nez, il n'y avait que deux yeux si azur qu'ils en devenaient aveuglant.

« - Je suis le Templier protoss Adon Bar'Tal. Ne crains rien de moi. »

Sa voix avait sonnée à l'arrière de mon crâne, d'une façon étrange qui me rappelait celle de mon double masculin. L'impressionnant combattant se concentra et un picotement intense commença à parcourir ma poitrine. Mon corps frémit, quelque chose était en train de se passer, cela venait de l'intérieur. Les os craquèrent les uns après les autres, ceux qui étaient cassés se ressoudaient instantanément, comme par magie. L'alien me guérissait par la seule force de sa pensée !

Ce fut comme si je tombais dans un trou sans fin, le sol se dérobait sous moi, il s'enfonçait d'une manière parfaitement anormale. D'abord je cru qu'il s'agissait d'un effet secondaire de l'énergie du protoss qui vibrait dans mes veines, mais rapidement je compris que ce phénomène était complètement externe. Le templier paru aussi étonné que moi, il s'arrêta et fit volte-face pour se retrouver nez à nez avec un immense zerg.

Les sables m'engloutissent progressivement, mes ongles essayent de s'accrocher mais ils ne font que racler la pierre. La terre m'arrive jusqu'aux hanches, je sens mes jambes qui pendent dans le vide !

« - Qu'est-ce que... Qu'est-ce qui se passe ! ?
- Tu viens avec moi...
- Sale GARCE ! » criai-je plus paniquée qu'en colère.
La femme siffla d'une langue acide :
« - Si tu avais une idée de ce qu'il t'attend... »

« - NON ! »

Le protoss vint à bout de son adversaire, il lui avait tranché les bras sans ciller. Même face à une rangée de dents baveuses la peur semblait incapable de s'insinuer en lui. Couvert de sang et de fluides il se précipita vers moi, son bras se tendit et sa main attrapa la mienne. Ce contact, bien qu'étrange, me donna un peu de courage. Il essaye alors de me tirer hors du trou, mais plus il se démène plus je m'enfonce, bientôt le sol m'arrive aux aisselles. Je suis horrifiée, plongée dans ce nouveau délire. Le sable fini par couvrir mon visage, il fais noir complet, je vais étouffer.

Je chute dans un puit. Je ne voix rien, il n'y a qu'un air putride suffocant. Mon corps fait un bruit mat en atterrissant sur une surface molle. Une sorte de boue coule sur mes membres, se mélange à mes cheveux, je ne sais pas ou je suis.

« - Je ne suis pas morte ? »
Ma voix est toute petite, inaudible.
« - Tu aurais mieux fais de l'être... »

J'entends un ricanement inhumain, des zergs sont partout, je les sens. J'hurle.
J'avais cruellement envie d'une dose de métaphydryne pour oublier cet endroit immonde. Je ne savais pas ou l'on m'avait emmenée mais j'avais l'impression d'être dans la bouche d'une énorme créature. En fait cela ressemblait à une caverne vivante. Les parois oscillaient à chaque souffle, une odeur de chair putréfiée saturait l'air. Je suis nue avec comme seuls vêtements mes tatouages et ma plaque, la boue qui envahit les lieux colle sur chaque parcelle de ma peau, je la sens respirer.

« - Froid... J'ai la gerbe... »

Ma mâchoire ne veut plus s'ouvrir tant elle est contractée par les courants d'air glacés qui parcourent l'antre, malgré le fait qu'il n'y ait aucune ouverture visible. Le plus horrible est que j'ai l'impression d'avoir été violée dans la plus profonde intimité ! Pas physiquement mais mentalement, comme si l'on m'avait arraché une partie de mon esprit, mes souvenirs ? Non... Ils étaient déjà partis. Il devait s'agir d'autre chose. Un bruit de succion perturbe mes tremblements, un mur de chair s'ouvre de lui-même. Je ne tente même pas de m'enfuir, totalement vide de force. Une silhouette sombre et indiscernable s'avance. La seule chose dont je suis sûre c'est qu'elle est féminine. Elle reste dans les ténèbres, je n'arrive à voir que ses yeux qui sont couleur braise.

« - Nous voilà enfin face à face... Tu sais qui je suis ? »
Je cligne des yeux, cette voix me rappelle terriblement quelque chose.
« - Tu... Tu... Es dans ma tête ! C'est... impossible... Je suis folle, tout ça est faux !
- A ton grand malheur non, la femme ricane et reprend, j'étais dans ta tête suite à un malencontreux accident. Si je t'ais ramenée ici c'est pour qu'on me sorte de ta bien pitoyable enveloppe ! Je suis Hylinda, de chair et d'os.
- Je ne comprends pas... »

La situation m'échappait complètement. Les voix étaient des personnes enfermées dans ma tête ? Comme était-ce possible ? Et l'autre présence ? Devinant mes questions l'étrange apparition expliqua succinctement :

« - Je n'ais pas vraiment le temps de te raconter les détails. Si j'ai finis en toi ce fut contre mon gré. Et il y'a bien une autre entité qui loge dans ton esprit : un templier protoss. Nous étions en concurrence pour savoir qui se sauverait en premier, c'est moi qui ai gagnée. D'ailleurs il te laissera tranquille un moment, l'opération l'a probablement épuisé.
- L'opération ?
- Mon... « Supérieur », un cérébrate, m'a extraite de ton crâne grâce à son énergie psionique surpuissante, il m'a ensuite plongée dans un nouveau corps plus adapté. Tu vois dans quel état tu es ? Le protoss en est au même niveau lamentable.
- Alors je ne suis pas... schizophrène ? »
Je n'attendais pas de réponse à cette interrogation, c'était évident.
« - Où suis-je ?
- A l'ex base Terran « Xandia » dans le secteur de Kropulu.... Maintenant elle est investie par nos forces.
- « Nos » forces ?
- La nuée zerg Inungar, répondit la femme agacée. »

Une question me brûla les lèvres, si on avait fouillé mon esprit on avait sûrement eut accès à toute ma mémoire. Si mes souvenirs avaient été oubliés et non pas effacés je pourrais alors peut-être espérer les récupérer. Cette perspective me donna un peu d'énergie.

« - Le... cérébrate... Qu'est-ce que c'est ? »
La créature soupira devant autant d'ignorance.
« - Un zerg qui a atteint un stade psychique supérieur, son corps n'a que peu d'importance en comparaison de ses pouvoirs. Il est omniscient d'une nuée entière, il coordonne chaque mouvement, chaque attaque, il est réflexion.
- Il a lu en moi ? N'est-ce pas ?
- On ne peut rien te cacher...
- Alors il sait qui je suis ! Il me connaît. »
Ma voix tremblait d'excitation.
« - Je le sais aussi car il partage ses connaissances avec moi, rétorqua d'une façon morne Hylinda, mais je ne te dirais rien, nous n'avons pas de temps à perdre avec ça.
- Comment ça ?
- Tu as oubliée la question la plus importante : pourquoi es-tu toujours en vie ? »

La phrase laissa un blanc, j'aurais pu jurer que mon interlocutrice souriait.

« - Tu vas me rejoindre, tu as de la chance. L'esprit du protoss qui séjourne en toi va fusionner avec ta psyché lors du processus, tu auras le potentiel d'une agente. »
Je commençai à paniquer, me recroquevillant contre l'hideuse paroi derrière moi.
« - Le processus ? Mais qu'est-ce que tu es au juste ?
« - J'ai été humaine, faible. J'étais une fantôme, un soldat d'élite dotée de pouvoir mentaux qui me rendait précieuse. Généralement ces militaires là avale une capsule de cyanure lorsqu'ils sont capturés par les zergs, pour éviter d'être mis à leur service. Le temps a manqué pour moi, et je ne regrette pas. »

Hylinda parlait avec fierté, arrogante.

« - Mis à leur service ? Qu'est-ce que l'on t'a fait ? Tu ne ressembles pas à ce que j'ai pu voir des choses puantes qui courent par ici. »

Les yeux scintillant brillèrent d'un nouvel éclat. La zerg s'avança un peu plus, sortant de la pénombre. Elle était nue, sa peau semblait plus épaisse qu'un derme normal, recouvrant des muscles particulièrement bien ciselés, elle devait être d'une force largement au dessus de la moyenne. Son visage était beau et plutôt bien dessiné malgré l'absence de cheveux. Comme n'importe quelle femme elle disposait des mêmes attributs. Le plus inquiétant étaient plutôt les longues griffes qui remplaçaient ses doigts.

« - Comme tu peux le voir la mutation a été profonde sur mon corps. Toi tu devrais plutôt faire de l'infiltration, ton schéma sera moins prononcé. »

Hylinda fit encore un pas vers moi, faisant appel à toute ma volonté je me mis sur mes jambes. Pas d'issue en vue et je doutais sérieusement avoir le dessus sur mon adversaire.

« - Ne me touche pas ! Tu es... une abomination ! Tue moi si tu veux mais je ne veux pas être... Ca...
- Tsss.... »

Elle s'approcha comme une mère de son enfant. Désespérée je tente de me débattre. D'un geste dextre elle m'attrape à la gorge d'une poigne incroyable, je pose une main sur son bras pour essayer de m'en détacher, sans aucun succès. La zerg m'attire vers elle, je peux voir son visage de près, il est constitué de minuscules écailles brunes. Ses yeux me consument, je sens les battements de son coeur, nos poitrines sont collées l'une à l'autre. Ses lèvres s'approchent et se posent sur les miennes, m'embrassant d'un baiser froid qui s'éternise. Mon corps frissonne, il ne veut pas de cette étreinte et pourtant il la subit, impuissant. Je sens un fluide étrange couler dans ma bouche, c'est pâteux et gluant, vivant. Je crois d'abord qu'il s'agit de la langue de la zerg mais rapidement c'est quelque chose de bien plus dur qui s'introduit dans mon être. Hylinda se sépare de moi et me laisse retomber par terre, un parasite se fraye un passage jusque dans mon oesophage. Il entaille ma chair douloureusement, je le sens qui racle dans ma gorge. Heureusement la souffrance me fait rapidement tomber dans l'inconscience totale.

_______________


Partout il y'a des nuages blancs. Le reste c'est un ciel couchant violacé ou rose, variant sur des tons orangés magnifiques. Je suis là, me reposant sur les surfaces doucereuses et cotonnées. J'aimerais y rester pour l'éternité, tout est beau, calme, un luxe étonnant de simplicité. Pourtant quelque chose me tiraille, une présence. Elle n'est pas mauvaise, pas agressive, mais elle m'appelle d'une façon insensée et intense. Je me tire de ma rêverie à contre coeur, il y'a un homme qui se tient devant moi. Il est grand et relativement musclé. Sa barbe est mal rasée et ses cheveux sont noirs et bien plus longs que les miens. Il a l'air sombre, un reflet triste anime ses yeux charbonneux. Un tatouage épineux déborde sur son bras droit depuis un tee-shirt gris. Il est impossible pour moi de savoir de qui il s'agit, pourtant j'ai la ferme impression de le connaître.

« - Qui es-tu ? »
L'homme inspira profondément, sa voix était grave, je savais qui il était.
« - Je suis Ysul, templier protoss. »
Je fronce les sourcils, il ne ressemblait à pas à ceux de sa race.
« - Pourquoi es-tu humain alors ?
- Je ne le suis pas. Nous sommes quelque part dans tes pensées, c'est toi qui m'imagines ainsi, tu m'associes peut-être avec quelqu'un que tu connais. Enfin, nous n'avons que très peu de temps, alors il va falloir agir vite.
- Très peu de temps pour faire quoi ? demandai-je intriguée.
- Pour sortir d'ici avant qu'il ne soit trop tard. »
Pour la première fois depuis longtemps un sincère éclat de rire s'échappa de ma gorge.
« - Partir ? Mais cet endroit est le plus merveilleux qui puisse exister ! Je peux enfin me reposer... Je me sens si fatiguée... J'en ai assez de courir. »

L'homme secoua la tête par la négative.

« - Tu ne comprends pas. Hylinda t'a fait ingérer un parasite zerg qui va dévorer ton organisme pour entamer une mutation de ton génome. Ensuite il écrasera ta conscience et tu seras à jamais lié aux cérébrate et aux nuées, tu seras une esclave. Il en ira de même pour moi, je serais assimilé avec ton esprit. »

Je n'avais pas vraiment envie de parler de ça, l'endroit était trop merveilleux pour être gâché. De plus le charabia d'Ysul ne m'atteignait pas vraiment et si on suivait son raisonnement tout prenait déjà fin, la page était déjà tournée.

« - Je ne vois pas bien ce que nous pouvons faire... Et puis il y'a autre chose : Je serais en contact avec le cérébrate, je saurais alors qui je suis. Je deviendrais une zerg... Soit. C'est trop tard.
- Ton passé te filera entre les doigts si tu fais cela. Si il existe encore des personnes qui tiennent à toi tu ne pourras que les tuer lorsque tu deviendras une agente au service du cérébrate. Il t'ordonnera la violence, le massacre de population, la trahison, le meurtre, l'aveuglement à une cause que tu ne sers pas. »

Le ton du templier était pressé mais ordonné et bien pesé. Il avait raison sur un point : Si je retrouvais mes souvenirs ainsi je ne pourrais jamais les rejoindre. Dans le cas inverse je resterais dans l'ignorance, ce n'était pas vraiment mieux.

« - C'est peut-être un prix à payer pour me rappeler... Je veux me rappeler. »
Cette fois-ci les yeux d'Ysul flamboyèrent, la colère hacha ses paroles amères.
« - Tu vends ton âme à l'esclavage. Un esclavage non pas d'une vie mais d'une ETERNITE ! A chaque fois que ton corps sera trop vieux ou que qu'il sera mortellement blessé la nuée te réincarnera, tu les serviras à JAMAIS ! Ce n'est pas l'immortalité mais la souffrance qui s'étalera jusqu'à la fin de l'univers. Tu ne rêveras plus et tu n'attacheras strictement aucune importance aux souvenirs de ta vie passée car tu les estimeras faiblesse. Chacune de tes inspirations seront uniquement guidée par la conscience du cérébrate. Tes choix, tes possibilités, disparaîtrons. Ce n'est pas un engagement mais un pacte sans retour ! Une haine qui n'est pas tienne irriguera tes veines et ton cerveau, te guidant vers un chemin obscur dont tu ne connaîtras ni le début ni la fin. »

A cet instant là je me rappelai des crises de rage inexpliquée que j'avais eue précédemment. Il avait du uniquement s'agir de l'ancienne présence d'Hylinda. Mon sang se mit à bouillonner, des images de champ de bataille se mirent à défiler autour de moi, les nuages disparaissaient, absorbés par les flammes et le sang. Des zergs avançaient par essaims en ravageant toute vie sur leur passage, engloutissant l'espace entier. A leur tête il y'avait une femme, mon clone. J'étais la première à tuer, la première à massacrer, la première à jouir du sang sur ma peau, l'extase des hurlements de mes victimes. Des larmes coulèrent à flot sur MON visage, MON corps entier fut secoué par les sanglots.

« - Je... Je... ASSEZ ! »

Les charniers disparurent et laissèrent place à une terre aride et desséchée qui s'étendait à perte de vue. Il n'y avait aucun soleil, juste un ciel lourd et gris.

« - Tu dis que je vais être transformée... Avalée par la violence... D'accord, mais ce combat semble perdu d'avance. Le parasite est en moi, je ne peux rien faire contre ça. »
Ysul hocha la tête, plus serein.
« - En effet, ta transformation est trop avancée pour être annulée. Ton métabolisme sera radicalement changé. Mais tu peux encore échapper à la domination du cérébrate. Hylinda doit t'avoir placée dans une chrysalide en attendant la fin de ta métamorphose. Il faut savoir que si le parasite va bel et bien essayer de t'écraser la résistance n'est pas impossible. Je me suis économisé après la scission pour être au plein de mes capacités. La différence entre un fantôme Terran et nous c'est que justement nous sommes deux. Tu n'as peut-être pas les mêmes capacités que moi mais ton aide pourra amplifier mes pouvoirs psioniques. L'erreur d'Hylinda est qu'elle nous sous-estime trop, elle nous croit déjà vaincus.
- Imaginons que l'on réussisse à écraser la volonté du parasite, que se passera t-il ensuite ?
- Tu garderas ton libre arbitre mais dans un corps... différent.
- Oui mais ce que je voulais dire c'est comment partir du nid zerg ? »

Le templier s'arrêta un instant, pensif. Il n'avait peut-être pas encore prévu cet « obstacle » dans son plan. Pourtant je ne voyais pas l'intérêt de lutter pour finalement retomber sous les griffes de la nuée. Le protoss fini par reprendre avec son ton imperturbable :

« - Nous sommes dans une ancienne base Terran. On peut espérer qu'il y'est peut-être un moyen de fuite... Comme un vaisseau abandonné par le temps.
- Mais c'est du pur hasard ! m'exclamai-je.
- Oui. Mais les possibilités sont extrêmement limitées. Bon, tes modifications génomiques sont bientôt terminées, un nouveau phénotype va s'imposer. Le parasite ne va pas tarder à s'attaquer directement à toi. »
Prise de court je bégayai :
« - Q-Quoi ? Maintenant ? Qu'est-ce que je dois faire ? »

« - Donne moi ta main, nos esprits doivent être proches. »
Ce fut comme une seconde naissance, la même impression qu'au sortir du ventre de ma mère. Il fait froid, j'ai du mal à respirer, on me tire hors de mon nid si douillet. Je déchire les membranes qui me retiennent à l'intérieur d'une mare de fluide, je tue ma propre génitrice. Elles cèdent les unes après les autres. J'arrache ce qui me retient et lie à la chrysalide, des tuyaux de chair qui s'accrochaient à mon nombril et à mon visage. Le liquide chaud s'étale sur le sol en même temps que moi, je peux enfin respirer, c'est douloureux, comme si mes poumons inspiraient pour la première fois de leur vie. L'air est brûlant, mon corps n'a jamais été aussi neuf. J'ouvre la bouche, un haut le coeur me soulève l'estomac, une boule se forme dans ma gorge et mêlé à du sang je vomi le parasite par terre. L'immonde créature est à moitié broyée, elle roule lamentablement sur le sol, elle ne m'a pas possédée, je l'ai battue. Il me faut un instant pour me reprendre. Ma peau me tire, elle est cuivrée, dure, différente. Je me lève, un écho résonne à l'arrière de mon crâne :

« - Je suis toujours avec toi, ne l'oublie pas. Il va falloir que tu déguerpisses très vite, le Cérébrate doit déjà être au courant de ta fuite. »

Etirant mes muscles les uns après les autres je me sens extrêmement forte, beaucoup moins sensible et plus souple. Mes tatouages étaient toujours accrochés à mon corps, se mêlant à la chitine introduite dans chacune de mes cellules. J'arrive à voir mes cheveux qui cascadent sur mes épaules, ce sont d'épaisses mèches noirâtres et charbonneuses. Je ne suis plus humaine, je suis hybride. La pièce est noire pourtant je vois.

Visiblement je me trouvai en plein coeur de la base Terran, dans un ancien laboratoire. Les murs d'acier étaient fendus et parcourus de matière visqueuse. Les ordinateurs brisés gisaient par terre au milieu d'ossements séchés. L'endroit avait dû être la salle de commandement principale de l'ancien complexe. Un plan s'étalait sur un pan de mur entier, tracé avec des lignes vertes fluorescentes sur un écran vitrifié. Le bâtiment s'étendait sur trois grands étages, au rez-de-chaussée se trouvait le hangar, ma destination. Deux choix s'imposaient : Soit je trouvais un moyen de descendre soit je passais à travers le plancher.

« - Comment... Comment faire ça ? »
Ma voix était plus grave qu'avant mais avec des inflexions qui restaient assez féminines.
« - Arraches les plaques du sol... Rappel toi, tu n'es plus humaine. »
Ysul avait raison.

J'inspire profondément et me baisse d'un coup, attrapant un coin usé du plancher. Je bande mes muscles et à ma grande surprise les rivets commencent à céder les uns après les autres. L'effort est intense mais rapidement la dalle s'échappe en un froissement métallique déchirant. Je la jette au loin et m'attaque à la suite : une nasse de câbles et de poutrelles. Il me faut plusieurs minutes et beaucoup de détermination pour me frayer un passage dans le bourbier technologique. Finalement j'arrive à la seconde plaque qui forme le plafond de la salle du dessous. Je m'agenouille et fait courir mes ongles jusqu'aux bords de la surface de métal. Mes yeux se ferment et je sens alors un étrange picotement dans mes doigts, une véritable paire de griffes tranchantes s'étire pour sectionner les jointures. D'un coup de poing je défonce le reste jusqu'à ce que tout se détache pour filer vers le sol à une vitesse effroyable.

Le plafond était très haut.

Le fracas de la chute est abominable. Le béton se fend littéralement sous l'impact de l'épaisse feuille d'acier. Mon corps entier vibre, je suis un peu sonnée. Normalement j'aurais logiquement dû m'éclater avec le fer, mais ce ne fut pas le cas, c'est à peine si je sens un peu de douleur. Je me relève, autour de moi il y'a beaucoup de vaisseau à l'état d'épave. Mon regard scrute un instant l'immense hangar, un astronef avait l'air moins endommagé que les autres.

« - Tu ne nous quitteras pas. Néanmoins tu as bien étonnée. Qui l'aurait cru ? Je ne sous-estimerais plus mes adversaires... Enfin un peu moins qu'avant. Maintenant tu vas me suivre. »

Elle se trouvait juste derrière moi, à quelques mètres. Je pouvais presque sentir le souffle d'Hylinda sur ma nuque. Je tressaille, elle était sûre d'avoir le dessus. Moi pas. Mon coeur, enfin ce qu'il en restait, cogne durement dans ma poitrine. Alors que je m'apprête à me retourner, la voix d'Ysul susurre calmement à mon esprit :

« - Les infestées ont un point faible, frappe sous son menton. Ses os sont trop durs et ses organes ont disparus, remplacés par le parasite, il ne reste plus que sa cervelle. »

Je sens qu'elle s'approche, ses pas sont légers mais je les entends. Une de ses griffes passe doucement sur mon dos, me faisant frissonner.

« - Ca m'embête d'abîmer une aussi jolie création. J'aurais pu t'apporter un plaisir charnel bien différent... Tu aurais aimée.»

Mon sang ne fit qu'un tour à cette déclaration, serrant les dents je fis volte-face, mes serres jaillissent de leur gaine de chair. Nous nous regardons en chiens de faïence, immobiles comme des duellistes. Elle se jette sur moi, plus rapide et plus expérimentée. Nos lames se croisent avec violence, nos regards brûlants se rencontrent. Hylinda me repousse d'un coup de pied dans le ventre. Je titube mais récupère mon équilibre, j'attaque à mon tour dans une charge furieuse. Elle m'esquive sans peine, me lardant au passage, je sens ses pointes acérées me déchirer la chair, une longue zébrure sanglante s'étire douloureusement sur ma hanche.

« - Fait honneur à ce que j'ai fais de toi, défends toi... Un tout petit peu... »

En temps normal je me serais lamentée de cette blessure, mais là c'est à peine si j'en pris compte, mon organisme ne sembla pas plus affecté que ça. Mon adversaire s'élance et bondis, je recule pour mieux encaisser, ses griffes passent à un cheveu de mon visage. Elle enchaîne parfaitement en pivotant sur elle-même pour envoyer son talon en plein dans ma mâchoire. J'ai a peine le temps de sentir mes os craquer que ses serres tombent en diagonale, m'entaillant de l'épaule au bassin, de son autre main elle frappe à l'envers, partant de l'aine au plexus. L'attaque est portée avec une telle force que je me sens décoller du sol, mon corps flotte un instant mais il est rattrapé en plein vol par un coup de pied fracassant qui m'envois contre un chariot de ravitaillement. J'heurte de plein fouet le métal et ma carcasse se plie comme un vieux roseau, craque et souffre de la même manière. Du sang dégouline sur ma peau, mon coeur bat à rompre. Hylinda me toise de toute sa hauteur.

« - Il faut te ressaisir ! Fait quelque chose ! Ne penses plus en humaine, tu es bien plus forte à présent, bats toi pour survivre ! Sinon elle te tuera. » motiva Ysul dans mon crâne.
« - Tu es vraiment lamentable, je m'attendais à mieux ! Tu fais honte à ton SANG ! Je te formerais moi-même pour éviter un tel désastre ! »

Sans mot dire je me relève avec moins de difficultés que je ne l'aurais cru, mon nouveau corps résistait très bien à la douleur. Frapper sous le menton, un coup fatal pour n'importe quel infesté zerg. Mais c'était bien plus facile à dire qu'à faire.

Elle se lance encore à l'assaut, cette fois-ci je réalise un bond ahurissant de plusieurs mètres de haut. Je suis encore plus surprise que mon adversaire... Me réceptionnant sans trop de difficultés un peu plus loin. Je compris vraiment ce que voulais dire Ysul dans « Tu n'es plus humaine ». Avec un peu plus de confiance en moi je passe à l'offensive, mobilisant le plus de rapidité possible. Filant comme une fusée j'arrive à percuter Hylinda de plein fouet, la renversant d'un coup d'épaule violent. Plus agacée que vraiment blessée la zerg se relève en roulant sur le côté, mes griffes se plantant à l'endroit ou elle se trouvait un instant auparavant. Sur mon flanc je sens la pointe de son pied me percuter les abdominaux. Elle est si forte que je sens une horrible douleur aigue qui me coupe le souffle. De la même jambe elle me balance une autre frappe au niveau de la pommette. Je manque de m'écrouler mais tient bon. Lorsque je me retourne pour lui faire face je vois ses lames filer vers mon ventre. Je pense me voir déjà empalée mais au dernier instant j'arrive à sortir de mon immobilisme pour rouler sur ma gauche.

Emporté par sa charge je me retrouve derrière elle. L'occasion était trop belle, mes serres s'enfoncent sauvagement dans son dos. Je la sens tressaillir, elle se retient de crier pour ne pas perdre la face. Un flot de sang noirâtre se met à couler de la plaie profonde aux contours déchiquetés.

« - Intéressant, murmura Hylinda. »

A la vitesse de l'éclair elle se retourne, sa main droite sillonne mon visage, manquant de peu mes yeux. Les fluides s'emmêlent et la douleur est insupportable, brûlante, pénétrante. C'était comme si mille aiguilles chauffées à blanc me trituraient la chair. J'ai un mouvement de recul et me retrouve alors plaquée contre une surface dure, le vaisseau que je devais prendre. Je cligne des paupières et la zerg est colée contre moi, ses griffes plantées dans mon ventre. Elle prend un malin plaisir à les retourner, m'arrachant un gémissement de souffrance. Elle se presse encore plus, ses lames vont jusqu'à toucher l'acier derrière moi. Un filet de sang coule depuis ma bouche, mes yeux sont grands ouverts mais ne discernent plus rien.

« - Tu vas revenir ne t'inquiète pas, mais cette fois-ci la mutation sera complète. Ton ancienne vie pleine de souvenirs perdus appartient au passé, tu vas appartenir à la nuée à présent. »

Ses griffes se croisent à l'intérieur de mon corps, un frisson fait frémir tout mon corps, malgré l'afflux continu de douleur mon esprit s'acharnait à me tenir consciente. Je sens sa langue lécher les larmes de sang qui glissent sur mon menton, ses lèvres se collent un instant contre les miennes, elle m'embrasse et chuchote :

« - Mais pour l'instant tu dois mourir... »

Elle sort une de ses mains de mon corps, sûrement pour la ficher dans mon crâne, dégageant un de mes bras. C'est à cet instant là qu'elle comprit ma stratégie, mais il était trop tard, je sentis le bout de mes ongles racler sa cervelle. Ysul m'applaudit mentalement, je captais une immense joie de sa part. Sa voix grave s'éleva :

« - Comme d'habitude elle a péchée par excès de confiance, la punition est à la hauteur. »

Toute vie s'échappa alors rapidement de la carcasse mutilée d'Hylinda. La dangereuse créature glissa en arrière, je retirai ma main et elle s'affaissa complètement, puis tomba sur le sol. Mon abdomen n'était plus qu'une surface sanguinolente mais je tenais encore débout, mon organisme me guérira mais je n'étais plus en état de mener un autre combat.

Alors que je me retournai prendre la fuite je pu presque entendre la ruche s'agiter à la mort de leur soeur. Si je traînais une seconde de plus ici des cohortes de zerg risquaient de débouler pour me tailler en pièce et me récupérer.

Sans perdre de temps je me tirais dans l'astronef encore fonctionnel. A cet instant je réalisai que je ne savais absolument pas piloter.

« - Ne t'inquiète pas, en restant proches je vais pouvoir te guider. »
Le vaisseau était sur pilote automatique, mon état était trop grave pour que je pilote correctement. L'immensité noire de l'espace défile devant mes yeux mi-clos, il n'y a que le ronronnement du moteur qui trouble le silence stellaire. Le sang ne s'était pas arrêté de couler tout de suite, le siège est poisseux et ma main crispée sur la blessure béante qui déchire mon abdomen.

« - Vais-je survivre ?
- Oui je pense, généralement si on ne tue pas un zerg sur le coup il s'en remet toujours... »

Me voir associée au mot zerg me fit frissonner... Pourtant c'était la triste vérité, et ça le restera pour toujours. Une question trouble à ce moment mon esprit, je ne peux m'empêcher de la poser :

« - Tu peux savoir ce que je pense ? »

La voix semble hésiter un moment avant de me répondre, puis finalement concède :

« - Non, je ressens indirectement tes émotions, ce que tu perçois, ta peur ou ta colère, mais je ne peux savoir ce que tu sais ou ce que tu penses... Et non je ne peux avoir accès à tes souvenirs ! »

Une grimace déforme mon visage, il avait vu juste. Mais comment allai-je bien pouvoir me rappeler ? Comme je ne pouvais rien faire d'autre que serrer les dents à cause de la douleur, une autre interrogation illumina mon esprit embrumé :

« - Comment êtes vous entrés en moi ? »

Un silence pesant tombe, à cet instant je me demande si il y'a bien une autre personne dans ma tête ou si je n'ai pas tout simplement rêvée les derniers évènements, et que j'allais bientôt me réveiller. Mais le templier parle enfin au fond de mon crâne, de façon si soudaine que j'en sursaute.

« - Hylinda et moi nous nous connaissons depuis plusieurs années. Nous sommes des agents aux services de nos « nations »... Si tant est que les zergs soient une nation ! La planète sur laquelle tu t'es réveillée était menacée par les nuées, alors je devais mener une mission de reconnaissance pour évaluer l'adversaire et décider des mesures à prendre... »

La voix s'éteint un instant, comme si parler de cette histoire l'agaçait. C'est d'ailleurs un peu irritée qu'elle continue :

« - Hylinda était là pour saper les défenses de la ville en assassinant le gouverneur ! J'ai voulu l'arrêter mais je me suis fais repérer trop tôt, j'ai travaillé avec trop de précipitation et Hylinda s'est mise à me traquer. Sans l'effet de surprise je savais que je disposais d'autant de chance de victoire que de défaite !
- Et alors que s'est-il passé à la fin ? Pour que je sois dans cet état ?
- Ah ne m'interromps pas ! Laisse moi parler humaine !
- Plus vraiment maintenant, notifiai-je en toussant un peu de sang.
- Oui... Enfin... Je me suis battu avec Hylinda, j'étais en train de perdre le combat lorsque j'ai utilisé le Kalaï, c'est une sorte de projection de mon esprit, pour écraser le sien. Le combat mental fut plus violent que je ne l'avais estimé, et nous avons tout deux consumés nos enveloppe matérielle...
- Vous vous êtes auto-détruits ? Alors pourquoi vous n'êtes pas morts tout simplement ? »
Ysul émit un sentiment qui ressemblait à du regret. Puis il reprit :
« - Ce qui s'est passé est injuste pour toi, même si tu n'étais qu'une simple humaine à ce moment tu n'avais pas à subir ça.
- Merci ça me va droit au coeur... Enfin ce qui l'en reste... marmonnai-je.
- Normalement oui nous aurions dû mourir. Si l'esprit reste accroché au corps plusieurs jours, où dans ce cas il peut-être sauvé, une destruction totale, au niveau atomique, le rend vulnérable. En quelques minutes il se retrouve dispersé. A moins d'utiliser le Kalaï pour prendre possession d'une autre enveloppe... »

Un spasme parcoure ma poitrine, je manque de m'étrangler et recrache du sang aussi douloureusement que si il se sera agit d'une pelote d'épingle. Je reprend ma respiration et arrive difficilement à articuler :

« - Tu as voulu me posséder ? Je ne suis pas à vendre ! Espèce de salaud !
- Je comptais te rendre ton corps ensuite, je voulais rentrer à Shakuras ou des templiers auraient pu m'extirper de toi sans dommage... Je m'excuse et -...
- Tu t'excuses ? T'as vu comment je suis maintenant ? Je suis une sorte d'hybride et j'ai un gigantesque trou noir en guise de mémoire ! J'ai cru que j'allais mourir une dizaine de fois depuis ton tour de passe-passe ! Et puis d'ailleurs, Hylinda, comment a-t-elle fait pour venir séjourner chez moi aussi ?
- J'allais y venir, mais cesse de t'énerver, ça ne va pas arranger tes blessures... »

Je rumine un peu mais la souffrance est stridente...

« - Tu n'aurais pas due perdre la mémoire. Quand tu es passée dans la ruelle ou nous nous battions, tu devais peut-être habiter non loin, je me suis engouffré en toi. Vu que tu n'avais pas de pouvoir psi particulier je comptais te prendre sans dommage. Mais Hylinda a profitée de l'ouverture que j'avais créé dans ton esprit pour s'y faufiler. C'est une opération difficile et je ne l'en pensais pas capable... Le combat qui s'ensuivit causa un choc mental pour toi, tu succomba et tomba dans l'inscience. Hylinda et moi étions arrivé à un statu quo, nous n'étions pas arrivés à prendre le dessus, alors tu as repris les commandes à ton réveil, mais totalement désorientée.
- Si je comprends bien c'est à cause d'Hylinda tout ça ?
- Oui voilà...
- Et de ton arrogance, sifflai-je amèrement, tu pensais la vaincre mais non, le résultat on le connaît !
- J'ai tout essayé pour te sauver, en t'envoyant à mon vaisseau pour que tu avertisses la flotte protoss. Ils ont directement ressentis mon esprit en toi... Mais l'assaut de la nuée a été plus rapide. »

Mes yeux se ferme, je bouillonne. Pour me calmer j'inspire profondément. Pour aller au système Gama, vingt-quatre heures étaient encore nécessaires. A des milles à la ronde il s'agissait du seul endroit sûr, trois planètes colonisées par les forces terranes. De là bas, Ysul pensait pouvoir trouver un moyen de contacter des alliés qui pourraient venir le récupérer, et me laisser tranquille.

Et moi, à quoi je pense ? Que je ne sais toujours rien... Et que la vie dont j'aimerais me souvenir est en train de filer entre les doigts au profit d'une bien plus effrayante.
La cité de Kauyon-5 est immense, cela n'avait rien à voir avec la petite colonie d'où je venais. Même la nuit la ville était encore bourdonnante d'activité. Mon vaisseau s'était posé à la sortie de la mégalopole, presque vide de carburant, un modèle aussi ancien consommait énormément. Ysul m'avait signalé à mon arrivée qu'un ambassadeur protoss devait normalement venir une semaine, pour passer des accords avec les Terrans. Il fallait que je trouve un moyen de l'aborder. D'ici là il valait mieux pour moi de rester discrète.

« - Ce n'est pas que l'habit d'Eve me dérange plus que ça, mais j'en est assez d'être nue. »

Tout en prononçant cette phrase je fouille sous les sièges de mon vaisseau pour voir si il y'avait quelque chose, il était hors de question que j'aille en ville comme ça. De plus il fallait que je puisse cacher ma nature d'hybride. Je fini par trouver une tenue de pilote, avec son casque. Un pantalon noir plein de poches, des bottines et une veste kaki décorée des insignes de la flotte impériale. Il y'avait même le nom de l'ancien propriétaire brodé dessus :

« - Capitaine Samara... Ca sera mon nom d'emprunt... »

Je mets le casque, il a une épaisse visière noire qui empêche de voir mon visage. Le déguisement avait l'air correct, il y'allait bien y avoir d'autre militaires dans cette ville...

Sans plus attendre je marche vers Kauyon-5, l'entrée principale de la cité est contrôlée par un barrage de l'armée. Des milliers de personnes s'agglutinent pour passer les fortifications, les récents assauts zergs avaient sûrement provoqués le déplacement de nombreuses populations. Comment allai-je bien pouvoir avancer ? L'idée de devoir attendre des heures ne m'enchantait pas vraiment... Je me déplace sur le bord de la route pour ne pas me faire écraser et je pousse les autres piétons sans vergogne :

« - Laissez passer ! »

Certains bougent, d'autres me lancent des regards meurtriers, quelques uns s'interposent...

« - Et pourquoi tu passerais avant nous, soldat ? »

Mimant une voix colérique je leur répond instantanément :

« - Je ne suis pas troufion imbécile, je suis capitaine, et si vous voulez avoir un espoir de rentrer vous avez intérêt à dégager, ou je vous jure que je ferais tout pour que vous passiez en dernier, c'est clair ? »

D'un seul coup un passage se libère, je m'y faufile tout de suite.

« - Bien mené pour une humaine, murmura Ysul au fond de ma tête. »

Ma réponse fut un simple sourire.

Arrivée au barrage deux marines viennent vers moi, au total il y'en a bien plus d'une vingtaine. A l'arrière il y'a même un énorme tank blindé. Des barbelés empêchent les débordements, bien que les énormes fusils d'assaut des soldats soient encore plus dissuasifs. L'un des hommes releva sa visière, une épaisse fumée blanche s'échappa de l'armure, le type avait un énorme cigare.

« - Oh Capitaine, d'où arrivez-vous donc ? »

Je regarde son armure : Sgt Tinker. D'après mes faibles connaissances des grades, il m'est inférieur.

« - Je devais rejoindre une autre position, mais mon vaisseau a eu un accrochage... »
Il ne valait mieux pas que je prononce le mot zerg, risquant de causer la panique. Sans trop réfléchir j'enchaîne :
« - Avec des pirates... Il est irréparable il faut que j'en trouve un autre pour reprendre ma mission ! »

Le type reste dubitatif. Même si il n'a pas l'air particulièrement intelligent, la situation soulevait quelques questions.

« - Ouais ces foutus pirates ! Avec les déplacements des convois et le merdier foutus par ces enfoirés d'aliens ils en profitent ! Une chance que vous ayez pu leur échapper mon capitaine. »

Il s'arrête un instant et tire une nouvelle fois sur son cigare. D'une voix tonnante il ordonne aux sans-grades derrière lui :

« - Bon les gars, laissez passer tout de suite ! »

Puis se retournant vers moi :

« - Le statioport est au nord de la ville, dans le secteur militarisé, je pense que vous allez trouver sans problèmes mon capitaine ! »

Je lui fais un signe de la tête et avance, le coeur battant. Au moment où je suis à son niveau il me lance sans me regarder :

« - Vous avez pas chaud avec ce casque ? Nos armures sont climatisées au moins...
- Sergent je crois que avez du travail, répondis-je avec toute l'assurance possible.
- Heu... Oui ! Pardonnez moi mon capitaine ! »

Quelques pas plus loin et je souffle de soulagement. Pour une fois la chance s'était trouvée de mon côté.

« - Que vas-tu faire maintenant, humaine ?
- J'aimerais bien que tu arrêtes de m'appeler humaine... Ca me rappelle à quel point je ne le suis plus... Grâce à tu sais qui... »

Le templier maugréa, partagé entre la gêne et la colère :

« - Tu as mes excuses, toute cette histoire ne me contente pas du tout ! Je vais te laisser tranquille un moment puisque tu le désires ! »

La présence mentale du templier s'estompe, me laissant une étrange sensation dans mon esprit. Je savais qu'il était encore là, mais il ne souhaitait plus se montrer. Je n'insiste pas et continue mon chemin. J'ai soudainement une forte envie de métaphydryne. D'abord je réprime l'envie, puis mes mains tremblent, le désir devient vraiment puissant. Même ma mutation n'a pas changée ma dépendance à cette drogue. Je fini par être obnubilée par cette pensée, je marche au milieu de la rue sans trop savoir ou je vais. Des gens vont et viennent à côté de moi, je ne m'en rends même pas compte. Finalement je décide de bifurquer vers un autre quartier que tout le monde semble éviter. Il n'y a pas d'éclairage public. La seule chose que je rencontre est un chat noir, ses yeux me fixent dans l'obscurité.

Je m'enfonce un peu plus, j'entends les cris d'une dispute. Sans trop y prêter attention je marche pendant plusieurs minutes, une vulture passe à toute vitesse, manquant de me renverser. L'air hagard je ne prends même pas le temps de le maudire.

Finalement je trouve plusieurs personnes en train de discuter autour d'un baril qui sert de brasero. Tout les regards convergent vers moi, un militaire dans cette zone là cela ne devait pas être très courant. Je vois de la méfiance, mais je ne m'en soucie pas, je vais à côté d'eux comme si il s'agissait de vieilles connaissances. Il y'a un silence étrange brisé par un grand type costaud, blond, habillé avec des fringues usées.

« - On se serait pas un peu trompé d'endroit soldat ? »

Tournant la tête vers lui, je lui répond d'emblée :

« - Je cherche de la métaphydryne. »

Les flammes dansent sur ma visière noire. Un ricanement sec secoue l'homme en face de moi.

« - Une demoiselle comme toi ça ne devrait pas être ici... Si tu nous montrais un peu ton minois, je ne fais pas affaire avec des personnes que je ne connais pas ! »

Je ne comptais en aucun cas me dévoiler. Peut-être qu'en plus je perdais mon temps... Me raclant la gorge je rétorque d'un ton froid :

« - Dis moi ou je peux en trouver avant que je ne m'énerve... »

Je sens qu'une main veux m'attraper par derrière. Par pur réflexe j'envois un coup de coude en arrière. J'entends un cri plaintif et puis le bruit de quelque chose de lourd qui heurte le sol. Je venais de me rappeler que ma force était démultipliée... Le type par terre était KO, sa tête avait cognée le béton avec rudesse.

« - C'est un sacré coup que tu as là... Bon j'ai pas envie de me battre aujourd'hui, pour 500 crédits tu as ce que tu veux ! »

Le dealer avait l'air vraiment impressionné par mon action, mais il essayait de garder le contrôle.
« - Donne moi ce que tu as, tout de suite. »

Je me rends compte à quel point le sentiment de puissance que j'éprouve est grisant, et que le manque est grand...

« - Il ne faudrait tout de même pas exagérer, si tu ne payes pas, tu as rien. »

Son ton semble écarter la négociation. Réagissant au quart de tour j'écarte les hommes autour de moi avec vigueur, certains perdent même l'équilibre. Je renverse le baril d'un coup de pied, mon interlocuteur fait un bond pour éviter de finir brûlé. En une seconde je suis sur lui et le soulève d'une main, ses pieds ne touchent plus le sol.

« - Pute... Sale pute... ! »

Il grogne et se débat, tentant de se libérer de l'étreinte. J'observe les autres du coin de l'oeil, aucun ne semble prêt à se risquer...

« - OK ! Ca va... Lâche moi ! Lâch- ... »

Il n'a pas le temps de finir sa phrase que ses fesses heurtent le sol. Il fulmine de rage mais commence à retourner une de ses chaussures. Dans un faux talon il extirpe plusieurs capsules. Je tends la main, il me les donne à contrecoeur.

« - Je te remercie. »
Il me fixe, rouge de colère. Je l'ignore et m'éloigne. Mon corps entier tremble, j'ai peu honte d'avoir fait ça, mais après tout il ne s'agissait que d'un homme pourri jusqu'à la moelle. En réalité cette petite leçon ne peut pas lui faire de mal non ?

« - Il avait bien mérité... C'est tout. »

Je continue à marcher et regarde les petites capsules blanches. Celles-ci ne semblent pas injectables. J'en prends une et l'avale. Je sens un picotement à l'arrière de mon crâne :

« - Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu ne vas pas recommencer avec ça... »

C'était la voix d'Ysul.

« - Je croyais que tu me laissais tranquille... Qu'est-ce que ça peut te faire de toute manière ? J'ai sept jours à attendre, je le fais pour sauver ton esprit alors ne te plains pas !
- Pas si tu meurs d'ici là... Tu seras vulnérable, cet endroit est dangereux.
- Très bien je vais trouver un endroit moins dangereux si ça peut te faire plaisir ! »

Le templier s'agaça :

« - Tu es une idiote, si tu crois que ça va t'aider à retrouver ce que tu as perdu... »

Mes yeux se plissèrent, je n'avais aucune envie de parler de ça maintenant.

« - Tu ne sais rien de ce que j'ai perdu, et de ce que je ressens, alors fiche moi la paix ! »

Ysul arrête alors de parler, mais je ressens comme une onde de colère. Si forte que j'en frémis.

La rue est totalement sombre, une enseigne lumineuse se découpe nettement dans l'obscurité. Elle indique « La boîte de Pandore - Bar ». Sans hésiter j'y entre, l'extérieur commençant à être pesant. A l'intérieur il y'a de nombreux clients, plusieurs me fixent, intrigués. Mais rapidement ils retournent à leurs occupations. Je m'assoie dans le fond de la salle, sur une vieille banquette. La décoration est assez rock'n'roll. Un serveur vient rapidement vers moi. Il m'aborde avec le sourire :

« - Vous êtes pas en permission et vous gardez l'anonymat, soldat ?
- D'atroces brûlures ont consumées mon visage. »
- Ah... Excusez moi... »

L'homme est assez gêné, j'avais parlé le plus naturellement possible, la métaphydryne me donnant un flegme étonnant. D'un ton lent je reprends :

« - Ce n'est pas bien grave... Servez moi ce que vous avez de plus fort. »

Il hoche la tête et s'éloigne vers le comptoir. Il revient peu après avec un verre contenant un liquide transparent, il pose l'addition à côté et repart. La drogue faisait peu d'effet, je me sentais juste plus calme. C'était sûrement dû au puissant métabolisme zerg. Je pris trois capsules et les avalaient avec une bonne rasade d'alcool. C'était un bon tord boyaux...

Moins de deux minutes plus tard ma vue commençait à se brouiller, des lumières dansaient devant mes yeux. Des violons se mettent à chanter dans ma tête, je sens mon corps se crisper, je perds toute notion du temps. Je ne sais combien d'heures je reste à contempler béatement la salle, incapable d'esquisser le moindre geste. Je me retrouve au sommet d'une falaise, le vent soufflant sur mon visage, c'est très agréable. Ensuite je suis au pied de celle-ci, sur une plage de sable, en face de la mer, il fait frais. Je marche tranquillement, je me sens si bien... Mais je commence à avoir très froid, je tremble, je n'arrête plus de trembler. J'ouvre les yeux, en face de moi se dresse plusieurs personnes. Je sens que mon corps est secoué par des spasmes. Un type se tient droit, il articule quelque chose que je ne comprends pas. Il m'attrape par le col, il me rapproche si près de lui que je reconnais son visage : Celui du dealer. Il hurle mais je n'entends rien, il n'y a que le bruit de la mer.

Mais ensuite je sens qu'on me frappe, pas qu'aux poings. Je sens aussi un sol glacé, il fait sombre, je ne suis plus dans le bar, je ne sais même pas comment je suis arrivée ici. Plusieurs hommes me battent à mort et je n'arrive même pas à bouger, mes muscles sont contractés, tendus, immobiles. On m'arrache mon casque, il y'a un moment de calme. J'ai un haut le coeur et vomi de la bile par terre, la douleur est telle qu'elle me fait un peu reprendre conscience. J'entends des bribes de voix.

« - C'est quoi ça ?
- J'sais pas mais c'est pas du coin... J'dirais juste qu'elle a l'air trop foutue comme nous pour être une alien. Ca doit être une de ces tarées qui se transforme le corps ! Pur produit de synthèse !
- Ouais p'têtre bien, faudrait vérifier. »

Je reçois un autre coup au visage, on me retourne sur le dos, un type tire mon pantalon.

« - Elle est plutôt mignonne.
- Putain tu vas pas te faire un truc pareil, on est même pas sûr que ça soit de l'humain !
- Je te dis que si... J'ai déjà vu des protoss, ça ressemble pas ça, et les zergs qu'on voit dans les clips de l'armées non plus !
- Bah moi j'y touche pas.
- Tant pis pour toi... »

Des mains caressent mes cuisses. Même si je suis à moitié comateuse mon coeur trésaille d'horreur. J'ai envie de bouger mais c'est à peine si j'arrive à remuer le petit doigt. Je vois encore des hallucinations, l'univers autour de moi semble changer constamment. On touche mes seins, quelque chose d'humide lèche mon cou. Quand des doigts se déplacent vers mon intimité je pressens le pire, mais un cri déchirant lacère mes oreilles.

Au milieu de mon monde je vois un homme en noir entouré de flammes. Je n'arrive pas à voir son visage. Mon agresseur est à genou, la face en sang. Son associé est surprit, il ne semble avoir rien vu venir. Je discerne vaguement deux hommes qui se battent. Le type en noir est d'une vélocité incroyable, il enchaîne une série de coup de pieds qui frappent le genou, les côtes et le visage de son adversaire. En moins d'une seconde il s'est débarrassé de mes agresseurs. Je vois qu'il se penche vers moi, me soulève la tête. Mes yeux se révulsent, je ne vois plus rien, j'ai froid.
A ce réveil là je me sentais encore plus mal que lorsque je me suis éveillée en ayant tout oublié. Mon corps me lance affreusement et ma tête tourne, alors que je suis allongée allongée. Mon ventre est comprimé, je n'ai rien mangée depuis un moment. Mes tempes bourdonnent, mon coeur cogne douloureusement comme si il venait de faire un cent mètres. J'ouvre doucement les yeux, je vois flou, cela amplifie encore mon mal de crâne. Une horrible envie de vomir me tenaille, je ressens chaque parcelle de ma peau comme si elles avaient étaient chauffées à blanc. Il me faut bien dix minutes avant de réussir à concentrer mon regard sur quelque chose.

« - Oooo... J'ai envie de vomir... »

Mais je n'y parviens même pas, je crois que je n'ai plus rien à recracher. Un homme entre dans mon champ de vision. Il est grand et porte des vêtements noirs. Ses bras sont à nus et bien musclé, le type à une bonne carrure. Son visage est imberbe, sombre et renfermé, ses yeux sont bleus, étrangement calmes, presque apaisants. Entre deux inspirations laborieuses j'arrive à prononcer :

« - Qui... Qui êtes vous ? Où je suis... ? »

« - Je suis Mhocap. Vous êtes chez moi. Je ne vous ai pas emmenée à l'hôpital, vous n'êtes pas humaine, cela vous aurait causé des ennuis. »

Sa voix est parfaitement pesée, grave et stable, presque sans aucune inflexion.

« - Pourquoi... Vous avez fait ça ? Vous savez ce que je suis... ? »
Il me fixe intensément, si bien que je crois avoir l'avoir fâché, sans savoir pour quelle raison. Finalement il me répond tranquillement :
« - Je ne cause pas d'ennuis quand je ne le juge pas nécessaire. Et je ne sais pas ce que vous êtes. Je ne rejette pas les personnes pour leurs apparences. »

Joli précepte mais cela pouvait se montrer dangereux. J'essaye de me lever, sans aucun succès. La pièce autour de moi n'est pas très grande et plutôt sobre. Il y'a juste... un tout petit arbre dans un pot, sur une table basse. Je n'en avais jamais vu de pareil. Mon regard se reporte sur Mhocap.

« - Je m'appelle... Heu...
- Un peu d'imagination, murmure Ysul dans ma tête.
- Lina, Lina Samara. »

L'homme resta pensif un instant. Puis il s'approcha d'un pas, me tendant une petite plaque de pilules.

« - Tenez Lina, ce sont des anti-douleurs, prenez en deux. Je vais vous laisser un instant, si vous avez faim dites le moi.
- Heu... Oui... Oui j'ai faim ! »

L'idée de pouvoir manger quelque chose suffisait à me faire saliver.

« - Je vois... »

Après cette dernière phrase l'étrange maître des lieux sortit de la pièce en fermant la porte derrière lui. Je regarde les médicaments un moment, puis sans hésiter j'en prends quatre. La voix Ysul commença à me sermonner :

« - Tu as de la chance imbécile, cet humain t'a sauvée de ton état lamentable. »
Je soupire.
« - Inutile d'en rajouter... Je suis toujours là et toi aussi !
- Quelle obstination ! s'énerva le templier.
- Je prendrais ça comme un compliment... »

Au bout de plusieurs minutes la douleur s'estompe un peu. J'arrive à me lever, je remarque à quel point je suis couverte d'hématomes. Heureusement que mes anciennes blessures ne s'étaient pas rouvertes. Mes vêtements sont dans un état lamentable il m'en faudrait des nouveaux.

Il n'y a pas de glace dans la chambre. Encore heureux car ma tête devait être horrible aussi. Je m'habitue à la position debout et me dirige vers la porte. J'ouvre et tombe sur un petit couloir étroit qui permet l'accès à trois autres pièces. Sans trop savoir pourquoi j'entre dans la première. Il n'y a aucun mobilier mais des armes sont accrochées aux murs, il y'en a beaucoup et de toute sortes. Toussotant je referme la porte.

« - C'est pas la bonne... »
Ysul rajoute d'un ton méfiant :
« - Fais quand même attention, cet humain à l'air étrange...
- Oui. »

Pour une fois j'étais tout à fait d'accord avec le templier. Je me retourne et tombe nez à nez avec Mhocap.

« - Tu t'es levée. »
Mon coeur fait un bond, prit par surprise.
« - Je... Je n'ai rien vu... »
Le type fronce les sourcils.
« - Tu peux manger si tu veux. »

Je ne réponds pas et me contente d'hocher la tête. Mokhap m'emmène dans une autre petite pièce, la cuisine. Tout y est parfaitement rangé, parfaitement propre. On croirait un hôpital. Un néon agressif éclaire le tout. Sur la table les plats sont déjà servis. Le repas se déroule dans le silence complet. Même si je meurs de faim je me retiens de me jeter littéralement sur la nourriture, pour ne pas faire de bruit.

« - Tu ne pourras pas rester ici, après il va falloir que tu partes. »

Le type avait prononcé cette phrase avec un grand naturel. Levant timidement les yeux vers lui je répond avec humilité :

« - En fait je dois partir de cette ville dans sept jours... Et je n'ai pas d'argent donc je ne sais pas ou aller en attendant... »

Il fronce de nouveau les sourcils, ce qui lui donnait un air encore plus inquiétant. Sans dire un mot il se lève et quitte la pièce. Je reste assise sans trop comprendre. Mais moins d'une minute plus tard il revient avec une petite valise noire. Il la pose à côté de moi et se rassoit.

« - Le code est 7-5-8-8-9-0, ouvre là. »

Je regarde fixement l'objet. Puis je le tire vers moi et commence à taper la série de chiffre sur un petit clavier. Le déverrouillage se fait par un simple « clic » discret. J'ouvre et j'aperçois des dizaines de paquets de billets, il y'en a moins pour plus de 50.000 crédits.

« - Hum... »

En fait je n'avais encore jamais vue autant d'argent, ou alors je ne m'en souvenais pas. Je reste bête un instant, une foule de question se bouscule dans ma tête.

« - Pourquoi vous me donnez autant ? On ne se connaît même pas... »
Je me demande aussi ou a t-il pu avoir tout ça, mais je me ravise au dernier instant, ce n'était peut-être pas une question si judicieuse que ça.
« - Pour moi ça ne représente pas beaucoup, affirma t-il simplement. »

Je restais perplexe, vu qu'il n'avait pas vraiment l'air de vivre dans le luxe absolu c'est qu'il devait exercer un métier discret. Ou qu'il n'aimait pas s'afficher...

« - J'ai le choix ? Osai-je demander.
Il me regarde et pose ses mains sur la table.
« - Non. Vous partez demain matin, le temps de vous remettre. »

Soudainement je réalise que je ne sais depuis combien de temps je suis ici, mais je ne devais pas encore avoir ratée l'ambassadeur sinon Ysul se serait empressé de me le rappeler...

« - J'ai dormis combien de temps ?
- Une journée. »
C'était environ ce que j'imaginais.

Il se lève de nouveau et part, comme prit par autre chose. Moi je reste un moment sans voix, sans trop savoir quoi faire. Finalement je ferme la valise et pense un instant à ce que je pourrais faire avec.

« - Ce mec me donne des frissons... Pourtant ça devrait être l'inverse... Le fait que je ne sois pas humaine ne semble même pas l'intriguer !
- Peut-être qu'il ne l'est pas lui-même ou qu'il a vu suffisamment de choses étranges pour ne plus s'en étonner, proposa Ysul. »

Sans répondre je m'étire, regrettant rapidement cet acte à cause de mes blessures. Un peu chancelante je me mets debout. Je sors de la pièce sans rien déranger et m'enfonce dans le couloir, me demandant bien où Mhocap a bien pu passer... C'est à ce moment que je me rends compte que je sens la transpiration et la crasse à des mètres à la ronde... Il restait même du sang séché de mon combat avec Hylinda. En somme il valait mieux que je me lave !

Au hasard je tombe rapidement sur une pièce qui n'a rien à voir avec une salle de bain. A vrai dire il s'agissait plutôt d'un petit salon avec une bibliothèque. Par rapport aux autres endroits l'ambiance est beaucoup plus chaude. La décoration fait ancienne, avec des meubles en bois et de grands fauteuils de cuirs. Un épais tapis couvre le sol, une table basse noire se dresse au centre de la pièce. Intriguée je m'avance et referme la porte derrière moi.

« - Qu'est ce que j'aime cet endroit... »

Il y'a un grand planétarium accroché au plafond, reflétant une lumière orangée magnifique. Je ne peux résister à l'envie de m'asseoir sur un des énormes canapés, m'enfonçant de plusieurs centimètres dans le siège. Pendant un instant je me sens tranquille. Mon regard s'attarde sur une petite boîte posée sur la table. Elle est en bois sculptée. Je me demande ce qu'il peut y'avoir dedans. Je regarde dans la pièce pour être sûre qu'il n'y est personne et la prend.

« - Tu devrais faire attention, chuchota le templier.
- C'est bon y'a personne ! »

J'examine ma prise un instant, puis je l'ouvre doucement. Le couvercle tombe en arrière, retenu par des charnières métalliques. Il y'a un petit clic et une jolie danseuse toute d'argent se met à tourner, une mélodie simple l'accompagnant. D'abord je reste figée, puis la musique s'insinue en moi, me rappelant terriblement quelque chose ! Je ferme les yeux, un choc étrange me fait frémir.

J'ai l'impression de nager dans une eau extrêmement trouble, épaisse, sale et étouffante. Il est presque impossible de respirer, mes yeux sont ouverts mais n'arrivent pas à voir quelque chose de clair. La vision est très précise mais à la fois diffuse, si forte que je sens presque le fluide glisser sur mon corps et la musique douce mais pourtant obsédante matraque mon esprit.

Un picotement fourmille sous ma peau, des sillons de larmes coulent depuis mes yeux clos. J'ai la nausée et mes muscles tremblent. D'un seul coup j'ai envie de crier, sans trop savoir pourquoi, alors je hurle comme si on m'enfonçait du fer brûlant dans la poitrine. Une douleur lancinante pénètre mon esprit et pendant un court instant je crois perdre conscience. Mais au lieu de ça je rouvre les yeux, haletante. En face de moi se tient Mhocap.

« - Rend moi ça, c'est précieux ! »
Je le regarde, le fixe, alors que la musique défile toujours. Il a l'air aussi surprit qu'énervé. Moi je suis sans voix, les yeux brûlés par les larmes. Je ne pensais pas que le retour d'un souvenir effacé pouvait faire aussi mal ! C'était le premier, je n'arrivais pas exprimer la foule d'émotion qui me faisait trembler !

« - Où... OU AS-TU EU CA ? ! »

Impossible de me calmer, ma gorge se serre tant que j'en arrive presque plus à respirer, cela en devient presque douloureux.

« - Répond moi ! »

Mhocap fronce les sourcils, d'abord je crois qu'il va me mettre une claque puis finalement il parle sur son ton calme habituel :

« - Quelqu'un de ma famille.
- Qui... Qui... ? ! »

Cette fois-ci il me prend la boîte à musique des mains et la referme, une sourde colère commençant à briller dans son regard.

« - Qui es-tu pour vouloir savoir ça ?
- Parce que je connais cette mélodie... Je l'ai déjà entendue. Elle me rappelle des choses que je n'arrive à expliquer ! »

Mes yeux se lèvent vers lui, croisant son regard étrangement sombre. Je dois respirer profondément avant de pouvoir parler.

« - Je n'ai pas toujours été comme ça, avant j'étais humaine... J'ai perdu la mémoire et cette musique signifie quelque chose pour moi ! Mais je ne sais pas quoi... »

Il pose la boîte sur la table mais ne laisse pas transpirer de réaction, il reste de marbre.

« - Je ne vois pas comment. »

Son ton se veut sans réplique mais je ne compte pas abandonner comme ça, l'évènement est trop fort.

« - Je ne sais pas moi-même... Il faut que tu me dises... L'histoire de cet objet, je t'en supplie...»

Les larmes serraient toujours ma gorge mais l'excitation du savoir faisait trembler mon corps. Il me fallait absolument des réponses. L'homme me regarda avec un air étrange. Finalement il soupira, premier sentiment qu'il affichait.

« - C'était dans les affaires d'un ami à mon père. »

D'abord il n'en dit pas plus. Mais mes yeux ne peuvent le quitter. Il croise alors les bras et commence à expliquer :

« - Mon père était gradé dans l'armée. L'ami dont je te parle était chercheur, il travaillait au sein d'une fondation, la CINCorp. Le scientifique est mort dans d'étranges circonstances alors mon père a voulu mener sa propre enquête et il s'est tué dans un accident. Cette boîte à musique était dans les affaires du chercheur, il y'avait aussi beaucoup de dossiers mais je n'ai jamais réussi à les retrouver. »

Il faisait bien attention à ne pas citer de noms ou quoique ce soit. Ces révélations ne firent pas revenir d'autres bribes de souvenirs en moi, rien d'assez fort pour refaire surface. J'étais encore choquée.

« - Un... Un véritable accident ?
- Les circonstances étaient étranges mais l'enquête a vite été clôturée.
- Comment cela ? »

Mhocap est toujours aussi neutre et sombre. Il semble rechigner à parler de ces évènements. Je m'approche de lui, le coeur battant, j'insiste encore :

« - Comment ?
- Le sentiment que beaucoup d'argent a été versé aux autorités et que les responsables de l'accident ont tous disparus. J'ai cherché pendant des années sans rien trouver. »

Il s'arrêta de nouveau, son regard acéré se posa sur moi.

« - Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, peut-être parce que cela a vraiment l'air de te concerner... Sans que je sache trop pourquoi. Si tu veux savoir la mort du scientifique est arrivée dans la fondation même, mon père pensait que cela avait un rapport avec les recherches. J'ai plusieurs fois voulu voir de moi-même mais le centre est une vraie forteresse, il est impossible d'y rentrer seul. A part cela je n'ai pas pu apprendre grand-chose, peu d'information filtre sur cette organisation. »

Alors que j'allais répondre, Ysul s'insinue dans ma tête, il avait suivit la conversation.

« - Je ne connais pas non plus cette CINCorp donc elle n'est pas gouvernementale. Peu importe le souvenir qui t'es revenu je te recommande la prudence. »
« - Il faut trouver le moyen d'aller là bas, j'ai l'impression qu'il y'a des réponses à beaucoup de questions !
- Tu dois partir, je ne peux te garder ici.
- Emmènes moi à la fondation, je me débrouillerais ensuite... J'ai juste besoin de ça. »

Pour la première fois Mhocap paru surprit. J'étais déterminée à en savoir plus, j'avais enfin une piste, il n'était pas question que je laisse tomber.

« - J'ai une idée de ce que tu compte faire... Tu prends beaucoup de risques.
- J'ai envie de retrouver la mémoire, si je découvre quelque chose sur ton père je te le dirais...
- Si c'est juste ce que tu souhaites je t'y emmènerais demain car en réalité il est minuit. »

Je n'eu pas le temps de le remercier qu'il s'était déjà levé. Il était vraiment grand et costaud. Je me demandais vraiment ce qu'il pouvait faire dans la vie...

« - Attends ! Il y'a quelque chose qui m'intrigue... »

Il se retourne d'un coup, son mouvement me surprend presque. Il me fixe avec une telle intensité que mes mots restes bloqués au fond de ma gorge.

« - Quoi ?
- Tu sais... Ce que je suis ?
- Une hybride zerg ? » La phrase fut prononcée avec un aplomb incroyable.
- Oui... Mais...
- Non ça ne m'effraye pas, si tu avais voulue me tuer tu l'aurais déjà fait. Il est clair que tu n'es plus sous le contrôle d'une nuée. Je ne sais pas vraiment comment tu es parvenue à te libérer et à rester maître de tes actes. J'ai vu suffisamment de choses dans l'univers pour ne pas vraiment être inquiété. Tu peux rester dans cette pièce si tu t'y sens bien. »

Je reste bouche ouverte, il referme la porte derrière lui sans un bruit. Je fronce les sourcils, regarde autour de moi, c'est là que je remarque le salon est remplit d'objets étranges, certains de facture clairement non-humaine. Il y'a d'étonnants cristaux, des armes difficiles à identifier, des sortes d'objets d'arts ou encore des ossements de créatures inconnues.

« - Je commence à comprendre la personnalité de ce type... »

Ysul s'agita nerveusement dans mon esprit, il était clair qu'il n'avait pas entièrement confiance.

« - Je ne sais pas si tu le comprends vraiment mais une chose est sûre, je ne suis pas convaincu qu'aller à la fondation soit réellement une bonne idée. Tu n'y rentreras pas comme ça. Et rien ne prouve que ton passé s'y trouve vraiment.

- C'est la seule chose qui me reste... J'ai le sentiment que je dois m'y rendre. »

Une sorte de soupir mental balaya mon esprit.

« - De toute manière je sais que tu es l'humaine la plus butée qui existe dans l'univers...
- Il fallait y penser avant d'essayer de prendre contrôle de mon corps ! »

Face à l'exaspération du templier un petit sourire se dessina sur mon visage. Je restai enfoncée dans mon fauteuil de cuir. J'étais toujours fatiguée de la veille. Je ne savais pas quelle heure il était mais j'avais envie de me reposer. Si mon métabolisme récupérait vite j'avais accumulée un nombre de blessures incroyable en peu de temps. Bien plus que dans toute ma vie... Quoique après tout, je ne pouvais le savoir. J'avais hâte d'être le lendemain matin.
J'ouvre les yeux, l'esprit encore embrumée par le sommeil. Un repos sans rêves comme d'habitude. Lourd et profond. Je suis toujours dans la même pièce, quelque chose de rassurant compte tenu des derniers temps... Je déplie mes doigts un par un, étirant mes mains. Il n'y a personne à part moi, je me lève. Il y'a toujours autant de sang séché sur ma peau. Je sors de la pièce, non sans lui jeter un dernier regard. Une sorte de havre.

Je referme la porte et tombe nez à nez avec Mhocap. Mais comment ce type fait-il pour toujours se trouver à l'endroit où on ne l'attend pas ? Je me cogne contre lui, écarquillant les yeux.

« - Excuse-moi... »

Il m'attrape par l'épaule et me tire dans le couloir.

« - Ce n'est pas grave. Nous partons dans deux heures. »

Sa voix était toujours aussi calme et neutre. Croisant les bras sur mes vêtements en mauvais état je lui demande :

« - Il faudrait que je me lave... Je me sens sale... »

Il fronce sourcils puis se tourne vers l'autre bout du couloir, tendant son index.

« - Là bas, mais rangez tout derrière vous. »

Je regarde dans la direction et le remercie d'un signe de tête. La salle de bain est aussi propre que la cuisine, parfaitement organisée. L'hôte paraît maniaque du rangement. Je me déshabille, laissant mes vêtements par terre puis je vais sous la douche. Trop de sang coule alors par le siphon. Je vois encore les nombreuses cicatrices de mes plaies sur mon corps cuivré. Elles sont presque refermées, en deux jours à peine. Ce métabolisme m'a permis de survivre. Il n'y avait pas que des inconvénients. Surtout que j'étais, peut-être, sur le point d'en savoir plus sur moi.

Une fois propre je reprenais mes vêtements, bien qu'ils étaient dans un bien piteux état. Je ne pu m'empêcher de me regarder dans un miroir. Ma physiologie restait très humaine, ma peau avait vraiment changée, mes cheveux et mes yeux. Mes tatouages ressortaient encore plus qu'avant.

Quelques minutes plus tard et je rejoignais Mhocap dans le salon. Il était plongé dans un énorme et étrange livre. La couverture était en cuir. Il leva le regard et referma l'ouvrage d'un claquement sec.

« - Nous pouvons aller à la CINCorp. »

Sans un mot j'acquiesce. Intérieurement je suis terriblement excitée, mon coeur est secoué. Mhocap récupère une mallette noire avant de partir. Visiblement il aimait bien ce genre d'objet... Il m'invite à descendre un escalier qui mène directement à un garage. L'endroit est parfaitement rangé (comme d'habitude) et un hoovercraft noir est garé en son centre. Il a l'air particulièrement puissant. L'homme sort une télécommande de sa poche et ouvre un portail métallique. La lumière du jour entre progressivement dans la pièce, je réalise alors que nous sommes très haut dans le ciel, au sommet d'un immense immeuble, peut-être même le dernier étage. Je suis stupéfaite de voir les nuages plus bas que moi.

« Impressionnant... »

Mhocap se tourne vers moi et répond :

« Montes. »

Sans trop me faire prier j'embarque à bord du bolide. Les sièges sont confortables, l'intérieur spacieux, le tableau de bord... Complexe. Mon nouveau « compagnon » prend les commandes et fait chauffer les moteurs.


« - Mets ta ceinture. »

Je le regarde avec un sourcil relevé, puis m'exécute. La seconde d'après et il démarre, refermant le portail métallique derrière lui. Une fois dans le ciel il commence à descendre en chute libre. J'écarquille les yeux, lui est parfaitement calme. Tout défile à une vitesse furieuse, au dernière moment il se redresse et arrive droit sur le sol, amortissant le choc par son anti-gravité. Ensuite il passe les vitesses et déboule comme un fou dans les rues de la ville.

« - Tu conduis toujours comme ça ?

- Que quand je ne suis pas pressé. »

Je roule les yeux, les mains accrochées à mon siège.

« - Evidemment... »

Il ne lui fallu pas longtemps pour traverser la ville en entière, zigzagant dans la circulation. Il fallait être un peu taré pour se déplacer de la sorte sur des routes aussi bondées. Néanmoins ce fut en un seul morceau que j'arrivais en face d'une immense bâtisse cerclée de grillages et de barbelés. Elle était un peu à l'écart du centre-ville, comme une ombre menaçante. L'entrée était barrée par des barrières, il y'avait des gardiens de part et autre.

« - Voilà la CINCorp. »

Mhocap s'arrête dans une rue pas très lointaine. Il se tourne vers moi, les sourcils froncés.

« - Comment comptes-tu entrer la dedans ? »

Je reste un instant sans rien dire. Parce que en réalité je n'en savais strictement rien. Comment ? Ce n'était pas vraiment la question que j'avais étudiée, il fallait juste que je le fasse. Je hausse les épaules et réplique d'un air naturel :

« - Je ne sais pas. Je vais voir. »

Le type soupire, navré ou exaspéré, impossible à dire. Il croise les bras et jette un dernier coup d'oeil de l'impressionnant bâtiment.

« - Après tout... Je te souhaite bonne chance. »

Je souris et sors de l'hoovercraft. J'inspire profondément. Je sens que mes souvenirs ne sont plus très proches. J'avance d'un pas déterminé vers mon destin. J'évite l'entrée principale et observe un instant le grillage. Je me rappelle alors le bond extraordinaire que j'avais réalisé face à Hylinda. Je me concentre et prend de l'élan puis sans hésiter saute suffisamment haut pour traverser la barrière.

Mes jambes supportent parfaitement l'impact et je me retrouve dans une sorte de parking privé. Alors que je vais avancer j'entends un claquement derrière moi. Les réflexes exacerbés je me retourne sur l'instant. Mhocap est juste là. Habillé sobrement, un blouson de cuir sur le dos. Comment a-t-il fait ?

« - Jolie acrobatie. Je dois tricher avec des bottes de saut. »

Je remarque alors chaussures. Elles ont l'air normales mais leur semelle est étrangement épaisse.

« - Pourquoi prendre des risques ? »

Il me regarde avec un air presque triste, pour la première fois, et s'approche. Sa voix n'est plus atone mais légèrement haineuse.

« - Parce que je n'ai plus rien à perdre après tout. »

Je ne cherche pas vraiment à en savoir plus, ce n'est peut-être pas une très bonne idée. Toujours est-il que l'homme a l'air particulièrement puissant et que son aide est la bienvenue. Nous progressons jusqu'au bâtiment principal en toute discrétion. L'entrée est elle aussi gardée par deux humains armée de fusils d'assaut.

« - Passons par les fenêtres du premier étage. Il ne vaudrait mieux pas attirer l'attention, je ne sais pas combien ils sont. »

Mhocap avait raison. Et cela était bien plus simple. Avec encore plus de confiance que précédemment je grimpe la surface de béton d'un bond, m'accrochant aux rebords de l'étage avec mes griffes. Patiemment j'arrive à une vitre, je vérifie qu'il n'y ait personne et brise le verre. Une fois entrée dans la pièce je vois Mhocap sauter et arriver sur les lieux. Nous nous trouvons dans une sorte de bureau. L'endroit ne me dit rien.

« - Quelle folle entreprise... Je te conseille de descendre le plus bas possible, les humains ont tendance à cacher les choses en profondeur. »
C'était Ysul qui était inquiet de la situation.

Pour une fois j'étais d'accord avec lui, le sentiment de devoir descendre, sans trop savoir pourquoi. Soudainement j'entends des bruits de pas venant de l'extérieur du bureau. Je vois Mhocap se crisper et se déplacer silencieusement dans un angle mort de l'entrée. Moi je reste en plein milieu sans réagir. J'entends de nouveau Ysul me secouer :

« - Agit ! Tu veux te faire repérer ? »

Je n'ai pas le temps de bouger que la porte s'ouvre. Un homme un costume cravate entre. Il est tellement absorbé par autre qu'il ne me voit même pas. Les gonds claquent derrière lui. Lorsqu'il relève les yeux je vois qu'il va crier mais mon coéquipier est déjà sur lui, une main plaquée sur sa bouche, l'autre ayant dégainée un pistolet. Le type panique mais Mhocap murmure à son oreille :

« - Chut... »

Il l'emmène près de moi.

« - Peut-être qu'il sait ce qui se passe ici ? »

Je vois très bien qu'il a plus peur de moi encore plus que de l'homme qui le menace. J'en profite pour dessiner un sourire réellement malsain sur mon visage.

« - Oui... »

Instinctivement, sans trop savoir pourquoi, une question me brûle les lèvres, peut-être que cela fait parti de mon passé...

« - Où sont les laboratoires ? »

Mhocap relève doucement sa main mais l'otage ne semble pas vouloir parler. Alors je fais sortir mes griffes de mes doigts et les approches de sa joue. Elles cliquètent les unes contre les autres.

« - Sans torture je me serais sentie si triste... »

Evidemment il s'agissait de bluff mais cela suffit pour que le type s'agit et commence à être plus loquace :

« - Au sous-sol, niveau -3. Qui... Qui... Etes vous ? »

Il n'aura jamais de réponse car Mhocap assène un violent coup de crosse sur sa nuque. Je vois l'homme s'effondrer comme une poupée de chiffon, je me demande presque si il n'est pas mort.

« - En faisant ça je sais très bien que je m'attire des ennuis... » Murmure Mhocap.

Il n'avait pas tord. Moi-même je ne savais pas exactement ce que je faisais, uniquement guidée par une sorte d'instinct de souvenirs primaires. Mes yeux se tournent vers la porte, portée par mes sentiments je me dirige vers celle-ci. J'ouvre, vérifie qu'il n'y a personne et commence à me déplacer dans un long couloir. Au fond il y'a deux ascenseurs. Pour une fois mon compagnon est plus nerveux que moi, alors que je me déplace sans réfléchir il regarde partout autour de nous, la main sur son arme.

Aucune personne n'est croisée. De la chance ? Peut-être... De toute manière je me sentais prête à tout pour obtenir ce que je voulais. J'appel un des ascenseur. Je me place face à lui, griffes sorties, prête à accueillir n'importe qui. Mhocap est juste derrière moi, son arme levée.

Il n'y a personne...

Le corps tremblant je décide de descendre. Les étages semblent longs à défiler. Je vois les numéros défiler sur les écrans. Je suis près de mon compagnon, je peux sentir sa respiration sur ma nuque, il est juste derrière moi. Je ne sais pas trop pourquoi cette descende me rappelle quelque chose, sans trop savoir pourquoi.

Je ré ouvre les yeux et les portes d'acier de son ouvertes, à priori à l'étage le plus bas. Il n'y a qu'une faible lumière, vraiment. Il fait presque noir. Il n'y a qu'une seule sorte de lueur verte, illuminant la pièce que j'ai du mal à discerner. Mes yeux mettent un moment à s'accoutumer. L'endroit est entièrement métallique, il fait froid. L'acier tapisse le sol et les murs, un peu comme une membrane agressive.
Aussi il ne fait pas très chaud, je frissonne, mon sang se met à battre dans mes tempes. Je pose un pied sur le plancher de fer. J'aperçois mieux l'endroit. Il y'a des générateurs électriques, je me rends compte que la lumière est due à des cuves d'une étrange sérum, très trouble. Il y'en a des dizaines, les unes à côté des autres.

J'approche, un vrombissement emplit mes oreilles. Je n'arrive pas a voir ce qu'il y'a dans les cuves. Je suis si près que je peux poser une main sur la surface de verre. La substance semble vivante, dedans flotte un être. Les mouvements le porte enfin face à moi. Je reste un instant sans voix.

Si seulement je m'étais attendue à voir ça. Je pose mes doigts contre ses doigts. Elle a un masque sur sa bouche, sûrement pour respirer. Son corps est pâle mais pur. Sa peau est pâle comme la mort. Ses cheveux noirs flottent et semblent presque vivant. Des larmes coulent le long de mes joues. Des sanglots me secouent. Mhocap est derrière moi et ne dit mot.

J'ai envie de briser la vitre mais les larmes sont si fortes que je n'arrive pas à bouger. Je tremble, je tremble de manière incontrôlée. Des souvenirs me reviennent, j'expire, la haine gonflant mes veines, puis la tristesse et enfin rien d'autre que des larmes salées. Salées d'angoisse et de douleur, ça je le promet. Je tombe à genou, je venais de comprendre, l'instant me revenait. De manière si perçante que la souffrance me paralyse. Les pleurs m'aveuglent, je glisse contre la glace, mon coeur bloqué.

« - Non... Non... Non... Non... Je... Non... JE ! »

Je continue à sangloter voilà tout, secouée, brisée. Mes muscles sont contractés. Mes poumons s'emplissent, mes mains se crispent, elles craquent. Je me relève. Je hurle, je sens que je hurle bien trop fort mais je ne peux m'en empêcher, je hurle. Le cri se répercute, je hurle, de rage, de colère, de tristesse. Le cri est aigu, je hurle vraiment.

Dans les dizaines de cellules de stase, il y'avait des clones de moi. Identique, des dizaines voir même plutôt des vingtaines. D'immenses souvenirs me revenaient, de manière atroce.
Alors que mes griffes manquent d'entamer l'épais verre en face de moi, Mhocap pose une main sur mon épaule. Il se contente juste de ce geste et cela me calme déjà beaucoup. Mon coeur cogne comme un tambour, j'ai du mal à refouler mes larmes. D'hideux souvenirs me reviennent, pas vraiment ce que j'imaginais. Un violent haut le coeur secoue ma poitrine, je me redresse pour ne pas vomir.

« - J'imagine que ça ne doit pas être facile... »

Le mot était faible. Pourquoi m'avait-on clonée ? Pire encore... Est-ce que j'étais l'originale ou une copie ? Voilà la question qui me taraudait le plus. Je connaissais le but des clones. Enfin en partie. Je me rappelais les expérimentations. Je me rappelais ma cellule de stase, celle d'où on me sortait régulièrement pour des tests... Le reste est flou. La musique surtout me revenait en mémoire, la mélodie entendue précédemment. Elle avait un rapport avec cet endroit.

Mon long hurlement devait avoir attiré l'attention car dans le noir je pouvais voir du mouvement. Quelques silhouettes pas plus. Je fais mine de rien avoir remarquée, les yeux fermés. D'un seul coup de me relève et me tourne vers elles, griffes au clair.

« - QUE ME VOULEZ VOUS ? ! »

Je ressens la peur, peut-être un nouveau sens de ma métamorphose. Je sais qu'ils ont peur. Mhocap braque son arme vers les ténèbres, sourcils froncés, imperturbable. Comme il n'y a pas de réponse je m'avance. Les ombres reculent mais d'un seul coup je me jette sur la plus proche. Il y'a un cri et la lumière s'allume, des néons douloureux qui me font cligner des yeux. J'aperçois alors cinq hommes en blouse blanche. Celui que je tiens tremble devant moi. Mon bras agit sans réfléchir et je plante profondément mes griffes dans sa tête, crevant ses yeux et raclant sa cervelle. Le type ne crie même pas, une giclée de sang s'envole lorsque je le laisse glisser au sol. Un autre essaye de s'échapper par une porte au fond de salle, celui qui a visiblement allumé la lumière. Il est froidement abattu par Mhocap.

Sans trop savoir pourquoi une sourde colère brûle en moi. Un sentiment dévorant, puissant. Même la conscience d'Ysul semble totalement inhibée. Je hais les hommes devant moi sans pouvoir l'expliquer. Je m'approche d'un autre, il lève les bras pour se protéger.

« - Pitié... »

Il faut que je calme le sang bouillonnant. Il faut que j'apaise la rage. Mes griffes effilées l'éventrent. Je peux sentir l'intérieur de son corps bourdonner de souffrance, une vague de fluides chauds s'étale sur mes bras. Il me fixe un instant avec ses yeux morts avant de s'effondrer. J'arrive à peine à me contrôler. Je suis prise d'une transe incontrôlable.

« - Qui est... le responsable de ça ? QUI ? ! »

Mes mâchoires articulent douloureusement et hargneusement le mot « qui ». Au début il n'y a pas de réaction mais lorsque je m'approche de nouveau vers les derniers survivants l'un d'eux craque.

« - C'est le Dr.Cole qui dirige les opérations... Son bureau est au fond, au troisième couloir à droite... Mais je vous en prie ne me tuez pas ! »

Mes yeux flambent, épargner ? Eprouver de la pitié ? Les souvenirs me reviennent par bribes, comme des coups de couteaux, des cicatrices douloureuses. Ce n'est pas tout à fait clair mais c'est extrêmement douloureux. Mhocap avance comme pour dire quelque chose mais j'ai déjà transpercée la gorge d'un scientifique. Il ne peut parler ou crier, son sang gargouillant dans sa bouche. Il essaye de porter une main à sa plaie mais meurt bien trop vite pour cela. Le dernier me fixe, dans un dernier espoir il essaye de courir pour s'échapper. Il a peine fait un pas que je suis sur lui. Je lacère son dos puis noie ses souffrances en perforant sa nuque. Un bruit d'os brisé fait frémir mes oreilles. J'inspire profondément. Je me sens mieux. J'ai massacrée plusieurs personnes mais je me sens beaucoup mieux.

« - Je connais ce Cole de nom... Mon père m'en avait parlé. Il était le supérieur de son ami, le Dr.Deck. Je crois que je commence à comprendre pourquoi il avait des suspicions sur ces lieux... »

Je l'entends mais je mets un moment avant de réagir. J'avale ma salive, me redresse, rétracte mes griffes.

« - Je sens que j'ai vécue ici... Dans la souffrance... J'étais cobaye. Je ne sais plus trop... Je ne sais... »

Ma voix se meurt alors que Mhocap passe devant moi en indiquant la porte du fond.

« - Les réponses sont là bas. J'ai aussi mes questions. Je ne sais pas si on sortira d'ici vivants mais si je dois mourir je veux des réponses avant. »

J'hoche la tête, j'étais entièrement de son avis. Il ne fallut pas longtemps pour que l'on suive les corridors indiqués. Les murs métalliques sont tapissés de résultats d'expériences, des commodes d'aciers s'entassent, recelant de nombreux rapports. Lorsque j'arrive devant la dernière porte, ou un nom est gravé dessus : « DR.COLE », un frisson me traverse. L'homme n'aurait pu s'échapper, il n'y a visiblement pas d'autres accès. Au vu de la distance de la salle principale il ne m'avait sûrement pas entendu.

J'ouvre, mes yeux braisés se portent immédiatement sur un homme assit derrière un bureau. Il s'occupe de documents mais lorsqu'il m'aperçoit il tressaille. Je vois qu'il porte sa main sur un bouton, il a le temps d'appuyer avant que Mhocap tire une balle qui lui éclate deux doigts. Le type hurle en voyant son moignon sanglant.

« - Il a sûrement appelé les gardes. Nous devons nous dépêcher. »

Je marche jusqu'à l'intéressé, il n'ose bouger. Je l'attrape par le col et le soulève de sa chaise.

« - Tu sais qui je suis ? »

Il bouge la tête de la négative.

« - Je fais partie de ton laboratoire. Qu'est-ce que tu expérimentes ici ? »

Il ouvre la bouche sans rien dire, trop choqué. D'une main je lui mets un coup de poing dans la mâchoire. Un immense hématome commence à se former sur son visage, sur sang coulant de ses lèvres éclatées.

« - Je... Je... Nous faisons du clonage... »

Ses babillages tremblants m'agacent. Mes griffes surgissent alors que Mhocap surveille l'entrée. Cole écarquille alors les yeux, blême de terreur.

« - D'accord d'accord... ! Les clones servent à expérimenter des neurotoxiques et des pathogènes... On s'en sert aussi pour nos expériences de transfert de conscience. Vous... Vous êtes le clone survivant ? »

J'hausse sourcil, le clone survivant ?

« - De quoi parles-tu ? Survivant à quoi ? »

Il ravale sa salive, comme si il craignait ce qu'il allait dire.

« - Il y'a trois ans des clones se sont évadés. Onze en tout. Dix sont morts, on les a tués. Un nous a échappé. Ca ne peut-être que toi... Mais tu as... Changée... »

Si on suivait son raisonnement je n'étais qu'une copie. Mes mains tremblèrent de rage.

« - JE NE SUIS PAS UN CLONE ! Ca... Ca... Ne se peut pas...
- L'originale est toujours ici, enfin ses gènes. Car elle est morte depuis plus de dix ans maintenant. Un génome impeccable, dénué de tout anomalie, parfait... Et-... »

Je le gifle avec force. Il gémit, les larmes aux yeux.

« - Tu es fier de ce que tu as fais ? Regarde ce que je suis devenue à cause de toi, j'ai due fuir dans la galaxie et j'ai perdue la mémoire. A présent je ne suis même plus humaine. Je ne me rappel que de la souffrance qu'on m'a infligée ici ! »

Il ne répond pas à ma voix haineuse. J'enchaîne serrant un peu plus mon étreinte sur sa gorge :

« - Comment l'évasion est-elle arrivée ?
- Un de nos scientifiques le chef de projet du clonage, celui qui a découvert une méthode efficace pour limiter les anomalies à chaque copie. Il était trop scrupuleux. Quand il a découvert ce que nous faisions des clones il a voulu tout révéler au publique. On a essayé de l'acheter mais ça n'a pas marché... Officiellement nous travaillons dans les pharmaceutiques vous comprenez... On a dû l'éliminer pour ça... C'est lui qui a causé l'évasion de plusieurs clones... »

Je vais répondre mais Mhocap m'interrompt :

« - Ce n'étais donc pas un accident ? Vous avez assassiné Jordan Deck ? Et qu'en est-il de Greven ?
- Greven ? »

Cole reste un instant pensif. Il faut que je rapproche mes griffes de ses yeux pour qu'il revienne à la réalité.

« - Greven... Le général ? Ce fut un gros obstacle... Cet imbécile avait mit son nez où il ne fallait pas. Il a fallut payer cher pour s'en débarrasser. Deck lui avait révélé toute l'histoire par des documents.
- Qui a fait ça ? REPOND ! ? »

Pour la première fois je vois Mhocap au bord de la colère. Il s'approche pour coller son arme sur le front du docteur. Son regard est noir de haine. On sent qu'à la moindre mauvaise parole il passera à l'acte.

« - Je ne suis pas le directeur... Je dirige juste les recherches. Je ne sais pas qui il a engagé.
- Qui est le directeur ?
- Personne ne sait... On l'appelle le directeur.
- Où peut-on le trouver ?
- Je ne sais pas... Parfois il est à la fondation mais pas tout le temps...
- Tu n'es plus d'aucune utilité ! »

Il va appuyer sur la détente lorsque je l'interrompt, brûlante de colère :

« - Je vais m'en charger moi-même ! Ses expérimentations cruelles m'ont brisée... C'est presque une chance pour lui que je ne me rappelle pas de tout ! »

Cole s'agite, il veut dire quelque chose, il veut se libérer mais n'arrive pas à bouger, tremblant de peur. Lentement, très lentement, je plonge la pointe de mes griffes dans sa bouche ouverte de surprise. Il pose une main sur mon avant bras mais c'est trop tard, je sens déjà le fond de sa gorge se déchirer. Je force un peu plus et je touche ses vertèbres, ses yeux se voilent, ses cris sont étouffés. Alors qu'un flot de sang commence à s'accumuler sur mes mains je lui enlève la moitié de la tête d'un geste sec. Il y'a un craquement horrible, c'est les os, puis un bruit de succion atroce avec des bouts de viande que s'envolent un peu partout. Le corps s'effondre dans une marre de fluides.

Je reste là, sans bouger. Tremblotante, la respiration haletante. Je revois encore des bouts de souvenirs. Des injections de produits pour en tester les effets. De nombreux produits. Beaucoup mourraient. Un peu moi puisqu'il s'agissait de mes doubles. Les piqûres, les seringues, les aiguilles, sous la peau, dans les veines jusqu'au coeur. Des liquides sombres, épais, qui coulaient dans mon sang. Un frisson remonte mon échine lorsque je sens des picotements dans tous mes membres. C'est comme si l'on venait de me faire une nouvelle injection, sans que j'en connaisse les effets. Je ne sais pas si je me sens vraiment mieux après avoir découvert ce fragment de passé. Mais il est là, en moi.

Une main m'attrape par l'épaule.

« - Il faut y'aller, les gardes vont arriver. »

Je ne sais pas combien de temps je suis restée sans bouger mais Mhocap a entièrement raison. Ysul s'agite aussi dans mon crâne, le protoss veut plus que tout quitter cet endroit. Et moi aussi maintenant.

« - Oui... Partons. »

Je me retourne et dépasse l'humain, j'arrive dans le couloir d'un pas rapide, sans vraiment faire attention. Le sang bourdonne à mes tempes, j'entends des bruits dans la salle des cuves. Comme des claquements de bottes sur le métal. Il n'y a pas d'autres issues. Je me doute déjà de qui il s'agit...

« - Au bruit je dirais qu'ils sont au moins dix... »

J'hausse un sourcil, Mhocap arrivait-il vraiment à dénombrer l'ennemi à l'oreille ? Il ne me reste qu'une dizaine de mètres à faire pour débouler face aux gardes. Il n'y a pas d'hésitation à avoir, je n'ai pas peur.
Le carnage avait été total. J'étais arrivée en courant, une quinzaine d'hommes armés en face moi. Au début ils avaient prit leurs matraques, pensant avoir à faire à des intrus « normaux ». En demi cercle ils s'étaient jetés sur moi. D'un coup de poing j'éventrais le premier, rejetant son corps agonisant en arrière. Je sentis les fouettements douloureux des tong fa. Ignorant la souffrance je ripostai d'un revers de griffes qui déchira les visages de plusieurs adversaires. Aveuglés par leur propre sang ils reculèrent en gémissant. Deux furent abattu par Mhocap qui venait de surgir à son tour. Une balle fit éclater une nouvelle tête. Des petits bouts d'os éclaboussèrent les autres soldats. Cette fois-ci ils battirent tous en retraite pour dégainer leurs pistolets. C'est à ce moment là que la situation s'était vraiment compliquée. Je me jetais sur le plus proche, un coup d'épaule le fit tomber à terre, j'écrasai ensuite son nez avec mon talon. Le craquement et le choc le firent tomber dans l'inconscience. Mes griffes ouvrirent ensuite une gorge sur ma gauche. Le type lâcha son arme pour contenir l'hémorragie mais la plaie était bien trop importante. Il mourut en quelques secondes.

Les coups de feu commencèrent à claquer. Mhocap qui descendit un garde en lui logeant une balle dans le coeur, puis un second en lui faisant exploser la mâchoire. Le projectile lui arrachant plusieurs dents dans un bruit de verre brisé. Et après ce fut au tour des soldats de riposter. Mhocap se jeta derrière un tableau de commande pour ne pas se faire massacrer par la grêle meurtrière qui lui tomba dessus. Du coup les armes se tournèrent vers moi. Ecarquillant les yeux je bondis à la recherche d'un couvert. Un peu trop tard car les balles filèrent suffisamment vite pour que plusieurs se perdent dans mon abdomen. Une autre frôla ma tête comme une guêpe, m'entaillant la peau sur plusieurs centimètres. Mhocap profita de la diversion pour sortir et envoyer une série de tirs qui coucha un autre garde.

Sans autres solutions je glisse derrière une cuve. Les projectiles brisèrent rapidement le verre qui éclata en mille morceaux. Le clone à l'intérieur tomba à côté de moi, une marrée de fluides se répandant à même le sol. Elle portait encore un masque à oxygène. Je vois du sang sur son corps, elle a été touchée plusieurs fois. Ses yeux s'ouvrent. Réveillée de son long sommeil. Elle me regarde et la seule chose que je vois c'est de la peur et de la douleur. Quelques secondes après elle meurt. Sa vie n'a durée qu'un battement de sourcil. Sans trop savoir pourquoi une haine incommensurable m'envahit de nouveau. Mes muscles se tendirent alors que les gardes rechargèrent leurs armes. J'allai les tuer.

Hurlant de rage je m'élançai à une vitesse folle vers eux. Ils paniquèrent. Ils se dispersèrent, un seul resta face à moi. Il leva son flingue mais je le plantais déjà entre ses côtes. Un filet de sang s'écoula, se transformant en geyser lorsque je retirais mes griffes de leur gaine de chair. Mhocap réalisa une roulade et atterrit directement en face des soldats désorganisés. Il eut raison de trois types de plus. Le mitraillage le laissa à court de munitions. Les survivants allaient tirer lorsque j'en découpai un par derrière, d'un coup transversal sec. Il n'en fallu pas plus pour que les autres décident d'abandonner le combat. Ils coururent vite mais plus personne ne pouvait espérer me dépasser depuis ma mutation. Je m'occupai rapidement d'eux, c'étaient les derniers, pour le moment.

Alors je suis au milieu des cadavres, un véritable carnage. J'entends Mhocap qui recharge en venant vers moi. Je suis blessée mais je n'ai pas vraiment l'impression de le ressentir. Et tout ne fait que commencer.

L'ascenseur est ouvert. Sans perdre de temps nous nous dirigeons vers lui.

« - Je savais bien que ça tournerait mal... Les humains doivent vous attendre de pied ferme maintenant ! »

Je ne pris pas la peine de répondre au protoss, trop énervée par la situation. Les portes de l'élévateur se referment. Mhocap regarde mes plaies d'un air intrigué.

« - Ca ne fait pas mal ? »

Un léger sourire s'étire sur mon visage.

« - Ca te ferait mal à toi ?
- Pas vraiment, convint-il. »

Le temps d'échanger ces quelques mots et nous arrivons au niveau 0. Une légère secousse à l'arrêt et la cabine s'ouvre sur un couloir assez sombre. En fait je me trouve face à un croisement. Il n'y a rien, personne, c'est louche. Mais à peine un pas est fait en avant qu'une terrible rafale menace de me tuer. Je me jette à gauche pour ne pas me faire découper. Mhocap saute de l'autre côté. Il me parle lorsqu'il est à couvert :

« - Le système automatique de défense est en place, inutile de rivaliser avec ça. Retrouvons nous à l'extérieur. »

J'hoche la tête et me dirige dans la direction opposée. Je suis sûre que Mhocap peu s'en sortir sans moi. Je cours sans m'arrêter, sachant très bien que si je perds une seule seconde je risque de me faire rattraper par une dizaine de soldats.

Je me dis simplement qu'il suffit que je trouve une fenêtre, ça me simplifierait bien les choses. Le couloir que je traverse ne possède qu'une seule sortie possible : Une porte à moitié ouverte. Je n'ai pas le temps de voir ce qu'il y'a de l'autre côté que je la pousse à la volée. Un claquement plus tard et je déboule dans une immense pièce où des bureaux individuels sont séparés par de minces cloisons en contre-plaqué synthétique. Des têtes ahuries de chercheurs se tournent vers moi. Tout le mur du fond est percé de fenêtres. Sans hésiter je m'élance. Une rafale d'arme automatique se fracasse à mes pieds, massacrant le carrelage. Je tourne la tête et aperçois cinq gardes armés qui viennent d'arriver par une autre entrée. Nul doute que je suis étroitement suivie.

Les civils se jettent au sol et le déluge de balle commence. Elles ravagent les cloisons, explosent les piles de documents, détruisent les ordinateurs, brisant les écrans et perforant les unités centrale, se plantant profondément dans ma chair. Ces soldats là n'arrosent pas dans le vent. Je sens les projectiles s'enfoncer durement sous ma peau, ricochant sur les os et glissant sur les organes. L'un me traverse entièrement et ressort en m'arrachant une gerbe de sang écarlate. Je trébuche sous la douleur mais continue de courir. Alors que j'arrive à la fenêtre, les dents serrées, un ultime frelon me pique l'épaule. J'hurle, donnant un coup de poing dans la vitre. La glace explose, je ferme les yeux et passe à travers, la peau lacérée par une centaine d'éclats. Je roule sur de l'asphalte dans un bruit de crissement de verre. Une seconde pour me relever et d'autres gardes arrivent en face de moi, je suis dans une allée entourant le complexe. Un haut grillage surmonté par des barbelés se trouve derrière eux, me séparant de la ville et de mon espoir de fuite.

Je m'apprête à courir et des lumières dansent devant mes yeux, le sang perdu commence à se faire ressentir, seul l'adrénaline et l'efficacité de mon nouveau corps m'aide à tenir. Mais je n'ai pas le temps d'hésiter, de nouvelles rafales éclatent autour de moi, d'autres frôlent mon dos. Prise entre deux feux je pars sur le côté, courant vers la clôture.

J'atteins une vitesse hallucinante, ma vision se resserre en un étroit couloir, brouillée, je n'arrive plus à savoir si je suis encore touchée ou non.

« - Tu y es presque, vas-y humaine ! »

La voix d'Ysul m'encourage, je le sens presque courir à côté de moi. Je sens qu'il essaye de tenir mon esprit éveillé, me pressant au maximum. Je saute alors, d'un bond incroyable et surpasse le grillage. Hélas l'arrivée est beaucoup moins spectaculaire. Mes jambes me lâchent et je m'écroule sur le sol, j'entends un craquement et une vive douleur aux genoux. Mes mains griffent le béton, un cri inaudible sort de ma bouche entrouverte. J'ai l'impression d'être dans une flaque d'eau, en réalité il s'agit plutôt de mon sang qui forme une véritable marre poisseuse. Une balle ricoche à côté de mon visage, une autre traverse mon dos me faisant vomir encore plus de sang.

En réalité je suis en train de mourir.

Un homme s'approche de moi, grand, habillé sombrement, les cheveux longs, mal rasé. Un tatouage sur le bras droit. Je l'ai déjà vue quelque part, mais aucun nom de me revient, aucun autre souvenir. Il se penche, la mine triste, et me tend la main. Il oscille un instant, puis disparaît comme un mirage.

« - Humaine ne reste pas là ! Tu peux encore bouger, Mhocap t'attends en face ! Dépêche toi !
- Qui... Qui... Qui êtes-vous ?
- Ne sombre pas ! Ne sombre pas... »

La voix d'Ysul claque alors dans mon esprit, me tirant de cette horrible torpeur. Un sursaut d'énergie me fait bondir, je me relève presque instantanément. Mon coeur bat à rompre, mais il bat. Le souffle court je m'élance, les soldats hurlent derrière moi et font toujours feu. Mais cette fois je suis trop loin et ils perdront trop de temps à contourner le grillage. Au bout de la rue j'aperçois l'hoovercraft de Mhocap, la portière ouverte, il me fait signe de monter. Mes jambes me font horriblement mal, je dois avoir des fractures.

Jetant mes dernières forces je m'écroule à bord du véhicule, trempée de sang.

« - Mes sièges... »

L'homme m'attrape le bras pour m'aider à monter. Il referme la porte à ma place et démarre sans tarder. Il surveille la route en jetant un oeil à mes blessures critiques.

« - Tu survivras ? »

Clignant lentement des yeux je mets un instant à ravaler mes fluides pour pouvoir répondre. Chaque inspiration est comme si l'air était remplit d'aiguilles.

« - Je... N... N... »
N'arrivant plus à parler je commence à m'étouffer, la douleur me fait tousser, des larmes perlent même à mes yeux.
« - Ok ok calme toi, laisse tomber je vais trouver une solution. »

La voix de Mhocap est apaisante, je me sens de nouveau partir, je n'arrive plus à voir la route.
Je ne me rappelle plus bien de ce qu'il s'est passé. L'hoovercraft a filé en direction de je ne sais où, j'apercevais juste d'immenses immeubles défiler sous mes yeux vitreux. J'entendais mes tempes bourdonner, je ne bougeais plus de peur d'ouvrir encore d'autres blessures. A un moment je ne suis plus sûr d'être vivante, juste un corps totalement ravagé et froid. Mais un coup de frein manqua de me faire tomber, je sentis presque les balles bouger à l'intérieur de moi. Une sensation horrible qui me fit gémir de souffrance, je perdis alors conscience. Les étoiles qui dansaient devant moi laissant place à un noir cotonneux plus agréable, presque salvateur. Désinhibant.

Une lumière blanche me pique les yeux, à tel point que je les ouvre à peine. Alors c'est ça le grand couloir dont tout le monde parle ? J'ai beaucoup moins mal, mais cet endroit me fait peur, je ne sais pas trop pourquoi. Je suis morte c'est peut-être pour ça... J'essaye de bouger mais je n'y arrive pas. J'essaye de nouveau, c'est à peine si mon bras bouge. La lumière ne bouge pas, je veux la rejoindre, elle semble m'attendre. Je veux quitter ce monde, peut-être que je trouverais des réponses ? Espoir futile mais qui suffit à me donner un peu plus de force. Cette fois-ci je redresse un bras. Je libère l'autre pour m'aider. Qu'est-ce qui me retient comme ça ? Mon corps. Sans trop comprendre, je me relève à moitié et tend le bras vers la lumière qui m'aveugle. C'est extrêmement chaud, ça le devient de plus en plus. Mes doigts l'enserrent et ça me brûle, mille aiguilles à blanc me transpercent la main. Ca se repend dans mon poignet, des larmes coulent de mes yeux fermés. Il ne se passe rien d'autre qu'une douleur bientôt insoutenable, j'hurle et je sens que l'on m'attrape par les épaules pour me plaquer sur le dos.

« - Mais tiens-là mieux que ça ! Elle est en plein délire ! »

La prise se resserra, bientôt j'ouvre complètement les yeux, réveillée par la brûlure. Je vois ma main rougie et couverte de cloques, ça fait terriblement mal. Au dessus de moi une lampe est allumée, le plafond est blanc. Un homme en blouse a les bras couvert de sang. Je comprends rapidement que je suis en fait dans un hôpital. Encore secouée j'aperçois Mhocap qui essaye de me retenir de toute sa force.

« - Calme toi. »

Même si ce n'est pas un ordre je suis ses paroles, lui faisant confiance. J'essaye de comprendre exactement ce qui est en train de se passer. Je jette un coup d'oeil à mon ventre, sentant comme des picotements.

« - Tu ne devrais pas regarder, suggéra Mhocap. »

Et en effet je suis ouverte jusqu'à la cage thoracique, un homme est en train de m'opérer, recherchant quelque chose dans mes viscères. Je me dis qu'il ne s'agit que d'un mauvais rêve, la scène me paraît trop irréaliste. Mais progressivement, la douleur revient, auparavant anesthésiée par ma perte de conscience totale. Les picotements se transforment rapidement en incisions douloureuses, une vague nauséeuse emplit ma bouche, je suis à la limite de vomir.

« - Les anti-douleurs auraient dû empêcher le réveil, mais son métabolisme est trop différent du notre. »

C'est le chirurgien qui paraissait ennuyé par la situation. Il rajoute à travers son masque :

« - C'est la dernière fois que je fais quelque chose pour toi, je ne sais pas dans quelle situation je me mets en faisant ça... ! 
Tu me dois une vie, répliqua seulement Mhocap.
Je sais, je sais... Mais je n'aurais pas pensé à une vie extraterrestre... 
Ca vous ennuierez de terminer ça... rapidement ? » articulai-je entre mes dents serrées.
Les deux humains me regardèrent avec un air surprit, puis le médecin reprit son travail en silence.

« - Je suis où exactement ?
A un hôpital de la ville. Ne t'inquiète pas, personne n'est au courant de ta présence, je t'ai fais entrer en secret, le docteur est un ami. Mais tu devrais garder tes forces, malgré ta résistance...
Extraordinaire. N'importe quel type serait mort, et même là c'est à peine si tu as mal, lança le chirurgien en retirant quelque chose avec une pince.
Si... Si... J'ai mal !
L'homme haussa un sourcil en déposant une balle trempée de sang sur une table à côté de lui. Il y'en avait treize autres.
« - C'est terminé. Les autres tirs sont ressortis. Je vais refermer, ça risque... De faire mal aussi. »

Je me mords les lèvres, la peau recouverte d'une fine pellicule de sueur, me préparant à encaisser. Plusieurs minutes sont nécessaires à ce que je retrouve une intégrité partielle. Mon corps était bardé de cicatrices encore fraîches. Mais je savais qu'il ne me faudrait pas si longtemps que ça pour récupérer entièrement. Ysul se manifesta dans mon crâne, comme si il venait de sortir d'un long sommeil lui aussi.

« - Humaine, c'est incroyable que tu sois encore en vie... Il est vraiment temps que je quitte ton enveloppe. Les risques que tu peux prendre sont inconsidérés. »

La phrase m'arracha un léger sourire. Je ne répondis pas, un peu trop fatiguée par les évènements.

« - Il va falloir que vous partiez vite, je ne peux pas vous garder ici. Je vais vous faire sortir discrètement. »

Il prit un drap et s'approcha de moi.

« - Faite la morte ! »

Je n'ai pas le temps de répondre qu'il m'étale le tissu dessus, pour me dissimuler. Je sens le chariot se déplacer, d'abord c'est calme puis j'entends beaucoup de voix et de conversation autour. Des cris même, il y'a beaucoup d'agitation. Le voyage dure plusieurs minutes, lorsque que je peux enfin sortir de ma cachette nous sommes dans un garage ou de nombreuses ambulances sont garées.

« - Mon hoovercraft est stationnée juste à l'extérieur. »
Puis Mhocap se tourne vers le médecin :
« - Nous sommes quittes, merci de ton aide. Je ne sais pas si l'on se reverra.
Pas que je ne t'apprécie pas mais ça vaudrait peut-être mieux pour moi... Je n'imagine pas ce que tu risques à être avec elle, le gouvernement donnerait cher pour un tel spécimen. » 
Le mot « spécimen » me fit frémir. L'homme dû le remarquer car il s'empêcha de rajouter :
« - Ne le prenez pas mal... De toute manière je doute que les humains soient réellement mieux que vous, il y'a pas mal de boucher et de tueur ici. »

Le souvenir du docteur Cole revint dans mon esprit. Un salopard qui torturait des clones traités comme des animaux de laboratoire. Mais celui-là avait eu ce qu'il méritait. J'hoche la tête, toujours appuyée sur le chariot, ayant un peu de mal à tenir debout.

« - Merci à vous... Heu...
Oubliez mon nom, on ne sait jamais.
Oui ça vaut mieux, confirma Mhocap en m'invitant à partir. »

Sans plus d'hésitation je suis l'étrange type qui venait de me sauver la vie pour la seconde fois. Nous sortons du parking et rejoignons le véhicule, une fois à l'intérieur je remarque qu'il y'a encore du sang sur les sièges. Il y'a un temps de latence, chacun semble réfléchir à la situation.

« - Combien d'options reste t-il ? » demande l'humain.

Je reste un instant sans répondre. Instinctivement je tripote la chaîne que j'ai autour du cou. Celle avec le nom « Max ». J'essaye toujours de me rappeler. Est-ce un nom que je me suis attribuée seule ou celui de quelqu'un d'autre ? Et la musique... Cette mélodie lancinante qui ne veut quitter mon esprit. Ainsi que l'homme au tatouage sur le bras droit. Un puzzle auquel il manquait encore beaucoup de pièce.

« - Tu veux tuer le Directeur ? »

Ma phrase est prononcée avec frivolité. Comme si il se serait agit de disputer une partie de carte entre amis. Mhocap se tourne vers moi, une main posée sur le volant.

« - L'idée est dans mon esprit aussi. Il est le responsable de la mort de mon père. Et peut-être qu'il connaît d'autre chose sur ton évasion, c'est lui qui a décrété ta traque. »

Il s'agissait de la dernière piste que j'avais pour le moment. Mais comment retrouver un homme dont le nom même est inconnu ? Son pouvoir paraissait visiblement étendu dans les hautes sphères de l'administration et de la société.

« - Il va être compliqué de l'atteindre, mais rien est impossible. Il aurait fallu prendre des preuves dans le labo, la presse se serait jetée sur l'histoire. Le genre de situation qui pouvait le pousser à la faute. »

Mon camarade avait raison. Ca aurait été une bonne idée. Mais retourner là bas ne serait pas facile. La garde allait sûrement être augmentée et peut-être même le laboratoire déplacé.

« - Néanmoins... »

Mhocap ne termina pas sa phrase, s'arrêtant un instant. Il posa sa tête sur le dossier de son siège, les yeux tournés vers le plafond.

« - Néanmoins quoi ? 
La CINcorp a un siège, le laboratoire est séparé de celui-ci. Il se trouve dans le quartier administratif de la ville. Le problème est qu'il est intégré à de nombreux autres services dans un immense bâtiment, protégé par l'armée, et non pas une milice personnelle. Ils seront bien mieux organisés.
N'attaquons pas frontalement, essayons juste d'en savoir plus sur le Directeur dans un premier temps. »

L'humain hocha la tête. Sa dire un mot de plus il allait enclencher le contact de l'hoovercraft, mais je l'arrête en posa une main sur son bras. Ses yeux noirs me fixent. Durant un instant je ne sais plus ce que je voulais faire.

« - Je voulais te remercier pour ce que tu as fais... »

Il mit le véhicule en route et se tourna vers la route.

« - C'est normal. »

La phrase résonne étrangement dans mon crâne, comme un millier d'échos. Alors que l'on démarre je reste sans bouger, figée pour une raison que j'ignore. Les deux mots me font frissonner, le timbre de voix me force à fermer les yeux. La scène me rappelle quelque chose, j'ai l'impression de l'avoir vécue. Je tremble. J'inspire, un nouveau souvenir s'insinue en moi. Un hoovercraft, je suis à bord, un homme assez âgé est à côté de moi, il y'a du sang sur lui, il est gravement blessé. Il me sourit une dernière fois.

« - C'est normal. »

Je reçois comme un choc et bouge la tête pour revenir à la réalité. Je cligne des paupières, hébétée. Pour une fois ce souvenir ne me fait pas excessivement mal. Il me laisse juste interdite, bloquée. Au bout de plusieurs minutes j'arrive à reprendre mes esprits, difficilement.

« - Comment... Comment était ton père ? »

Mhocap ne se tourne pas. Il paraît hésiter un instant puis fini par lancer :

« - C'était un homme bien. »

Je ravale ma salive, un coup de chaud me mettant mal à l'aise, sans explications.

« - Je veux dire... Physiquement. 
Même taille que moi, cheveux court, grisonnant, sans barbe, une cicatrice au-...
Au dessus du front ?
Oui. Pourquoi ? Et comment ? »

Mes pensées affluent, je revois encore la scène, j'en suis sûre. J'en connais même les raisons.

« - Je viens de me rappeler une partie de mon évasion. J'ai vue ton père blessé, qui me sortait de quelque part. Il m'a dit que ce qu'il venait de faire était normal. Peut-être avons-nous quittés le labo ensemble ? Et que les autres clones se sont dispersés avant de se faire attraper...
Mais pourquoi ne m'a-t-il rien dit ? J'aurais pu l'aider ! Je n'étais au courant de rien, tout ce qu'il faisait pour moi c'était gérer de la bureaucratie militaire... Alors qu'il est mort pour sauver plusieurs dizaines de cobayes ! »
Il se tourne vers moi, un peu ennuyé.
« - Enfin je ne dis pas ça pour toi. Ce qu'il a fait est bien, je pense. Cette fondation est immonde. Il voulait sûrement ne pas m'impliquer dans une affaire aussi dangereuse, mais je regrette... »

Pour la première fois je perçois une véritable émotion sur le visage de Mhocap. Sa voix est un peu moins froide que d'habitude, il parait presque dépassé par la foule d'évènements. Ce qui en un sens me rassure un peu.

« - Je suis désolée. »

Je murmure cette phrase et laisse retomber ma tête sur le siège. Comment retrouver notre détracteur ? Un homme visiblement puissant et caché dans l'ombre. Il paraissait impossible à atteindre, il avait déjà été si compliqué de comprendre une partie de ce qui m'était arrivé. Sans trop savoir pourquoi l'image de l'homme tatoué et habillé de noir me revient à l'esprit, il est toujours apparu aux moments les plus durs, peut-être a-t-il un lien avec cette histoire.
« - N'oublie pas le templar. Il pourra même peut-être t'aider... Et ce n'est pas que je ne t'apprécie pas, mais j'ai bien envie de retrouver mon enveloppe !
Je sais, je compte aller le voir. Mais comment suis-je sensée l'aborder ? »

Cela faisait des jours qu'Ysul me harcelait avec la venue de son templier, ambassadeur protoss sur ce système humain. Nous étions restés cachés chez Mhocap le temps de récupérer un peu, mes blessures avaient presque toutes disparues. Durant trois jours je m'étais contentée de m'affaler devant l'holotélévision alors que mon hôte s'absentait régulièrement pour des affaires dont il ne voulait pas me parler. Je commençais à me douter de son travail, probablement quelque chose de totalement illégal... Qui requerrait beaucoup de discrétion.

« - Son vaisseau arrivera à l'extérieur de la ville, il sera sûrement accueilli par des forces terranes venue pour l'occasion. Il faut que tu le trouves avant qu'il arrive dans les complexes militaires, ou il deviendra difficile d'accès. Il sentira immédiatement mon essence et te portera intérêt, il est même certain que cela prenne le pas sur les négociations qu'il doit mener ici. »

Mollement je passais une main dans mes épais cheveux. Qu'est-ce que j'étais sale, je ne m'étais pas relavée depuis l'affrontement. Du sang et de la poussière partout. Mes vêtements étaient toujours les mêmes, dans un état particulièrement lamentable.

« - Je risque de me faire tirer dessus à vue. J'espère qu'il te sentira de loin pour empêcher ça...
Aucun problème, cela va bien se dérouler, affirma Ysul.
D'après ce que tu m'as dit il arrive aujourd'hui ? »

Je n'ai pas le temps d'avoir une réponse qu'un léger craquement se fait entendre, il provient de derrière moi. Je me fige et d'un seul coup me retourne, griffe dehors !

Mhocap se tient devant moi avec un paquet sous le bras. Un peu surprise je me contente de bredouiller :

« - Ah... Excuse moi... »

Il hausse un sourcil et me tend ce qu'il a amené, ajoutant de sa voix neutre :

« - Il me semble que tu dois aller quelque part aujourd'hui. »

Je lui avais dit pour l'ambassadeur mais je me demandais bien ce que pouvais contenir ce « cadeau ». Intriguée je déchire le papier cartonné et j'en extrais du tissu, enfin, des vêtements, neufs. Un pantalon noir multipoches, mes préférés... Une chemise au camouflage urbain, un... pare-balle !

« - J'ai remarqué que tu en prenais souvent. »

Ne sachant pas trop si il s'agit d'une blague ou d'une remarque sincère je me contente de sourire. Il y'a aussi une longue pèlerine noire avec une capuche pour cacher mon visage ainsi que des gants.

« - Ou as-tu trouvé ça ? demandai-je en posant les affaires sur une table à côté de moi.
Je fais un travail dangereux. Ce sont des rechanges au cas où je prendrais l'eau. »

L'air pince sans rire de Mhocap me fait de nouveau sourire. J'embarque le tout et m'éloigne vers la douche.

« - Je crois que je n'obtiendrais pas plus d'information... »

Une fois seule je me débarrasse des haillons minables qui me servait d'habits. La crasse formant des croûtes sur ma peau je décide de rapidement passer sous l'eau aussi. J'en profite pour regarder l'état de mes blessures. Malgré la saleté aucune n'est infectée, toutes sont propres. Mon nouveau système immunitaire doit réellement être puissant, un humain normal aurait probablement succombé de septicémie... Je passe ensuite mes nouveaux vêtements, ils sentent le neuf, c'est extrêmement agréable.

« - Espérons que tu allonges ton espérance de vie avec cette protection, railla Ysul.
Hmph ! Très amusant... »

Je m'attarde un instant face à un miroir, contemplant mon reflet. Mes mutations restaient assez légères, bien que l'on voyait clairement que je n'étais plus totalement humaine. Ma peau cuivrée était recouverte de minuscules écailles, bien plus dures que la chair normale. Lorsque je croise mon regard incandescent je m'arrache à mes pensées. Je ressors et retourne dans le salon. Mhocap est en train de glisser d'énormes balles dans le chargeur d'un énorme fusil, je n'en ai jamais vue d'aussi imposant.

« - Qu'est-ce que c'est que ce...
Un fusil antichar, coupa simplement l'intéressé, je viendrais avec toi mais je me tiendrais de loin. Disons que mon profil est connu des autorités. Si les choses tournent mal j'arriverais à faire une diversion. »
Je reste un instant sans rien dire, puis ajoute doucement :
« - Mais pourquoi fais-tu ça ? Inutile de prendre des risques ainsi... Je pense que cela va bien se passer... 
J'espère. Mais nous avons des choses à accomplir. Alors je te protégerais quoi qu'il arrive. »

La phrase sonne étrangement. De nouveau cela me rappelle quelque chose. Mais l'écho n'est pas assez puissant pour que mon esprit arrive à comprendre de quoi il s'agit exactement. Je reste interdite puis hoche la tête.

« - D'accord... Je te remercie.
Vous devriez vous dépêcher, sonna Ysul, il vaudrait mieux être à l'extérieur de la ville pour apercevoir le lieu de l'arrivée de l'ambassadeur. »

Les préparatifs durent encore quelques minutes, puis nous partons à bord de l'hoovercraft de Mhocap. Les sièges comme neufs n'étaient plus détrempés par mon sang. Enfin... Pour combien de temps encore ? Je portais encore les cicatrices de la précédente rencontre, j'espérais que celle-ci ne se termine pas de la même manière.

Pour éviter les contrôles des marines à la sortie de la ville, Mhocap m'entraîne par une voie plus méconnue : Une sorte de péage clandestin tenu par des contrebandiers. Il s'agit d'un tunnel creusé sous l'enceinte de la cité. Cela ne fit que confirmer mes doutes sur les occupations de mon camarade...

« - Cet humain est vraiment plein de ressources, me chuchota Ysul. »

Les alentours de la mégalopole étaient assez désertiques. Il y'avait ça et là des buissons rabougris et des amas de rochers, mais pas grand-chose d'autre.

« - Vous ne le savez pas encore, mais je le ressens, les auras des templiers sont puissantes lorsqu'ils ne la masquent pas avec leurs pouvoir. Son vaisseau n'est plus très loin... Les forces terranes ne vont par tarder à arriver aussi probablement ! 
Tu es sûr que le vaisseau arrive ici ? demandai-je au protoss.
Oui je ne te dirigerais pas au hasard... »
Je ne pu m'empêcher de lui lancer une petite pique :
C'est vrai ça ? »

Il ne répondit pas mais je ressenti l'agacement au fond de mon crâne. Ce qui me contenta amplement. Je me tourne alors vers Mhocap et lui explique la situation :

« - L'ambassadeur devrait arriver par ici. Je vais rester... Près des rochers là bas et observer la situation. Tu n'as qu'à trouver une position pour m'avoir en vue, les soldats vont débarquer sous peu aussi.
Oui je connais assez l'endroit, je vais me positionner sur les colline plus à l'ouest. »

Il arrête le véhicule et ouvre la portière. Je m'apprête à descendre et il m'attrape le poignet. Me retournant je croise son regard sombre.

« - Fais attention. »

J'hoche la tête et lui lance un demi-sourire. D'un bond je saute de l'hoovercraft qui est à quelques centimètres du sol. Il redémarre et je me mets à couvert. L'après midi touche à sa fin.

Il faut attendre.

Attendre...

Attendre...

« - Tu es sûr qu'il va venir ici ?
Oui il s'approche. Ce n'est qu'une question de minutes.
Parce que je n'ai pas l'impression que l'on est les mêmes appréciations des distances.
Moi aussi j'ai hâte que tout ceci se termine. »

Alors que j'allais répondre j'aperçois une petite lumière dans le ciel. D'abord je n'arrive rien à distinguer, puis grossissant à une vitesse vertigineuse, de comprend qu'il s'agit d'un vaisseau. Il est excessivement silencieux pour sa rapidité. Les frottements de l'air sur sa carlingue lui donne l'air d'une boule de flamme. Il s'arrête ensuite soudainement. C'est dans cette position stationnaire que j'arrive à bien l'identifier. Suffisamment grand pour accueillir une quinzaine de personnes je devine d'énormes canons sous ses ailes. Couleur sable, ses réacteurs changent d'orientation pour poser doucement l'astronef au sol.

« - J'imaginais que les ambassadeurs venaient avec une armée entière, murmurai-je mentalement à Ysul.
Sa flotte doit être en orbite autour de la planète.
Je vois... »

Sans hésiter je commencer à me diriger vers le vaisseau. Il est à plusieurs centaines de mètres. Lorsqu'il atteint le sol je vois un nuage de poussière à l'horizon. Il se déplace depuis l'entrée principale de la cité avoisinante. J'accélère le pas tout en sifflant entre mes dents :

« - Nos concurrents sont là ! »

Bientôt je me mets même à courir. D'abord je pense être rapidement fatiguée, mais en réalité il ne m'en coûte rien. Heureusement je me trouve plus près que les soldats humains, de ce fait j'arrive bien avant eux. A quelques mètres je discerne une rampe ouverte sous le vaisseau protoss. Plusieurs passagers sont descendus. Je ne peux m'empêcher d'admirer la noblesse de cette race. Ils ont tous l'air de guerriers, grands et fiers. Deux d'entre eux se tournent vers moi, ils n'ont pas l'air surpris de me voir. Ce qui me frappe le plus sont leurs yeux bleus perçants, qui semblent voir bien plus de chose que je ne pourrais imaginer... Ils ne portent pas d'armures, juste de larges toges blanches, le bas de leur visage est masqué par un voile.

Je ne bouge plus, un alien particulièrement impressionnant descend du vaisseau. Il est habillé de couleur sombre, de larges colliers tribaux pendent à son cou. Ses cheveux noirs sont extrêmement longs, des bagues argentées passées dans ses mèches qui ressemblent à des dreadlocks. Il inspirait la force et la puissance. Tranquillement il s'approche, deux autres guerriers le suivent. Lorsqu'il m'interpelle sa voix résonne directement dans mon crâne comme celle d'Ysul. Sauf que celle-ci est encore plus tonnante.

« - Qui es-tu ? »

Pendant un instant je ne sais pas quoi dire. Puis clignant des yeux je me ressaisi. J'enlève la capuche de ma pèlerine révélant mon visage transformé. Le regard du protoss brille d'une nouvelle intensité pendant un court moment puis redevient normal. Il croise les bras d'une manière impériale et semble attendre une réponse.

« - Je... Je ne sais pas qui je suis. Enfin comment expliquer... »
J'inspire profondément et fixe mon interlocuteur, ce qui est assez difficile à soutenir.
« - Un templier à vous est en moi. Il a réalisé un rituel pour me posséder parce qu'il a perdu un combat. Mais cela à mal fonctionné. »
C'est court et suffisamment clair je l'espère. Mais sa voix inquisitrice m'incise rapidement :
« - Posséder une hybride zerg ? Quel est le nom de ce templier ?
Il se nomme Ysul. Je n'étais pas hybride zerg au moment où-...
Laisse moi entrer en contact avec lui, cela le persuadera immédiatement, proposa Ysul.
Comment je fais ça ?
Laisse toi faire. »

Je m'arrête de parler, ferme les yeux, essaye de me décontracter. Soudainement une vague me fait tressaillir et mes muscles se bloquent. Je sens que quelque chose est en train de se passer dans mon esprit, sans que je puisse y assister. Cela dure plusieurs minutes, le froid parcoure petit à petit mon corps, je crois que je vais tomber mais finalement je retrouve peu à peu ma conscience. Titubante je ré ouvre les yeux, le soleil couchant me blesse le regard.

« - Je comprends votre histoire. Il n'est pas notre genre d'entraîner des humains dans des affaires qui leur sont extérieures. Je vais faire ce que je pourrais pour vous aider à sortir de cette condition. »

Un genou à terre à cause du choc, je redresse la tête en entendant le bruit de plusieurs moteurs. Les véhicules des forces terranes sont ici. Deux camions pleins de marines en armure de combat, un hoovercraft plus léger duquel débarque un gradé en grande tenue : des dizaines de médailles épinglées sur la poitrine. Lorsqu'il m'aperçoit il écarquille les yeux et les militaires me braquent immédiatement.

« - Ambassadeur nous sommes désolés de cet incident. Nous ne pensions pas qu'un assassin essayerait de s'en prendre à vous ! Mais visiblement il a trop présumé de ses forces et vous l'avez arrêté sans problèmes. Nous allons rectifier ceci au plus vite ! »

Sa voix autoritaire est immédiatement stoppée par le ton cassant du protoss :

« - Non seulement votre sécurité est lamentable mais en plus vous voulez vous occuper de nos prisonniers ? Général restez dans vos rangs vous êtes déjà trop proche de l'incident diplomatique. »

L'humain bredouille, j'affiche un demi-sourire satisfait. Il se reprend rapidement et ses hommes ne baissent aucunement leurs armes.

« - Je vous propose d'en discuter. Peut-être sait-il des choses sur nos installations. Il est vital pour nous d'en savoir plus !
Comprenez-moi bien... »

Un crissement sable fit immédiatement taire les deux protagonistes. Un vent mauvais souffla sur le regroupement, un frisson me fit trembler. Quelque chose n'allait pas. Un soldat brisa le silence en hurlant :

« - Général, on a des dizaines d'échos qui viennent d'apparaître sur le radar ! Ca s'approche de nous très vite ! 
C'est un piège ! Cette saleté d'hybride nous a attirés dans un piège ! Formation ! »

Les marines s'agitent et se placent aussi vite que possible en demi-cercle. Les protoss ont aussi capté la présence étrangère, sûrement par des moyens encore plus subtils. De façon synchrone les guerriers matérialisent des lames d'énergie pure au bout de leur poignet, protégeant l'ambassadeur. Ils se donnent quelques ordres dans une langue que je ne comprends pas et l'un d'eux se dirige vers moi pour m'aider à me relever.

« - MERDE A CES PUTAINS DE ZERGS ! TUEZ LES ! »

Les explosions des fusils impaler fracassent mes oreilles. Mitraillant comme des forcenés les marines se retrouvent face à plusieurs immenses créatures reptiliennes dotées de larges faux osseuses, tout à fait apte à trancher un homme en deux. Du côté des protoss plusieurs monstres surgissent à leur tour. Mais ce qui me fait le plus frémir est la femme nue qui se fraye un chemin de mon côté... Hylinda. Un sourire horrible est figé sur son visage, griffes dehors elle se précipite sur le protoss qui est à mes côtés.

L'assaut est d'une violence extrême...
La charge est si rapide que le protoss ne fait qu'encaisser le coup. Les griffes d'Hylinda sont détournées au dernier instant par une barrière psionique. Le guerrier riposte d'un revers de lame magnifiquement esquivé. Un duel de grâce et de force s'engage alors que les autres combattants sont aux prises avec une nuée de zergs. Les monstres piaillent et sifflent, un marine termine empalé, son corps jeté sur un autre. Les balles déchiquètent une des créatures, sa carapace fracassée par l'acier, la cervelle explosée par les impacts. Il s'effondre dans un dernier râle alors que d'autres se jettent sur les terrans. Le rugissement d'un lance-flamme vrille mes oreilles. A quelques mètres à peine un zerg se fait incinérer. Les cris perçants du monstre sont désagréables mais rapidement noyés par les crépitements dévorants du feu.

Je suis débout et contemple béatement la scène. Je reviens à la réalité lorsque qu'un horrible lézard surgit devant moi dans un geyer de sable. Sa bouche s'ouvre en grand, me crachant de la bave à la figure. Mais son hurlement est interrompu lorsque sa tête toute entière implose comme un fruit trop mûr. Des morceaux d'os et de chair s'envolent dans l'air, une marrée de sang gicle dans le trajet du tir. Mhocap vient probablement de décapiter mon adversaire. Il faut que je quitte cet endroit rapidement...

Hylinda esquive une série de coup avec une souplesse parfaite. Elle contre-attaque avec un enchaînement meurtrier qui blesse gravement le protoss, l'obligeant à reculer. Sans plus attendre elle se jette ensuite sur moi. Anticipant le mouvement je roule sur la droite, évitant une charge violente. D'une pensée mes griffes sortent de ma chair, je passe à l'offensive en envoyant un revers rapide au visage de mon adversaire. Vive comme l'éclair elle se penche en arrière, je ne fais que frôler sa tête. Elle se redresse et me donne un coup d'épaule qui me fait tituber, rapidement suivit par la douloureuse sensation de ses griffes qui m'entaillent le bras droit. Sifflant de rage elle me lance d'une voix mauvaise :

« - Quelques comptes à régler. Je vais te récupérer ma petite, tu es trop précieuse pour être laissée aux mains de n'importe qui ! »

Je me remets en garde, bouillonnante.

« - Je vais te tuer une seconde fois salope ! »

Un cri perçant et elle s'élance mais cette fois-ci elle est arrêtée nette dans sa charge. Traversée part un tir qui lui arrache la moitié de l'abdomen. Ses os craquent et elle est projetée sur le côté comme un fétu de paille. Son sang abreuve la terre sèche, son regard encore fixé sur moi. Un filet de sang s'échappe de sa bouche, la rage faisant encore tressaillir ses bras, comme une araignée que l'on vient d'écraser.

« - J'ai un ange gardien maintenant... »

Je regarde du côté des humains : Nombreux sont morts mais des renforts arrivent. Les protoss ont été repoussés jusqu'à leur vaisseau, ils ne sont plus que trois. Le templier me fait signe de venir avec eux. C'est probablement la solution la plus simple car les humains veulent visiblement me tuer. Sans plus hésiter je cours dans sa direction, esquivant précautionneusement les quelques zergs sur mon chemin. A peine suis-je arrivée sur la rampe que celle-ci commence à se refermer. Un monstre passe un bras griffu qui est promptement découpé par un des guerriers. La carlingue tremble, je récupère mon équilibre et je sens que nous prenons de l'envol.

« - Je suis le templier Aladar, tu es en sécurité à présent. Je réglerais ce conflit diplomatique plus tard. Rendons-nous sur mon navire mère. »

Je ne pouvais qu'approuver l'idée. Mais j'espérais que Mhocap s'en soit sorti sans problèmes... Même si il était visiblement très doué il affrontait des zergs, les créatures les plus retorses de l'univers. Un protoss m'attrape par le bras et me montre un endroit pour m'asseoir.

« - La sortie va être un peu difficile. »

En effet, à peine ai-je eue le temps de me poser que le vaisseau se mit à vibrer et à trembler. Je m'accroche à ce que je peux le temps d'arriver dans le magnifique vide spatial. C'est encore sonnée par cette arrivée fracassante que j'aperçois la flotte protoss par la vitre principale de l'astronef. Il doit y'avoir plus d'une vingtaine de vaisseaux visibles. L'un d'eux, particulièrement impressionnant, trône au milieu du rassemblement. A vitesse réduite notre engin s'approche assez près du navire central pour se frayer un passage jusqu'à une aire d'atterrissage protégée par de lourds canons à plasma. L'architecture est en courbe, extrêmement esthétique.

Le templier me rejoint, son regard étincelant posé sur moi. Levant simplement une main un halo bleu m'entoure, d'étranges picotements parcourent mon corps entier. La lumière m'enserre et m'aveugle, je vais crier de surprise lorsque tout s'arrête. La salle autour de moi a changée. Je me trouve dans une pièce assez grande, face à une table sur laquelle plusieurs objets sont posés. Aladar est devant moi.

« - Aucune inquiétude nous avons été téléporté dans mes appartements. 
Prévenez la prochaine fois... Hmm... »

Le regard du protoss se plisse, il pose ses deux mains sur la table. L'endroit est très humble, peu d'apparats, tout semble utilitaire.

« - Je vais faire ce pourquoi tu es venue. »

Le ton grave de l'alien me fait sursauter. Faire ce pourquoi je suis venue ? Plutôt pour ce que Ysul m'a demandé de venir... Mais ce n'était pas plus mal.

« - J'aimerais tout de même savoir ce qui va se passer exactement ? »
Aladar croise de nouveau les bras, il semblait s'attendre à cette question.
« - Je peux rendre une forme physique au protoss qui est en toi grâce à l'aide de plusieurs templiers. Par un procédé psionique qui ne t'intéresse probablement pas. Cela est sans séquelles, c'est un peu dérageant mais normalement pas ou peu douloureux. Tu seras épuisée par la suite et il est possible que tu tombes dans l'inconscience durant le processus. »

Au moins c'était clair.

« - D'accord. Si c'est possible j'aimerais commencer tout de suite. »

Il hoche doucement la tête et recule de quelques pas.

« - Assis toi, il serait dommage que tu te blesse en tombant. »

Haussant un sourcil je regarde autour de moi, voyant qu'il n'y a pas de chaise je me pose par terre, les jambes croisées. Aladar semble se concentrer et plusieurs autres protoss arrivent rapidement dans la pièce par le même procédé que précédemment. Il y'en a dix au total. Me saluant d'une courbette ils se mettent ensuite en cercle autour de moi. Un frisson parcoure mon échine, je suis un peu tendue.

« - N'est pas peur humaine, tout se passera bien. Je m'excuse encore pour ce qui s'est passé. Je te le rendrais. »

C'était la voix réconfortante d'Ysul. Juste après je sens plusieurs présences qui s'approchent de mon esprit, comme autant de mains prêtes à fondre dans mon crâne. Instinctivement je me ferme mais Aladar me signifie d'une voix calme :

« - Ne résiste pas, cela ne ferait que causer de la douleur. Ouvre ton esprit. »

Je ferme les yeux et inspire profondément. L'air me paraît glacé. L'entrée des templiers me bloque les poumons pendant un instant, tétanisant me muscles. Ils se propagent tellement vite que ma tête tourne, en réalité je n'arrive plus à penser ou à agir, je suis totalement paralysée et un peu terrifiée. Il ne fallut que quelques secondes de plus pour qu'un voile blanc passe devant mes yeux et que je m'effondre, sentant à peine le sol froid contre ma joue.

La musique est là. Cette musique qui me hante, que j'entends souvent dans mes souvenirs. Simple mais si pénétrante. Je marche dans une rue à moitié désertique. Le sol est de sable, la route quasi-engloutie. Chaque côté est bordé par des bâtiments assez anciens. Des immeubles peu modernes. Dans ma main je serre une chaîne, au bout de cette chaîne il y'a une plaque en acier, dessus est gravé : Max. L'endroit m'est familier mais je ne sais pas ou je suis.

Je me mets à pleurer.

Mon réveil est beaucoup plus lent. La première chose que je sens est ma respiration sifflante, comme si je venais de faire un sprint. Je suis allongée sur une surface dure très inconfortable. Mais c'est qui me perturbe le plus est le vide qui ceint mon esprit. A la fois comme une sorte de manque mais aussi comme un soulagement. J'ai l'impression d'être coupée en deux et entière en même temps, une étrange plénitude. Lorsque j'ouvre les yeux ils sont embués de larmes sans trop que j'arrive à comprendre pourquoi.

« - Ca va, humaine ? »

Cette voix... Mais qui vient de l'extérieur !

« - Ysul ! »

Je me redresse rapidement pour faire face à un protoss particulièrement grand. Physiquement il parait plus fort que ceux que j'ai déjà vu. Il est vêtu de la même manière d'Aladar semble plus jeune, son visage est moins étiré et son regard plus compatissant. Il me tend sa main. Je l'attrape, sentant sa peau rugueuse contre la mienne, il me relève sans effort. Posant son poing sur sa poitrine il me salue respectueusement.

« - Merci de m'avoir ramené ici. Le chemin ne fut pas facile et tu avais visiblement suffisamment d'ennuis avant que je ne t'en créé encore plus. Pour cela j'ai une dette envers toi. »

Ne sachant pas trop comment réagir je baisse la tête. Croisant les mains je laisse un rire échapper de ma gorge.

« - Qu'est-ce que c'est stupide d'être une humaine dans ce corps. J'ai l'impression de ne pas devoir éprouver de sentiments, pourtant c'est plus fort que moi ! »
Je m'arrête pour fixer Ysul dans les yeux.
« - Je te remercie aussi, ton arrivée va peut-être me permettre de régler mes problèmes une bonne fois pour toute. Bien que je sois changée à jamais... Il faut que je retrouve Mhocap pour terminer ce que nous avons commencés. Je veux me venger plus que jamais, cette colère me rendra folle si je ne la calme pas d'une manière ou d'une autre !
« - Méfie toi d'Hylinda, si les nuées sont proches il est possible que cette planète soit en danger. Il va falloir agir rapidement. Je pourrais t'aider dans l'ombre, je vais te donner un moyen de me contacter. »

Il me tendit une pierre parfaitement sphérique, noire opaque, faite d'une matière inconnue.

« - Il te suffira de penser pour me trouver. Cela sera instinctif. »

Fronçant les sourcils je prends la boule, encore un objets étrange... Elle tient facilement dans ma main, je la glisse dans une poche.

« - Si tu le souhaites je peux déjà te ramener sur la planète. A ta place je partirais avec ton ami et je laisserais les zergs s'occuper de tes ennemis.
Si les nuées sont là ils sont suffisamment malins pour s'esquiver. Ils ont l'air assez inventifs, répondis-je avec un peu de rage dans la voix. »

Ysul acquiesça. Je n'étais pas encore habituée à le voir vivant, alors que durant plusieurs jours je m'étais persuadée de folie à entendre ces voix dans ma tête. Cette garce d'Hylinda était-elle juste venue pour moi ou profitait d'elle d'une avancée des zergs pour se venger ? Ce qui était sûr c'est que le tir de Mhocap n'avait probablement pas suffit à la tuer pour de bon. Mais une fois notre mission accomplie je pouvais à présent demander à Ysul de me tirer d'affaire, évitant ainsi les éventuelles poursuites. Néanmoins il restait toujours à arriver jusqu'au Directeur retranché dans les complexes administratifs surprotégés. Mais avec la diversion d'une guerre... Les choses pouvaient changer...
Ysul m'avait discrètement ramenée sur la planète grâce à un vaisseau furtif. Déposée dans les environs du précédent combat j'espérais que Mhocap ait pu garder sa position sans problèmes. Au sol il restait encore les cadavres mutilés de plusieurs zergs et de marines. Des cratères avaient défoncés tout une partie de la zone, probablement la grosse artillerie des humains. Cette attaque avait bloquée les négociations, Hylinda avait fait coup double en essayant de me récupérer.

Evidemment il n'y avait plus aucune trace de son corps.

La nuit tombait doucement, le soleil disparaissait progressivement derrière les montagnes arides. Au loin je vis une silhouette sombre se découper sous les rayons mourants. Je pouvais apercevoir un énorme fusil entre ses mains. Un sourire étirant mon visage je me dirige vers lui. De loin je l'interpelle :

« - Mhocap ! Il n'y a pas eu de problèmes ? »

S'approchant suffisamment pour que je puisse discerner clairement son visage il répondit avec son flegme habituel :

« - Aucun. Les militaires ont exterminés les zergs et sont repartis. Ils ne se sont pas rendus compte de ma présence lors de l'affrontement... »
Il s'arrête à quelques pas de moi, sa voix se transforme un peu, se fait plus douce.
« - Et toi, ça va ? »
Sans trop savoir pourquoi la question me serre le coeur, je suis heureuse qu'il me l'ait posée.
« - Oui. Ysul a retrouvé sa forme physique. Il est prêt à nous aider. Il suppose que les zergs sont peut-être en train de préparer un assaut sur la planète... Ce fut un peu épuisant mais je me sens mieux, moi-même. »
Il hoche la tête en silence avant d'ajouter :
« - Retournons en ville pour voir ce qu'il va s'y passer. Si il y'a bien une attaque la majorité des militaires seront occupés et la CINCorp vulnérable. Cela sera le moment ou jamais de frapper. »

Etant entièrement d'accord avec lui je le suis jusqu'à l'hoovercraft. Le même chemin est employé pour le retour. L'entrée principale devait être encore plus surveillée qu'auparavant. Les zergs ayant la fâcheuse manie d'arriver de sous la terre je me demandais si cela avait une réelle utilité...

Une fois chez Mhocap je peux enfin souffler. La journée ne fut pas de tout repos mais je n'ai pas prise de balle dans la peau. Cette seule pensée me fait sourire et je m'assois dans le confortable canapé de l'appartement.

« - Tu sais utiliser une arme ? Enfin une arme à feu. »

Je tourne la tête vers mon interlocuteur. Il est vrai que dernièrement je me contentais de tailler mes ennemis en morceaux de viande.

« - Ca m'est arrivée... Je ne suis pas une experte.
- Cela pourrait être utile cette fois-ci.
- Je n'en doute pas... »

Nonchalamment j'allume l'holo-télé. Mhocap quitte la pièce un instant et j'écoute d'une oreille distraite les informations. Mais rapidement j'y porte beaucoup plus attention. Le journaliste, pour une fois, débitait quelque chose qui m'intéressait...

« - Le gouvernement recommande aux citoyens la plus extrême prudence. Il est à présent interdit de sortir de la cité sauf recommandation exceptionnelle, même par voie spatiale. Les senseurs militaires ont en effet détectés une approche d'une flotte inconnue en direction de l'orbite de la planète. Il pourrait s'agir d'une tentative des rebelles de porter un coup à l'empire ! Mais les choses sont en mains pour le gouvernement, rien n'est à craindre pour le moment. Il est néanmoins demandé aux hommes valides de rejoindre le centre de recrutement le plus proche pour servir au sein des différents corps...
- Une flotte rebelle ? Quelle propagande il ne s'agit « que » de zergs... Mais c'est un moyen d'éviter l'effet de terreur qu'aurait une telle annonce. »

Même si les autorités essayaient maladroitement de masquer la situation je savais exactement de quoi il en retournait. Pour une fois...
Mhocap réapparut, deux plats dans les mains.

« - L'heure de manger.
- Tu fais la cuisine ? »
Il me regarde d'un air étrange, comme si je venais de prononcer une mauvaise blague.
- Plats précuisinés. »

Amusée je m'empare de la nourriture, même si je me douter que ça n'allait pas suffire à contenter. Mon métabolisme supérieur consommait plus qu'auparavant. Mais ça ira bien pour l'instant.

« - Les zergs sont là.
- J'ai entendu. Les militaires vont commencer à préparer les défenses. Il va y'avoir beaucoup d'allées et venues, c'est le meilleur moment pour s'infiltrer. Après il risque d'être trop tard, les soldats seront en place. C'est ce soir même qu'il faut agir.
- D'autant plus que les zergs sont capables de frapper maintenant, ajoutai-je. »

Il posa un pistolet automatique de gros calibre sur la table.

« - C'est pour ça que tu auras besoin de ce genre de choses. »

J'attrape l'arme pour la peser. Nul doute qu'elle doit être diaboliquement efficace et destructrice. Je la range ensuite sous mes vêtements, en sécurité. J'attends ensuite une petite heure dans le silence le plus complet, plongée dans mes pensées. Maintenant je n'y trouve plus Ysul et finalement cela me manque un peu. Je retire un de mes gants et fixe ma main, ma peau. La transformation n'est pas si franche, ou alors je commence à m'y habituer. Par moment je me dis qu'elle est même pratique, voir esthétique. Celle d'Hylinda est inquiétante, trop poussée. La mienne se résume plus à un changement de texture, de sensations. Et contrairement à ma Némésis mes sentiments n'ont pas changés, je suis restée humaine au fond de moi. Bien que je ne l'ai peut-être jamais été compte tenu de mon passé...

Dans la rue il y'a énormément d'animation, les civils semblent un peu plus nerveux mais ne sont pas paniqués, ils ne sont pas conscient de ce qu'il va arriver. Des militaires patrouillent de partout, des chars sont déjà stationnés dans les plus grandes artères. D'immenses holo-écrans envoient des images de pseudo-information live totalement dirigées par le gouvernement, expliquant à quel point la situation est en main.

Mhocap laisse son hoovercraft dans une ruelle, les routes sont trop encombrées et les contrôles trop nombreux. Ici il n'y a que des ombres et pas un seul passant.

« - Attends là, il n'y a personne. Je vais faire venir des soldats, on s'en débarrasse et ensuite on prend leur identité. »
Tout en prononçant la phrase Mhocap avait mit une casquette de style militaire et il commença à s'éloigner.
« - Comment tu vas les faire venir ici ?
- Je leur dirais que j'ai vu une zerg traîner dans la ruelle, je n'aurais pas besoin de mentir, expliqua t-il d'un ton un peu narquois.
- Très drôle, vraiment... »

Je soupire et me retire dans les ténèbres du passage, ce n'est pas très dur car la nuit est complètement tombée. Il n'y a que quelques lumières blafardes pour éclairer l'endroit désert. Ainsi j'attends plusieurs minutes, aux aguets. D'abord je me demande si Mhocap ne s'est pas fait attrapé... Mais à force de patience je vois plusieurs silhouettes se profiler au bout de l'accès. Le bruit cadencé des énormes amures des marines me rappelle mon réveil. Il y'en a trois.

Doucement je me décale vers eux, prenant soin de rester hors de vue. En me rapprochant j'entends la voix rocailleuse d'un des soldats qui relève sa visière.

« - Des zergs ? Y'a rien ici ! D'ailleurs je ne vois même pas pourquoi il devrait y'en avoir. Tu vas aller directement dans une cellule d'isolement toi ! J'aime pas qu'on me fasse perdre mon -... »

La phrase n'eue jamais de fin, j'avais visée sa tête et l'avait faite explosée comme il le fallait. Son crâne s'était volatilisé en morceaux. Lourdement, il tomba à la renverse, manquant d'emporter un de ses camarades avec lui. A la vitesse de l'éclair Mhocap dégaine son arme et tir deux fois sur le marine d'à côté. Une balle pour briser la visière et une autre pour lui faire sauter la cervelle. Le cadavre tressaute et tombe directement sur le troisième, qui pour se rattraper, perd son arme.

Je sors des ténèbres et braque le survivant, Mhocap fait de même.

« - Ne bouge pas et montre ton visage. »

Le type obtempère sans résister. Il s'agit en fait d'une femme, assez jeune. Je sens que mon ami va la tuer sans sourciller. A ce moment j'interviens.

« - Ne la tue pas, elle s'est rendue. »

Perplexe il me jette un regard surpris. La militaire parait encore plus étonnée que cela soit moi, la zerg, qui la défende. Je ne sais pas trop pourquoi, même si j'avais déjà énormément de sang sur les mains, je ne voulais pas en avoir plus. Mais revenant sur la cible Mhocap l'abat proprement.

« - Ils vont tous mourir, d'une horrible façon, par la nuée. Les marines sont les seuls qui ne réchappent pas de ce genre de front, et je suis bien placé pour le savoir. Et cela étaient des resocialisés, leur vie n'avait plus de sens. »

La froideur de sa voix me fait frissonner. Je ne peux lui donner entièrement tord mais l'acte en lui-même est sans pitié. Je ne dis rien car je n'avais pas de leçon à donner de ce côté-là, j'étais prête à tuer n'importe qui pour me venger. Après tout le but de cette quête ne servait pas le bien de l'humanité ou la grandeur d'un idéal, mais juste une histoire personnelle.

« - Changeons-nous avant que cette disparition se remarque. »

Il fallut bien quelques minutes pour extirper les corps et passer les armures des marines. Mhocap semblait avoir l'habitude de s'en servir mais moi cela me perturba un peu. Cela conférait une réelle impression de puissance, le blindage et la force conférée par les cerveaux-moteurs restaient impressionnants. Et contrairement à ce que je m'imaginais la cuirasse n'était pas si maladroite. Je fis quelques pas pour m'habituer à ma nouvelle carrure.

« - Ca va aller ? »

C'était la voix de Mhocap dans l'intercom.

« - Oui je pense que je vais m'en sortir.
- Ok. N'oublie pas, tu es la seconde classe Terena et moi le sergent Vendez.
- Sans problèmes. »

Nous fermons nos visières et cachons les cadavres dans la ruelle. Nous ressortons ensuite comme si rien ne s'était passé. Sans ordres précis je suis Mhocap qui se dirige directement vers le complexe administratif du centre-ville. Les civils prennent bien soin de nous éviter, certains paraissent presque nous craindre. Cela est probablement dû à l'énorme fusil impaler que je trimbale d'une seule main.

Après une dizaine de minutes nous arrivons en vue de l'objectif. Je constate plusieurs barrages mis en place autour des bâtiments mais il y'a beaucoup de circulation militaire. Il sera aisé de se faire passer pour une nouvelle affectation. Mhocap s'avance tranquillement vers l'entrée principale, mon rythme cardiaque s'accélère lorsque je commence à dénombrer les marines présents : il y'en a des vingtaines... Sans compter les officiers et les chars. Une barrière mobile encadrée de deux bunkers se dresse devant nous, un soldat lève la main et nous fait signe de nous arrêter.

« - Sergent Vendez, je viens superviser une partie de la défense des quartiers intérieurs »

Le type ne répond rien puis lance par-dessus son épaule :

« - Capitaine, un sergent à la sécurité intérieur ça vous dit quelque chose ? »

J'entends un juron et vois un homme tourner la tête, il était visiblement en pleine discussion avec pleins d'autres gradé.

« - Je suis pas au courant de tout les mouvements des types comme vous, soldat. Et j'en ai rien à cirer, je suis occupé. Envoyez leur un sergent de plus ça ne pourra pas leur faire de mal, et lâchez moi maintenant ! »

Fixant attentivement le grade de Mhocap, pour s'assurer qu'il ne se trompe pas, le militaire semble hésiter un instant. Une colonne de camion qui est stationnée derrière nous depuis un moment se met à klaxonner, le conducteur de tête se penche par la fenêtre et hurle :

« - C'est pas bientôt fini la discute ? Je n'ai pas que ça à faire ! Et le commandant Corel attend son foutu chargement de DCA ! »

Le garde ennuyé fait signe au faux sergent d'avancer et fait lever la barrière.

« - Bon c'est bon allez-y ! »

La situation chaotique fait que nous échappons au contrôle strict des identités. Mais rien n'était encore joué, la CINCorp avait sûrement sa propre sécurité et ses contrôles. Le bastion administratif est immense mais il n'est pas trop dur de s'y retrouver car des plans sont disséminés dans les principales artères. En réalité cela ressemble à une petite ville fortifiée. Plus nous avançons moins nous rencontrons de soldats, nous arrivons même dans une section relativement déserte. Là où je m'attendais à voir une sécurité renforcée personne ne se trouve devant la porte d'entrée du siège de la CINCorp.

Une affiche a été placardée sur une des vitres de la façade : « Fermé, siège déménagé prochainement. »

J'échange un regard avec Mhocap, il serre son arme et me lance calmement :

« - Ils ont fait vite mais peut-être qu'il reste quelque chose à l'intérieur qui pourrait nous être utile. »

Approuvant du chef j'ouvre la porte qui n'est même pas verrouillée. Les lumières sont éteintes mais je vois dans le noir, Mhocap allume un spot sur son épaulière. Le guichet d'accueil est vide, il ne semble pas y avoir âme qui vive. Même le système de sécurité a été coupé.

Nous quittons le hall d'entrée et empruntons un escalier qui monte au premier étage. Nos pas résonnent dans tout le bâtiment... La discrétion n'est pas vraiment au rendez-vous. Mais j'étais confiante quant à notre puissance de frappe. Le niveau est vide, les bureaux n'ont plus d'ordinateurs, les documents ont disparus et il n'y a même plus les noms des employés sur les portes.

« - C'est bien notre veine... Ils sont très efficaces sur le nettoyage...
- Normalement il doit y'avoir une station de vaisseau sur le toit, peut-être sont-ils encore à l'embarquement puisque le trafic est très contrôlé, avança Mhocap. »

Peu convaincue je me dirige vers l'ascenseur, cela ira plus vite que l'escalier. Nous nous serrons un peu pour rentrer et prenons directement le dernier étage. Lorsque les portes s'ouvrent nous sommes dans un hangar ou des navettes sont encore posées. D'abord je ne distingue rien de particulier mais à force de scruter je remarque une lumière au fond du bâtiment. Doucement, je désigne l'endroit à Mhocap.

Il s'agissait en fait de la soute ouverte d'un astronef. Aucun garde en vue alors c'est au pas de course que nous nous approchons. A une distance d'une trentaine de mètres une ombre se découpe dans la lumière, quelqu'un est en train de descendre. Il est grand et porte un gilet de protection intégral, un casque avec un masque à gaz cache son visage. Entre ses mains il tient un fusil d'assaut assez impressionnant. Mais aucun grade sur ses épaulières, ni uniforme. Ce soldat n'avait pas l'air très régulier...

« - On l'attaque ? demandai-je à Mhocap dans mon intercom.
- Si on avance il nous verra sûrement. Si il travail pour la CINCorp je pense qu'il a pour ordre d'éliminer ceux qui s'approcheront. Utilisons l'effet de surprise. »

Embusqué derrière un tas de caisses métallique je le vois épauler son énorme fusil. Il vise un instant et envois une rafale qui fait un bruit de tonnerre. Le type est frappé de plein fouet et n'a même pas le temps de crier. Son corps est brutalement projeté en arrière par l'impact, le gros calibre massacrant les protections sans problèmes. Me faisant signe d'avancer Mhocap se jette en avant, essayant de parcourir le plus de distance.

Mais à peine eu t-il parcouru la moitié du chemin qu'une grenade vole à ses pieds suivie de plusieurs autres hommes qui déboulent du vaisseau en mitraillant comme des fous. L'explosion ne causa pas beaucoup de dommages mais un gaz épais se répandit immédiatement sur les lieux de l'affrontement, rendant la vue très difficile. Ils ne semblent pas m'avoir remarquée pour l'instant.

Profitant de la situation je m'approche par la gauche, un type m'aperçoit au dernier instant mais il est déjà trop tard. Je l'aligne et tire avec brutalité. Les balles en néoacier le déchiquettent littéralement sur place, un de ses bras presque découpé pend mollement contre son corps alors qu'un autre projectile lui ouvre la gorge, le noyant dans son sang. Deux autres ripostent, je sens les tirs cogner contre ma cuirasse. Pour une fois ils ne m'entament pas douloureusement la chair. Notre équipement supérieur tourne rapidement la situation à notre avantage. Mhocap sort du brouillard et abat un autre homme, les derniers essayent de se mettre à couvert dans le vaisseau mais ils sont massacrés. Un calme relatif s'installe. Ecartant les douilles encore fumantes de mon passage je m'avance un peu plus.

« - Que font des marines ici ? ! Vous avez une autorisation pour ce massacre ? »

La voix qui s'élève depuis le vaisseau est mi-énervée mi-paniquée. Sans broncher Mhocap répond presque instantanément :

« - Nous ne sommes pas des marines. »

Un nouveau silence puis le mystérieux homme reprend :

« - Je vois... Peut-être pouvons nous passer un accord ?
- Oui, sortez les mains en l'air et nous pourrons discuter. Dans le cas contraire vous m'obligeriez à vous chercher, ce qui causera inévitablement de la violence, et vous savez ce qu'engendre la violence... »

La phrase prononcée avec autant de calme que d'ironie m'arrache un léger rire. J'attends de voir la tête du survivant avec impatience...

« - D'accord d'accord... Je viens, mais ne tirez pas ! »

Alors que je fixe l'entrée de la soute mes sens capte autre chose. En temps normal je n'aurais absolument rien détectée tant le mouvement fut infime, mais mes nouvelles capacités m'indiquent un phénomène étrange : un sorte de légère et rapide distorsion de l'air face à Mhocap. Intriguée je vais l'avertir mais il est déjà trop tard. Une détonation se fait entendre et la visière de mon compagnon éclate en mille morceaux. Une silhouette vient de se matérialiser à quelques mètres de sa position. Elle fait environ ma taille, porte une combinaison grise dotée d'un appareillage complexe qui moule parfaitement ses formes : Il s'agit d'une femme. Un plastron protège une bonne partie de son corps, ses bras et ses jambes sont parcourus de tubes bleutés qui remontent jusque dans son dos. Elle porte un masque et des lunettes de vision infra-rouge. Son arme se tourne rapidement vers moi, je n'ai que le temps d'écarquiller les yeux en voyant la balle filer vers ma tête.
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